Retrait des pays du Sahel de la CPI : un danger pour les victimes de crimes internationaux

Pourquoi le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Cour pénale internationale inquiète les défenseurs des droits humains

L’Initiative mondiale contre l’impunité (GIAI), réunissant plusieurs organisations majeures comme la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la Coalition for the International Criminal Court (CCPI), Redress et Women’s Initiatives for Gender Justice (WIGJ), dénonce avec fermeté le projet de retrait du Statut de Rome par le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Cette initiative, présentée comme une réponse à des tensions géopolitiques, représente selon les experts un recul historique pour la justice internationale et une menace directe pour les victimes de crimes les plus graves dans ces pays.

Un retrait immédiat du Statut de Rome est impossible. En effet, conformément à l’article 127, un État doit notifier officiellement son retrait au Secrétaire général des Nations unies. Le processus prend effet un an après cette notification. D’ici là, les trois pays restent tenus par leurs obligations légales envers la CPI. De plus, les procédures en cours concernant des crimes commis avant la prise d’effet du retrait restent valides.

Des affaires emblématiques toujours en suspens au Mali

Plusieurs dossiers sensibles sont actuellement suivis par la CPI pour des crimes commis au Mali. Parmi eux :

  • L’affaire Al Mahdi, condamné en 2016 pour avoir dirigé des attaques contre des monuments historiques à Tombouctou, dont la phase de réparations est en cours.
  • L’affaire Al Hassan, jugé pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, avec une décision attendue prochainement sur les réparations.
  • Un mandat d’arrêt toujours valide contre Iyad Ag Ghaly, chef présumé du groupe djihadiste Ansar Dine.

Ces procédures montrent que la justice internationale peut encore jouer un rôle crucial pour les victimes, dans un contexte où les systèmes judiciaires locaux peinent à garantir l’accès à la justice.

Un leadership africain en danger : des victimes sans recours

Les États africains ont été des acteurs clés dans la création de la CPI en 1998. Leur engagement a permis aux victimes de crimes internationaux de disposer d’une voie de recours lorsque la justice nationale échouait. Le retrait de ces trois pays du Statut de Rome affaiblit ce soutien historique et prive les populations locales d’un mécanisme essentiel pour lutter contre l’impunité.

Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de tensions régionales. En janvier 2025, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont également quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), une institution reconnue pour son engagement en faveur des droits humains. Ces retraits simultanés créent un vide juridique et institutionnel, laissant les victimes sans protection face à des violations graves des droits humains.

« La CPI est souvent le dernier recours pour les victimes au Burkina Faso, au Mali et au Niger, où les juridictions locales ne sont pas en mesure de faire face à l’ampleur des crimes commis. Ce retrait aggrave leur situation et renforce l’impunité », déclare Drissa Traoré, Secrétaire général de la FIDH.

Un coup dur pour la justice internationale

Le retrait de ces trois pays intervient à un moment où la CPI fait face à des pressions accrues. D’autres États, comme la Hongrie, ont également menacé de quitter le Statut de Rome, fragilisant davantage l’institution. Pourtant, la CPI a élargi son champ d’action au-delà de l’Afrique, avec des enquêtes en cours dans des pays comme l’Ukraine, la Libye ou encore les Philippines.

« Les États parties doivent réaffirmer leur engagement envers la CPI et la lutte contre l’impunité. Se replier maintenant ne fait qu’encourager l’impunité et affaiblir les normes internationales », souligne Alix Vuillemain, directrice exécutive de Women’s Initiatives for Gender Justice (WIGJ).

Un appel à la mobilisation internationale

La GIAI exhorte tous les États membres de la CPI à renforcer leur soutien à l’institution. Le Statut de Rome consacre des principes fondamentaux :

  • L’absence d’immunité pour les dirigeants.
  • La complémentarité avec les juridictions nationales.
  • Le droit des victimes à participer aux processus judiciaires et à obtenir réparation.

Ces principes sont aujourd’hui menacés. Dans un contexte d’escalade de la violence au Sahel, préserver la CPI comme juridiction de dernier recours est une priorité absolue pour protéger les droits humains et garantir la justice pour les victimes.

Co-signataires de la déclaration

Initiative mondiale contre l’impunité (GIAI)
Fédération internationale pour les droits humains (FIDH)
Coalition for the International Criminal Court (CCPI)
Redress
Trial International
Women’s Initiatives for Gender Justice (WIGJ)

Organisations membres au Burkina Faso

Organisations membres au Niger

Agir pour soutenir la justice internationale

Soutien de l’OMS aux interventions sanitaires d’urgence au Mali

Le leadership de l’OMS pour la coordination sanitaire au Mali

Depuis 2012, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) assure la direction stratégique des partenaires du cluster santé au Mali. En 2025, le pays traverse une crise humanitaire de grande ampleur, touchant environ 6,4 millions de personnes, soit près de 28 % de la population globale. Actuellement, le plan de réponse humanitaire ne bénéficie que d’un financement de 8,5 %, dont à peine 6 % sont alloués au secteur de la santé, ce qui restreint fortement les capacités d’intervention d’urgence.

Afin de faire face à ces défis, la seconde allocation de réserve du FHRAOC pour le Mali cible spécifiquement les populations déplacées par l’insécurité et les conflits armés. Les efforts se concentrent particulièrement dans les régions de Gao, Mopti et Ségou. Grâce au plaidoyer fondé sur des données probantes mené par l’OMS, l’assistance sanitaire a été intégrée aux priorités de financement, soulignant la vulnérabilité extrême de ces populations en matière d’accès aux soins essentiels.

Mauritanie : les principaux changements dans le gouvernement après un remaniement partiel

Nouveaux visages au sein du gouvernement mauritanien

Un décret présidentiel a officialisé plusieurs changements au sein du gouvernement mauritanien, redéfinissant ainsi l’équilibre des portefeuilles ministériels. Ces ajustements reflètent une volonté de renforcer la gestion des secteurs clés du pays.

Les principaux portefeuilles ministériels concernés

Parmi les nouvelles nominations, plusieurs figures marquantes intègrent l’équipe gouvernementale. Mohamed Ould Soueidatt prend les rênes du ministère de la Justice, tandis que El Vadil Ould Sidaty Ould Ahmed Louly est chargé des Affaires islamiques et de l’Enseignement originel.

Économie, finances et développement : des responsabilités clés

Dans le domaine économique, Abdellahi Souleymane Cheikh Sidiya hérite du ministère des Affaires économiques et du Développement, tandis que Codioro Moussa N’Guenore se voit confier les Finances. Ces nominations visent à dynamiser la croissance et la stabilité financière du pays.

Santé, travail et secteurs stratégiques

  • Mohamed Mahmoud Ely Mahmoud prend la tête du ministère de la Santé, un secteur vital pour le bien-être de la population.
  • Marièm Boidiel est nommée à la Fonction publique et du Travail, un poste essentiel pour moderniser l’administration.

Environnement, agriculture et souveraineté alimentaire

Plusieurs ministères liés à l’agriculture et aux ressources naturelles voient leurs responsables renouvelés. Sidi Ahmed Ould Abouh est nommé à l’Agriculture et à la Souveraineté alimentaire, tandis que Sid Ahmed Ould Mohamed prend en charge le Développement animal.

Infrastructures, pêche et habitat

  • Moctar Ahmed Bouceif est chargé de la Pêche, des Infrastructures maritimes et portuaires.
  • Mamadou Mamadou Nianank dirige désormais le Département de l’Immobilier, du Patrimoine de l’État et de la Réforme foncière.
  • Naha Hamdi Meknas obtient le ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement du territoire.

Un conseiller à la Présidence

Par ailleurs, Mohamed Mahmoud Cheikh Abdallahi Ould Boya a été nommé ministre-conseiller à la Présidence de la République, renforçant ainsi l’équipe présidentielle.

Synthèse des nouvelles nominations

  • Ministère de la Justice : Mohamed Ould Soueidatt
  • Ministère des Affaires islamiques et de l’Enseignement originel : El Vadil Ould Sidaty Ould Ahmed Louly
  • Ministère des Affaires économiques et du Développement : Abdellahi Souleymane Cheikh Sidiya
  • Ministère des Finances : Codioro Moussa N’Guenore
  • Ministère de la Santé : Mohamed Mahmoud Ely Mahmoud
  • Ministère de la Fonction publique et du Travail : Marièm Boidiel
  • Ministère de la Pêche, des Infrastructures maritimes et portuaires : Moctar Ahmed Bouceif
  • Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire : Sidi Ahmed Ould Abouh
  • Ministère du Développement animal : Sid Ahmed Ould Mohamed
  • Ministère de l’Immobilier, du Patrimoine de l’État et de la Réforme foncière : Mamadou Mamadou Nianank
  • Ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement du territoire : Naha Hamdi Meknas

Formation sage-femmes Mali santé reproductive

formation des sage-femmes au Mali : un levier pour la santé des femmes

Bamako – Kadidia, 19 ans, étudiante à Bamako, avoue avoir ressenti de la honte à l’idée de parler de contraception dans son entourage. « Dans certains milieux, c’est un sujet tabou. Je craignais les jugements et les ragots », confie-t-elle. Son témoignage illustre les obstacles culturels et sociaux auxquels font face de nombreuses jeunes femmes au Mali lorsqu’elles cherchent à accéder aux services de santé sexuelle et reproductive.

En 2024, le Mali a enregistré 583 décès maternels, dont 89 chez des adolescentes âgées de 15 à 19 ans. Les risques liés aux grossesses précoces et non désirées restent préoccupants. Bien que les chiffres montrent une légère amélioration, l’ampleur des défis persiste : en 2024, près de 4,8 millions de femmes en âge de procréer vivaient au Mali, et 559 493 jeunes femmes et adolescentes ont pu bénéficier de méthodes contraceptives modernes, contre 480 682 en 2023.

l’importance d’une santé reproductive accessible

Garantir aux jeunes femmes des services de santé sexuelle et reproductive adaptés et faciles d’accès est un enjeu majeur pour leur sécurité et leur avenir. Ces services leur permettent de prendre des décisions éclairées sur leur corps et leur santé. Ils jouent un rôle clé dans la réduction des grossesses non désirées, la prévention des infections sexuellement transmissibles et l’amélioration de leur bien-être physique et mental. Dans un pays où les tabous persistent et où les risques sanitaires sont élevés, ces droits doivent être considérés comme une priorité absolue en matière de santé publique.

un programme ambitieux porté par l’OMS

Pour répondre à ces défis, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) soutient le gouvernement malien dans la mise en œuvre d’un programme d’envergure visant à renforcer les droits et l’accès aux soins en santé sexuelle et reproductive. Ce programme, soutenu par un généreux donateur, englobe plusieurs axes stratégiques :

  • Renforcement du cadre juridique pour mieux protéger les droits des femmes et des adolescentes ;
  • Formation des prestataires de santé pour améliorer la qualité des soins ;
  • Fourniture d’équipements médicaux et création de cliniques adaptées aux besoins des jeunes ;
  • Production de données fiables afin d’éclairer les décisions politiques.

« Ce programme s’inscrit pleinement dans notre plan stratégique. Nous avons formé des magistrats aux nouvelles directives de l’OMS, lancé un observatoire national de la santé et renforcé la surveillance des décès maternels », explique le Dr N’Tji Keita, Chef du Département santé de la mère et de l’enfant à l’Office National de la Santé de la Reproduction. L’OMS agit également comme un catalyseur en coordonnant les actions et en supervisant leur mise en œuvre. Grâce à son appui, le Mali a publié son premier bulletin national sur les indicateurs de santé sexuelle et reproductive, ainsi que les Comptes nationaux de la santé 2022, des outils essentiels pour évaluer les performances et guider les stratégies.

des initiatives concrètes sur le terrain

L’OMS a notamment soutenu l’ouverture d’une clinique Mère-Enfant-Adolescent à Sikasso, proposant des services intégrés de planification familiale et de prise en charge des violences basées sur le genre. Une équipe mobile est également déployée dans la zone humanitaire de Macina pour toucher les populations les plus vulnérables. « Ces initiatives visent à rapprocher les soins des femmes et des adolescentes, où qu’elles se trouvent », précise le Dr Sylla Ousmane, responsable du Programme santé sexuelle et reproductive au bureau de l’OMS au Mali.

le rôle clé des sage-femmes formées

Au cœur de ce dispositif, les sage-femmes, formées et engagées, jouent un rôle central dans la transformation de la santé des jeunes filles. Leur formation continue a permis d’améliorer significativement la qualité des soins prodigués. Aïssata, sage-femme au centre de santé communautaire de Kebila, témoigne : « J’ai suivi plusieurs formations sur la consultation prénatale recentrée, la planification familiale, la prise en charge des IST/VIH/sida et la prescription médicale. Ces compétences m’ont permis d’accueillir les jeunes femmes avec plus d’assurance et sans jugement ».

Assetou, sage-femme mentor à Yanfolila, à environ 160 km au sud de Bamako, confirme les progrès : « Ces formations ont profondément modifié ma façon de travailler. J’ai appris à mieux écouter, à être plus disponible et à respecter scrupuleusement le consentement des patientes ». Entre 2019 et 2025, le nombre de jeunes et d’adolescents ayant bénéficié des services de santé sexuelle et reproductive dans son centre a plus que doublé, passant de 2 330 à 5 121.

une évolution des mentalités et des comportements

Les avancées ne se mesurent pas uniquement en chiffres, mais aussi à travers les changements de mentalités. Grâce à des campagnes de sensibilisation dans les écoles, des émissions radiophoniques sur la sexualité et à la formation des prestataires à l’écoute active, les jeunes filles osent désormais se rendre dans les centres de santé. Les tabous reculent, le dialogue s’installe et la confiance grandit.

Kadidia, aujourd’hui plus sereine, témoigne de cette évolution : « La première fois que je suis venue au centre de santé, la sage-femme m’a mise en confiance sans me juger et m’a prodigué d’excellents conseils. Je peux affirmer que ces services contribuent à notre bien-être. Je souhaite encourager toutes les jeunes filles à ne pas avoir peur et à consulter, car ces professionnels sont là pour les aider ».

Le fiasco des mercenaires russes au Mali : un lourd bilan humain et sécuritaire

Au début de l’année, lorsque le controversé groupe Wagner, composé de mercenaires russes, a annoncé son retrait du Mali, il a publiquement déclaré sur les réseaux sociaux que sa « mission était accomplie ».

Pourtant, après trois ans et demi d’opérations de contre-terrorisme et de lutte contre l’insurrection, l’impact de Wagner s’est avéré catastrophique : le Mali, pays du Sahel, demeure tristement reconnu comme l’épicentre mondial du terrorisme.

« En dépit de sa réputation de force prête au combat et de ses rares proclamations de victoires au Mali, la stratégie de Wagner a été marquée par une série ininterrompue de revers », souligne l’organisation d’investigation The Sentry dans un rapport daté du 27 août.

Le Kremlin a depuis substitué Wagner par sa propre entité paramilitaire, l’Africa Corps, placée sous le contrôle direct du ministère de la Défense russe. Selon une étude du Timbuktu Institute du 29 juillet, près de 80 % des membres de l’Africa Corps sont d’anciens mercenaires de Wagner.

« L’Africa Corps perpétue l’héritage de Wagner en matière de violations des droits humains, incluant les exécutions sommaires et les tortures », révèle le même rapport. « Ces exactions, fréquemment perpétrées en toute impunité, exacerbent le ressentiment au sein de certaines populations, favorisant ainsi le recrutement djihadiste qui capitalise sur ces griefs. »

Des entretiens menés par The Sentry auprès de militaires maliens, d’agents de renseignement et de cadres des ministères des Finances et des Mines révèlent une profonde aversion des soldats maliens envers les Russes. Les témoignages indiquent que les combattants de Wagner bafouent la chaîne de commandement et de contrôle, et les Maliens imputent aux Russes des défaillances sécuritaires et des erreurs tactiques ayant entraîné des pertes humaines et matérielles.

De surcroît, les méthodes brutales des mercenaires et leur stratégie antiterroriste fragmentée échouent à obtenir la confiance de la population malienne.

« L’arrivée de Wagner au Mali a coïncidé avec une augmentation significative des agressions et des victimes civiles, souvent imputées aux forces de sécurité maliennes et à leurs milices partenaires. En réalité, le groupe Wagner utilise des tactiques qui ciblent les civils de manière indiscriminée. »

Des rapports font également état de violences sexuelles et d’exécutions massives perpétrées par les combattants de Wagner, comme en témoigne le massacre de Moura en 2022, où plus de 500 civils ont péri, dont au moins 300 hommes exécutés sommairement.

Début 2023, des experts des Nations unies ont réclamé une investigation indépendante sur les violations flagrantes des droits humains et les « possibles crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés au Mali par les forces gouvernementales et le prestataire militaire privé, le Groupe Wagner. »

Ces experts ont précisé recevoir, depuis 2021, des « rapports persistants et alarmants faisant état d’exécutions atroces, de fosses communes, d’actes de torture, de viols et de violences sexuelles. » Malgré de multiples requêtes, aucune enquête sérieuse n’a été menée au Mali.

Certains militaires des Forces armées maliennes (FAMa) ont attribué l’ampleur du massacre de Moura à l’influence des mercenaires russes sur les officiers supérieurs de l’armée.

L’un d’eux a confié à The Sentry : « Sans Wagner, Moura n’aurait pas eu lieu. Pas à cette échelle, pas sur une telle durée, pas avec autant de victimes. »

Les populations maliennes reprochent aux méthodes coercitives russes d’avoir entraîné une recrudescence du recrutement au sein des groupes séparatistes Touaregs et des organisations terroristes affiliées à Al-Qaïda et à l’État islamique.

Amadou Koufa, leader de la katiba Macina, un groupe islamiste militant lié à Al-Qaïda, a affirmé lors d’un entretien avec France24 en 2024 que la brutalité des Russes avait incité les résidents locaux à s’engager dans le combat pour « défendre leur religion, leur terre et leurs biens ».

Les forces russes ont ciblé des mariages et des funérailles à l’aide de drones, tandis que des enregistrements vidéo montrant des combattants de Wagner maltraitant des civils Touaregs se sont répandus sur internet, aggravant le ressentiment et nourrissant la propagande de recrutement.

« Les leaders communautaires du centre du Mali expriment fréquemment leur déception face à l’incapacité de Wagner à apporter une amélioration durable à la situation sécuritaire de leur région », ont noté des chercheurs du Royal United Services Institute dans un rapport de janvier 2025.

Wagner a essuyé une défaite cuisante en juillet 2024, lorsqu’un imposant convoi de véhicules a été assailli par plusieurs groupes terroristes près du village de Tin Zaouatine, dans le Nord-Est du Mali. Les assaillants ont revendiqué la mort de 84 mercenaires russes et de 47 soldats des FAMa.

La collaboration entre Wagner et les FAMa s’est détériorée en une méfiance mutuelle, rapporte The Sentry. Les rescapés russes ont reproché aux services de renseignement maliens d’avoir sous-estimé l’effectif des rebelles et de les avoir laissés seuls face à l’ennemi. En réplique, les officiers maliens ont accusé les Russes de mépriser la hiérarchie militaire, de réquisitionner leurs véhicules et d’adopter un comportement ouvertement raciste.

« Nous sommes tombés de Charybde en Scylla », a confié un officier supérieur à The Sentry.

L’indignation a culminé en septembre 2024, suite à l’attaque de l’aéroport de Bamako par des militants, causant plus de 100 décès. Des unités de Wagner, pourtant stationnées à proximité, auraient attendu cinq heures avant d’intervenir.

« Sans paiement, ils ne bougent pas », a affirmé un agent de sécurité de l’aéroport à The Sentry.

Charles Cater, directeur des enquêtes pour The Sentry, confirme que l’engagement du groupe Wagner au Mali s’est soldé par un échec retentissant.

« Leurs opérations antiterroristes, menées avec brutalité et un manque criant d’informations, ont paradoxalement consolidé les alliances entre les groupes armés menaçant l’État, infligé des pertes substantielles à Wagner sur le terrain et engendré une augmentation dramatique du nombre de victimes civiles », explique-t-il. « En définitive, le déploiement de Wagner n’a servi ni les intérêts du peuple malien, ni ceux du gouvernement militaire, ni même ceux du groupe mercenaire lui-même. »

Justyna Gudzowska, directrice exécutive de The Sentry, insiste sur le fait que l’expérience malienne doit être perçue comme un sérieux avertissement.

« Tandis que Moscou étend son influence au Sahel et tente de redorer son blason avec l’Africa Corps, il est fondamental de saisir que Wagner n’a jamais été la force de combat invincible ou l’acteur économique efficace qu’il prétendait être », déclare-t-elle.

« L’exemple du Mali démontre plutôt un double échec du groupe, et cela devrait servir de mise en garde aux autres nations africaines qui envisagent de faire appel à l’Africa Corps, soutenu par le ministère de la Défense russe. »

Massacres islamistes au Burkina Faso : les civils pris pour cible

Dans le nord du Burkina Faso, deux groupes armés islamistes ont perpétré trois attaques distinctes depuis mai 2025, faisant plusieurs dizaines de victimes civiles. Ces exactions, qui violent le droit international humanitaire, pourraient constituer des crimes de guerre selon les observateurs.

Des attaques ciblées contre les populations civiles

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, a mené deux attaques meurtrières dans les régions du Sahel et du Nord. À Djibo, le 11 mai, au moins 40 civils ont été tués, dont plusieurs membres de la famille Tamboura, accusés de soutenir les forces de sécurité. Les témoignages recueillis par des observateurs décrivent des exécutions sommaires, des incendies de boutiques et des pillages. Une habitante a confié : « Nous nous sommes cachés dans la maison en pleurant et en priant. »

Le 3 août, une autre attaque à Youba a fait 14 victimes, dont une femme et quatre enfants. Les combattants du GSIM ont ciblé les hommes du village, punissant la communauté pour avoir cultivé des cultures jugées « trop hautes ». Une femme de 64 ans a rapporté les menaces proférées par les assaillants : « Femmes de Youba, nous allons tuer tous vos maris. »

L’État islamique au Sahel (EIS) a également frappé, attaquant le 28 juillet un convoi humanitaire près de Gorom Gorom. Neuf civils ont péri, malgré l’absence d’armes dans le convoi. Un survivant a raconté : « J’ai entendu de nombreux coups de feu et des cris. J’ai sauté du camion et me suis accroupi, les mains sur la tête. »

Un conflit aux conséquences dramatiques

Depuis 2016, les groupes armés islamistes multiplient les attaques au Burkina Faso, forçant des dizaines de milliers de civils à fuir leurs foyers. Les forces de sécurité burkinabè, quant à elles, sont accusées de cibler de plus en plus les populations locales lors de leurs opérations de contre-insurrection. Un forgeron de 46 ans a témoigné : « L’armée a instauré un climat de terreur. Elle divise la communauté en dressant ses membres les uns contre les autres. »

Les autorités sont appelées à garantir la protection des civils, à enquêter sur les abus commis par toutes les parties, y compris l’armée et les milices alliées, et à juger les responsables. Human Rights Watch a souligné que « les groupes armés islamistes au Burkina Faso sont responsables d’atrocités répétées contre les civils depuis 2016 ».

Des réponses contradictoires et des enquêtes insuffisantes

Le GSIM a nié toute responsabilité dans les attaques, affirmant ne « jamais prendre pour cible des civils ». Pourtant, les témoignages et les preuves recueillies contredisent cette version. Les autorités burkinabè, de leur côté, n’ont pas réagi aux demandes d’enquête formulées par les observateurs.

Le Pôle judiciaire spécialisé de Ouagadougou, créé en 2017 pour lutter contre le terrorisme, manque cruellement de moyens. Les enquêtes progressent lentement, et les poursuites contre les membres des forces de sécurité impliqués dans des violations des droits humains restent rares. L’Union africaine, par la voix de son envoyé spécial pour le Sahel, Évariste Ndayishimiye, pourrait jouer un rôle clé dans la pression exercée sur le gouvernement burkinabè pour qu’il agisse.

Les observateurs rappellent que toutes les parties au conflit doivent respecter le droit international humanitaire. Les attaques contre les civils, les exécutions sommaires et le pillage sont interdits. Les convois humanitaires, même escortés par des militaires, ne peuvent être considérés comme des objectifs légitimes.

Témoignages glaçants et appels à l’action

Les récits des survivants sont accablants. À Djibo, un homme de 56 ans a décrit la scène : « Nous avons trouvé les corps, y compris ceux d’hommes très âgés, à l’intérieur ou à l’extérieur de leurs maisons. Beaucoup ont été abattus d’une balle dans la tête. » À Youba, une femme de 36 ans a raconté : « Les combattants ont pillé une station-service et incendié au moins 10 boutiques au marché. »

Face à l’urgence, les défenseurs des droits humains exhortent la communauté internationale à soutenir les enquêtes et à garantir la protection des civils. Ils rappellent que « l’envoyé spécial de l’UA devrait faire pression sur le gouvernement du Burkina Faso pour qu’il mène des enquêtes et traduise en justice de manière appropriée tous les responsables d’abus graves ».

Les noms des témoins cités dans cet article ont été modifiés pour garantir leur sécurité.

Notre intervention au Burkina Faso – Action contre la Faim

Nos opérations Burkina Faso

Depuis 2008

Burkina

Nos opérations Burkina Faso

Chiffres clés

  • Population:23 548 781
  • PIB par habitant:987,3
  • Indice de développement humain:186 / 193
  • Volume opérationnel:23 165 251
  • Personnes soutenues:1 238 398
  • Espérance de vie:61 ans
  • Équipe:367
  • Burkina Faso

Lieux d’intervention

1. Bobo-Dioulasso
2. Dori
3. Fada N’gourma
4. Ouagadougou
5. Ouahigouya
6. Tenkodogo
Carte Burkina Faso Ronde - BF02

Depuis 2019, le Burkina Faso fait face à une grave crise humanitaire en raison de l’instabilité politique, des problèmes liés à la sécurité et des chocs climatiques. En 2024, 2 938 incidents de sécurité ont été signalés et, par conséquent, 6,3 millions de personnes, dont 2,4 millions de déplacés, avaient besoin d’aide. Parmi ces personnes, 2,7 millions se trouvent en situation d’insécurité alimentaire, et 611 500 (480 000 enfants et 131 500 femmes) souffrent de malnutrition sévère. De plus, 1,7 millions de personnes ont besoin d’un soutien EAH d’urgence.

Pour répondre à ces besoins, Action contre la Faim (ACF) fait appel à une approche intégrée qui combine interventions d’urgence et développement à long terme. Le mécanisme RRM-Frontline permet d’intervenir rapidement dans la plupart des régions, en fournissant notamment une aide alimentaire, des kits d’abris, un soutien EAH et un accès amélioré à l’eau et aux installations sanitaires. En collaboration avec l’Agence suédoise de coopération internationale et le BHA, ACF mène des interventions multisectorielles à grande échelle dans sept régions. Ces interventions comprennent des services de santé d’urgence via des cliniques mobiles, un soutien aux centres de santé locaux, des programmes de reprise économique et le renforcement des infrastructures d’eau et d’assainissement. La santé mentale et le soutien psychosocial y sont également intégrés pour limiter les conséquences de la crise sur les populations vulnérables. Le projet RESAN se concentre sur la sécurité alimentaire et la nutrition, en fournissant de la nourriture, des compléments alimentaires et un soutien aux activités génératrices de revenus, tandis que le projet PAMUCE renforce les services de santé et de santé mentale dans les établissements de santé et les communautés.

ACF adopte également une approche axée sur la résilience et le développement, l’approche Nexus, pour améliorer la capacité du Burkina Faso à gérer les crises prolongées. En 2024, à travers l’initiative PREPARE de l’USAID, ACF a contribué à améliorer les services de santé reproductive, maternelle, néonatale et nutritionnelle, en particulier dans les zones mal desservies. Dans l’ouest du pays, le projet BEOOLGO vise à renforcer les services de santé décentralisés à travers la formation et un soutien aux structures locales. Le programme YERETALI (Burkina Faso/Côte d’Ivoire) soutient le redressement du sud-ouest du pays en améliorant les conditions de vie et en faisant la promotion de moyens d’existence durables.

Ces projets intégrés et complémentaires, mis en œuvre en collaboration avec des partenaires internationaux, permettent de répondre aux besoins des populations les plus vulnérables de façon complète et efficace.

Le Mali sous surveillance : l’ONU s’alarme face à la répression et l’absence d’élections

Le Mali sous surveillance : l’ONU s’alarme face à la répression et l’absence d’élections

Les Nations Unies expriment de vives inquiétudes quant à la situation prévalant au Mali. Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a notamment mis en lumière une « intensification de la répression » visant la société civile et a déploré l’absence persistante de processus électoraux démocratiques.

Elections suspendues et répression : l'ONU tire la sonnette d'alarme sur la situation au Mali

L’Organisation des Nations Unies, par la voix de son Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, a lancé un appel pressant le jeudi 4 septembre, s’alarmant de la suspension indéfinie des élections au Mali et de « l’intensification de la répression » ciblant la société civile. Le Haut-Commissaire a souligné que « les lois promulguées ces derniers mois menacent de compromettre durablement le respect des droits humains au Mali », exhortant vivement les autorités de transition à « adopter des mesures concrètes et promptes pour abroger ces législations problématiques ». 

Un pouvoir étendu et des arrestations ciblées

En juillet dernier, le général Assimi Goïta, dirigeant de la junte au pouvoir depuis 2021, a promulgué une loi lui octroyant un mandat présidentiel prolongé, le positionnant de fait comme président de la République. Volker Türk a fermement déclaré que « ces modifications juridiques ont malheureusement clôturé la voie à toute élection démocratique au Mali dans un avenir prévisible, bafouant ainsi le droit fondamental de chaque citoyen à participer aux affaires publiques, à voter et à être éligible lors de scrutins périodiques et authentiques. Elles doivent être révoquées sans délai ».

Deux mois auparavant, en mai, la dissolution des partis politiques avait été officialisée, un dossier actuellement en examen devant la Cour Constitutionnelle du Mali.

Cesser l’instrumentalisation du cadre légal

Parallèlement, plusieurs personnalités éminentes de la société civile et d’anciens responsables politiques, tels que l’activiste anti-corruption Clément Dembélé ou l’ancien Premier ministre Choguel Maïga, ont été arrêtés. Le Haut-Commissaire a exprimé sa « profonde préoccupation face à l’augmentation notoire des arrestations de citoyens maliens de tous horizons, sous des chefs d’accusation génériques d’atteinte à la crédibilité de l’État, simplement pour avoir exprimé leurs opinions ». Il a réclamé la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes détenues arbitrairement, insistant sur la nécessité de « mettre un terme sans tarder à cette instrumentalisation de la loi à des fins de répression de la dissidence ».

Crise démocratique au Mali : l’ONU s’inquiète d’un durcissement du régime

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a exprimé ses vives inquiétudes concernant la trajectoire politique actuelle du Mali. Selon Volker Türk, le pays s’éloigne dangereusement des principes démocratiques au profit d’une gouvernance de plus en plus répressive.

Une transition démocratique au point mort

Depuis le coup d’État de 2020 qui a renversé Ibrahim Boubacar Keïta, le pouvoir semble se concentrer exclusivement entre les mains du général Assimi Goïta. Volker Türk souligne que les récentes réformes législatives bloquent toute perspective d’élections crédibles dans un futur proche. Il exhorte les autorités de transition à rétablir sans délai les libertés publiques fondamentales.

Alors que des promesses de retour à l’ordre constitutionnel avaient été faites, aucune élection présidentielle n’a été organisée depuis 2018. Pire, une nouvelle législation adoptée en juillet dernier permet désormais au chef de l’État de se maintenir au pouvoir indéfiniment sous prétexte de pacification du territoire. Parallèlement, les activités des partis politiques ont été suspendues par décret présidentiel, une décision jugée contraire au droit des citoyens de participer à la vie publique.

L’intensification de la répression politique

Le climat politique au Mali se caractérise également par une traque systématique de la dissidence. L’arrestation de l’ancien Premier ministre Moussa Mara illustre ce durcissement. Ce dernier a été incarcéré après avoir manifesté son soutien aux prisonniers d’opinion sur les réseaux sociaux. Volker Türk dénonce une manipulation de l’appareil judiciaire visant à faire taire toute voix critique, notant une recrudescence des interpellations dans toutes les couches de la société malienne sous des motifs similaires.

Un contexte sécuritaire alarmant pour les populations

Sur le plan sécuritaire, le Mali reste la cible d’attaques terroristes menées par le GSIM (affilié à Al-Qaïda) et Daech. Pour contrer ces menaces dans la zone des trois frontières avec le Burkina Faso et le Niger, l’armée nationale bénéficie du soutien des paramilitaires russes d’Africa Corps. Cependant, cette lutte armée a des conséquences dramatiques pour les civils.

Le bureau des droits de l’homme de l’ONU rapporte de nombreuses exactions commises par les différents acteurs du conflit depuis le mois d’avril. Le bilan fait état de centaines d’exécutions sommaires, de disparitions forcées et d’arrestations arbitraires, plongeant la population dans une insécurité chronique et aggravant l’impasse politique du pays.

Burkina Faso : une loi controversée contre les relations homosexuelles

Une loi répressive adoptée par l’Assemblée du Burkina Faso

Le 1er septembre, l’Assemblée législative de transition du Burkina Faso a adopté une loi condamnant les relations homosexuelles consenties, marquant un recul significatif pour les droits des personnes LGBT. Désormais, les individus reconnus coupables d’homosexualité risquent jusqu’à cinq ans de prison et des amendes financières.

Contexte politique et social défavorable

Cette réforme s’inscrit dans un climat de restriction croissante des libertés civiques et politiques au Burkina Faso. La junte militaire au pouvoir intensifie la répression contre l’opposition, les médias et les mouvements de contestation pacifique, aggravant les tensions sociales.

Contrairement à d’autres nations africaines, le Burkina Faso ne possédait pas de législation héritée de l’époque coloniale criminalisant spécifiquement l’homosexualité. Cette nouvelle disposition, intégrée au Code des personnes et de la famille, a été approuvée à l’unanimité par les 71 députés présents.

Des peines sévères pour des « comportements assimilés »

La loi punit non seulement les actes homosexuels, mais aussi tout comportement jugé comme une « promotion des pratiques homosexuelles ». Les sanctions incluent des peines de prison et des amendes, sans précision claire sur les critères de qualification de ces infractions.

Justifications controversées du gouvernement

Le ministre de la Justice et des Droits humains, Edasso Rodrigue Bayala, a justifié cette mesure en invoquant « les aspirations profondes de la société burkinabè » et « le respect des valeurs culturelles ». Toutefois, cette position soulève des interrogations quant à son adéquation avec les engagements internationaux du pays.

Violation des droits humains et obligations internationales

Cette loi contredit les principes fondamentaux de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi que du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont le Burkina Faso est signataire. Plusieurs pays africains, comme le Botswana, Maurice ou la Namibie, ont récemment aboli des législations similaires, reconnaissant leur incompatibilité avec les droits à la vie privée et à la non-discrimination.

Risques accrus pour les personnes LGBT

Au-delà de la violation des droits fondamentaux, cette loi expose les personnes LGBT à une augmentation des violences et des abus. En 2014, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples avait exhorté les États membres de l’Union africaine à mettre fin aux discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre.

Appel à une révision urgente du Code

Le président de la junte militaire, Ibrahim Traoré, est invité à ne pas promulguer le Code des personnes et de la famille en l’état. Une révision approfondie est nécessaire pour garantir le respect des droits de tous les citoyens, sans distinction d’orientation sexuelle ou d’identité de genre.