Corruption au Niger : défis persistants et leviers pour un changement durable

Chaque année, la publication de l’Indice de perception de la corruption (IPC) par Transparency International offre une photographie sans concession de l’intégrité des institutions publiques mondiales. Le dernier rapport, dévoilé le mardi 10 février 2026, confirme une tendance inquiétante : la corruption s’intensifie globalement, touchant même des nations aux fondations démocratiques robustes. Cette progression témoigne de la nature endémique de la corruption, qui dépasse les clivages politiques et les niveaux de développement.

Sur les 182 pays analysés en 2025, une majorité écrasante de 122 affichent un score inférieur à 50, seuil critique indiquant une forte prévalence de la corruption dans le secteur public. Le Niger, avec un score de 31, est malheureusement bien en deçà de cette marque. Classé 124ᵉ sur 182, le pays recule de trois positions par rapport à l’année précédente. Ce constat souligne que la corruption demeure un frein majeur à la bonne marche des administrations, à l’équité citoyenne et à la confiance envers l’action gouvernementale.

Au-delà de la corruption directe, la délinquance économique et financière continue de proliférer, malgré les efforts louables d’organismes spécialisés comme la Cellule de Lutte contre la Délinquance Économique et Financière (COLDEFF). Les observations sur le terrain révèlent une persistance des fraudes, des détournements de fonds publics et des abus de biens sociaux, exposant les lacunes des systèmes actuels de prévention, de surveillance et de répression.

Pourquoi une lutte anticorruption au Niger si complexe ?

Ces résultats décevants interrogent l’efficacité des stratégies mises en place pour endiguer la corruption et la délinquance économique et financière. Une des carences fondamentales réside dans une approche qui se concentre souvent sur les manifestations visibles – arrestations médiatisées, sanctions symboliques, déclarations officielles – plutôt que sur une attaque frontale et systémique des racines profondes du problème.

Dans le contexte nigérien, deux éléments structurels se révèlent particulièrement influents. Le premier est la « pression sociale », un phénomène omniprésent mais souvent sous-estimé dans les politiques publiques. Au sein d’une société où les liens familiaux et communautaires sont primordiaux, de nombreux fonctionnaires se trouvent constamment sollicités par leur entourage. Ces proches attendent de l’agent public, en vertu de sa position administrative ou financière, qu’il réponde à leurs besoins, parfois au-delà des cadres légaux et de ses propres moyens.

La pression sociale : un facteur silencieux mais dévastateur de la corruption

L’histoire d’Abdou (nom fictif) illustre de manière éloquente cette réalité. Issu d’un milieu modeste, Abdou a excellé dans ses études avant d’intégrer une importante entreprise publique, où il a rapidement gravi les échelons jusqu’à un poste de haute responsabilité. Réputé intègre, consciencieux et respecté, il était l’exemple même du fonctionnaire modèle, jouissant d’une confiance unanime de la part de sa hiérarchie et de ses collègues.

Initialement, son salaire lui permettait de couvrir ses dépenses et d’apporter un soutien mesuré à sa famille restée au village. Cependant, l’augmentation constante du coût de la vie à Niamey, sans revalorisation salariale significative, a progressivement érodé son pouvoir d’achat. Malgré cela, Abdou s’est senti socialement et psychologiquement contraint de maintenir son rôle d’« homme providentiel » au sein de sa famille.

Face à une crise économique grandissante et à des sollicitations de plus en plus pressantes, Abdou a fini par céder. Exploitant les failles des procédures internes de son entreprise et son accès privilégié à la trésorerie, il a commencé à détourner de petites sommes. Il justifiait intérieurement ses actions comme une obligation morale, plutôt qu’un acte criminel, percevant cela comme une compensation à l’incapacité de l’État à garantir une protection sociale minimale à ses citoyens.

Pendant près de deux ans, Abdou a joué ce rôle de « super-héros » familial, jusqu’à ce qu’un audit interne révèle les irrégularités. Le préjudice pour l’entreprise s’élevait à près de 50 millions de FCFA. Une cellule de crise a été mise en place, aboutissant à un accord à l’amiable permettant à Abdou de rembourser les fonds détournés, évitant ainsi la prison. Si cette issue a sauvé un homme, elle soulève néanmoins des questions quant à l’effet réellement dissuasif des sanctions appliquées.

La précarisation des agents publics : un terreau fertile pour la corruption

Le second facteur est la dégradation persistante du pouvoir d’achat des fonctionnaires. Les augmentations salariales faibles, voire inexistantes, combinées aux arriérés de salaires dans certains secteurs, génèrent un climat de précarité propice aux comportements illicites. Dans ce contexte difficile, certains agents peuvent être tentés de voir la corruption non plus comme une faute morale, mais comme une stratégie de survie économique.

Il est crucial de souligner que cette réalité ne saurait en aucun cas légitimer les actes de corruption, mais elle permet d’en appréhender les mécanismes sous-jacents. Une politique anticorruption efficace doit impérativement intégrer une réflexion approfondie sur les conditions de vie et de travail des employés de l’État.

Vers une stratégie anticorruption plus percutante au Niger

Pour espérer inverser durablement la tendance de la corruption au Niger, plusieurs pistes d’action doivent être activement explorées. Premièrement, il est essentiel de renforcer les dispositifs de contrôle à tous les niveaux, particulièrement au sein des entreprises publiques et des services gérant les flux financiers. Le cas d’Abdou met en lumière les vulnérabilités importantes des procédures internes. L’installation de systèmes de vidéosurveillance, bien que pertinente, doit être complétée par une numérisation exhaustive des processus financiers, réduisant ainsi les interactions humaines et les opportunités de fraude.

Deuxièmement, la sensibilisation citoyenne est primordiale. Des campagnes de communication ciblées sont indispensables pour faire comprendre que l’incitation, directe ou indirecte, à détourner des fonds publics constitue une atteinte grave à l’intérêt général et compromet sérieusement le développement du pays.

Enfin, la question des sanctions reste un pilier central. Elles doivent être véritablement dissuasives, appliquées avec rigueur, équité et transparence, sans égard pour le statut social ou les réseaux d’influence. L’impunité, qu’elle soit réelle ou perçue, demeure un puissant catalyseur de la corruption.

En conclusion, la lutte contre la corruption et la délinquance économique et financière au Niger ne peut se résumer à de simples déclarations ou à des actions isolées. Elle exige une approche holistique, combinant des réformes institutionnelles audacieuses, des mesures sociales concrètes et une transformation profonde des mentalités. C’est à ce prix seulement que le Niger pourra se libérer durablement de ces fléaux qui entravent son essor économique et social.

Le ministre de la Santé évalue les avancées et défis de l’Hôpital de l’Amitié Niger-Türkiye

Le Colonel-major Garba Hakimi, ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique, a effectué une visite d’inspection à l’Hôpital de l’Amitié Niger-Türkiye le mercredi 25 février 2026. L’objectif principal de cette démarche était de procéder à un examen approfondi des infrastructures et des équipements, de s’informer directement sur les conditions de travail du personnel soignant, et d’identifier les problématiques rencontrées afin d’y apporter des réponses concrètes et adaptées.

Dès son arrivée, le ministre a été guidé à travers plusieurs départements clés de l’établissement. Il a ainsi pu découvrir le service des urgences, l’unité de mammographie, les blocs opératoires modernes, le service de soins intensifs pour nouveau-nés, les laboratoires spécialisés en embryologie et prélèvement d’ovocytes, ainsi que le pôle de gynécologie et obstétrique. Cette exploration a été suivie d’une présentation détaillée couvrant l’historique de l’hôpital, ses réalisations, ses besoins actuels et les insuffisances relevées, avant un échange direct et constructif avec les agents.

M. Manou Gagara, directeur des soins, a rappelé que l’hôpital a été officiellement créé par décret en novembre 2018 et a commencé ses activités en novembre 2019. Sa mission fondamentale est de garantir des soins et des services de haute qualité aux femmes et aux enfants, tout en contribuant activement à la recherche, à la formation et à la promotion de la santé publique. Il a également mis en lumière les atouts de l’établissement, incluant 45 lits fonctionnels, 10 couveuses performantes en néonatalogie, des équipements médicaux de dernière génération, et une unité kangourou, tous conçus pour répondre à la demande croissante de soins spécialisés.

Le directeur des soins a précisé que l’acquisition de nombreux appareils et produits essentiels est en cours, visant à optimiser les moyens du personnel dans l’exécution de ses missions. Il a souligné que l’équipe se compose de 188 professionnels nigériens et de 26 coopérants turcs, répartis dans diverses spécialités pour assurer une couverture complète des consultations. Les chiffres d’activité sont significatifs : 66 182 consultations externes ont été enregistrées entre janvier 2025 et janvier 2026, avec un taux de réussite de 100%. Pour le seul mois de janvier 2026, l’hôpital a comptabilisé 484 hospitalisations, 212 accouchements (dont 147 césariennes), et 28 admissions au service de néonatalogie.

Malgré ces performances, M. Manou Gagara n’a pas manqué d’évoquer les défis persistants. Parmi ceux-ci figurent le manque de documentation adéquate, l’absence d’équipement radiologique pour l’analyse des mammographies, rendant ce service inopérant, et la pénurie de certains réactifs. Plusieurs spécialistes ont également pris la parole pour partager leurs expériences quotidiennes et les obstacles spécifiques rencontrés avec le ministre et sa délégation.

À l’issue de cette visite productive, le Colonel-major Garba Hakimi a chaleureusement salué l’engagement indéfectible des autorités turques en faveur du développement du secteur de la santé au Niger. Il a également exprimé ses vives félicitations au personnel pour la qualité exceptionnelle de leur travail, attestée par les indicateurs de performance très positifs de l’hôpital. Concernant les difficultés identifiées, le ministre a affirmé que des discussions approfondies avaient eu lieu et que des solutions concrètes étaient déjà en cours d’élaboration. Il s’est dit pleinement satisfait des observations et des résultats remarquables obtenus par l’établissement.

Le ministre de la Santé a, par ailleurs, mis en exergue le partenariat fructueux entre le Niger et la Türkiye, exhortant l’ensemble du personnel à poursuivre leurs efforts avec la même détermination. « Nous avons identifié des réponses à toutes les problématiques soulevées. J’encourage vivement l’administration à cultiver un environnement de confiance et de collaboration entre les agents turcs et le personnel nigérien, afin de garantir des résultats encore meilleurs au sein de cet hôpital », a-t-il conclu.

Côte d’ivoire : les syndicats de journalistes dénoncent une ingérence politique

Un congrès suspendu et une crise institutionnelle évitée en urgence

Le 20 février, une décision de justice a suspendu le Congrès ordinaire de l’UNJCI, chargé de renouveler ses instances. Cette décision, obtenue via une assignation en référé par un collectif invoquant le respect des textes, a poussé l’organisation à interjeter appel. Face à l’imminence de l’expiration du mandat des dirigeants, prévue pour le 26 février à minuit, un Congrès extraordinaire a été convoqué en urgence le 25 février. L’objectif ? Éviter une rupture institutionnelle et maintenir la continuité de l’organisation.

Conformément aux statuts de l’UNJCI, les congressistes ont validé, à la majorité requise, la prorogation des mandats jusqu’à la tenue effective du Congrès ordinaire. Cette mesure vise à préserver l’intégrité de l’institution et à éviter toute vacance de pouvoir.

Des tensions post-vote et une réponse syndicale unie

Cependant, le vote a été suivi d’incidents violents, révélateurs d’un climat de forte tension au sein de la communauté des journalistes ivoiriens. Face à cette situation, plusieurs syndicats africains de journalistes ont réagi avec fermeté.

Les déclarations de l’UNJCI et de ses soutiens

Jean Claude Coulibaly, président de l’UNJCI, a souligné :

« Nous avons pris acte de la suspension de notre Congrès ordinaire, tout en contestant cette décision devant les instances compétentes. Il était impensable de laisser s’installer un vide statutaire qui aurait affaibli notre organisation. La prorogation votée en Congrès extraordinaire est une mesure de responsabilité, garantissant la continuité de l’UNJCI. Cette structure représente la maison commune de tous les journalistes ivoiriens : elle ne peut être ni affaiblie ni placée sous tutelle externe. »

Omar Faruk Osman, président de la Fédération africaine des journalistes (FAJ), a dénoncé :

« Empêcher un syndicat de tenir son congrès pour renouveler ses instances, puis tenter d’exploiter cette situation pour créer une vacance institutionnelle, constitue une violation grave de la liberté syndicale. Cette démarche est en totale contradiction avec les engagements internationaux et africains de la Côte d’Ivoire. Aucune autorité politique ne peut imposer ou influencer le choix des dirigeants d’une organisation de journalistes. »

Anthony Bellanger, secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), a ajouté :

« Cette situation représente une atteinte sérieuse à la liberté d’association et une ingérence manifeste dans les affaires internes d’un syndicat. Avec la FAJ, nous engagerons des démarches auprès des instances internationales, notamment l’Organisation internationale du Travail, pour déposer une plainte officielle contre les abus commis par le gouvernement ivoirien. L’autonomie syndicale, protégée par le droit international, n’est pas négociable. »

Un appel à respecter l’indépendance des syndicats de journalistes

La FIJ et la FAJ exhortent les autorités ivoiriennes à garantir strictement l’indépendance de l’UNJCI. Elles réclament également la sécurité de ses membres et la tenue d’un Congrès ordinaire dans un cadre libre, transparent et apaisé, conforme aux principes démocratiques et aux conventions internationales.

Coopération États-Unis-Burkina Faso : un engagement renforcé pour la sécurité sanitaire au Sahel

Les États-Unis et le Burkina Faso ont scellé un partenariat stratégique de cinq ans, visant à élever la sécurité sanitaire au rang de priorité commune. Cet accord majeur est conçu pour doter le Burkina Faso d’outils autonomes et efficaces face aux menaces infectieuses, tout en contribuant à la protection de la population américaine. Ce cadre bilatéral promeut une vision de résilience locale, en consolidant des systèmes de santé gérés sur place et plus robustes. La coopération s’articule autour d’objectifs précis, de ressources dédiées et d’un suivi rigoureux. Dans un contexte régional complexe, l’ambition principale est d’anticiper, de détecter et d’apporter des réponses rapides aux épidémies.

Un partenariat stratégique pour la santé

Cette collaboration est pensée pour s’inscrire dans la durée et générer des résultats tangibles. Des mécanismes de coordination seront mis en place pour harmoniser les priorités nationales avec le soutien extérieur. Les responsabilités seront clairement définies et partagées, tandis qu’une transparence accrue des dépenses sera recherchée. Grâce à une planification pluriannuelle, les programmes bénéficieront d’une stabilité, permettant une évaluation précise de leur impact. Une approche axée sur la performance est privilégiée, avec des cibles sanitaires spécifiques et des indicateurs de suivi réguliers.

Financements ciblés et engagement national

Un soutien financier substantiel a été alloué pour intensifier les efforts dans la lutte contre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies infectieuses. Ces fonds seront spécifiquement orientés vers la prévention, le diagnostic et la prise en charge des patients, avec une attention particulière portée à l’efficacité opérationnelle. Parallèlement, le Burkina Faso s’est engagé à augmenter ses propres dépenses de santé publique. Cette montée en puissance locale vise à renforcer l’appropriation des programmes et à garantir la pérennité des avancées. Une part des ressources sera spécifiquement dédiée à la préparation et à la réponse aux urgences sanitaires.

Priorités claires en santé publique

Une feuille de route détaillée a été élaborée pour concentrer les actions sur des domaines à fort impact sanitaire. La lutte contre le paludisme se poursuivra à travers des campagnes ciblées, la distribution de moustiquaires imprégnées et l’élargissement de l’accès aux tests rapides. La riposte au VIH/sida sera renforcée par des stratégies de prévention combinée, une prise en charge continue et un suivi rigoureux de l’adhérence thérapeutique. Les soins maternels et infantiles seront intégrés aux services de proximité afin d’assurer une continuité des parcours de soins.

Modernisation de la surveillance épidémiologique

La détection précoce des menaces infectieuses est au cœur de cet accord. Des plateformes numériques seront privilégiées pour accélérer la notification, fiabiliser les données et éclairer les décisions. Les systèmes d’alerte seront interopérables pour permettre des réponses proportionnées et rapides. Des formations seront dispensées pour améliorer la qualité des rapports et la traçabilité des cas. Cette modernisation est essentielle pour endiguer rapidement les flambées épidémiques et réduire leurs coûts humains et économiques.

Laboratoires mieux équipés et connectés

La capacité des laboratoires sera considérablement augmentée pour identifier les agents pathogènes avec une fiabilité accrue. Des équipements adaptés seront fournis, et des protocoles harmonisés seront adoptés. Les réseaux de laboratoires de référence seront consolidés pour accélérer les confirmations diagnostiques et favoriser le partage d’expertise. Des audits réguliers seront menés pour garantir la qualité, la biosécurité et la maintenance des infrastructures. Ces améliorations permettront de réduire les délais de diagnostic et d’optimiser la prise en charge des patients.

Renforcement des soins de proximité

Les agents de santé communautaires constitueront l’épine dorsale de ce dispositif. Leur rôle est central pour rapprocher la prévention, le dépistage et le traitement des populations. Ils bénéficieront de dotations en outils, de formations continues et d’une supervision régulière. Les parcours de soins seront simplifiés pour minimiser les abandons. En complément, des campagnes d’information seront menées pour encourager l’adoption de gestes de protection et faciliter l’accès aux services de santé.

Intégration durable du personnel de santé

À l’issue de la période couverte par l’accord, l’intégration des agents de première ligne financés par les partenaires dans la fonction publique de santé est prévue. Cette transition vise à prévenir les ruptures d’activité et à stabiliser l’offre de soins. Les techniciens de laboratoire seront également valorisés pour consolider l’expertise locale. Ce choix stratégique permettra de bâtir un système de santé résilient, fondé sur des compétences nationales, avec une meilleure rétention des talents et une gouvernance clarifiée.

Ancrage national et redevabilité accrue

L’appropriation de cette initiative par le Burkina Faso est un principe directeur. Les priorités budgétaires seront ajustées pour sécuriser l’investissement social et sanitaire. Des cadres de suivi seront mis en place pour mesurer les résultats, corriger les écarts et partager les enseignements. Une redevabilité conjointe sera recherchée pour garantir l’utilisation optimale des fonds. Des consultations régulières avec les acteurs locaux seront également favorisées.

Un impact régional attendu

La dimension régionale a été intégrée pour prévenir la propagation transfrontalière des épidémies. Les échanges d’informations seront facilités avec les pays voisins et les instances techniques régionales. Des exercices conjoints de simulation seront organisés pour tester les plans d’urgence. En renforçant un pays pivot du Sahel, un effet d’entraînement positif est escompté dans toute la sous-région. Les chaînes d’approvisionnement seront également sécurisées pour fluidifier l’acheminement des intrants essentiels.

Prise en compte du contexte politique

La période de transition militaire a été prise en considération pour ancrer les actions dans une stabilité institutionnelle. Les programmes de santé seront protégés des aléas politiques grâce à des plans de continuité. Les partenaires techniques et financiers collaboreront avec les autorités sanitaires pour préserver la neutralité des services. Cette approche vise à maintenir l’accès aux soins essentiels, même en période de recomposition politique.

Une stratégie américaine cohérente

La Stratégie de santé mondiale « America First » est mise en avant pour lier sécurité sanitaire et résilience des systèmes de santé. De nombreux engagements bilatéraux ont déjà été noués en Afrique pour amplifier la prévention et la réponse aux crises sanitaires. Cette cohérence facilite l’alignement des soutiens, évite les doublons et accélère les résultats. Des synergies seront recherchées entre les initiatives thématiques et le renforcement global du système de santé.

Mesure et partage des résultats

Des indicateurs clairs seront suivis pour évaluer la couverture des services, la qualité des soins et l’efficacité des dépenses. Des tableaux de bord seront utilisés pour guider les décisions, ajuster les priorités et documenter l’impact. Les bonnes pratiques seront diffusées pour inspirer d’autres programmes au Sahel. À terme, une réduction significative des infections évitables ainsi que des décès maternels et infantiles est visée.

Perspectives pour les citoyens burkinabè

Des bénéfices concrets sont attendus pour les ménages grâce à des services de proximité plus fiables. Des délais de diagnostic réduits, une meilleure disponibilité des intrants et une information sanitaire améliorée devraient renforcer la confiance des populations. Parallèlement, les mécanismes de protection des plus vulnérables seront consolidés. Avec des moyens appropriés et une gouvernance attentive, une trajectoire de progrès durable en matière de santé est désormais à portée de main pour le Burkina Faso.

Partenariat santé usa et Burkina Faso : 147 millions de dollars pour renforcer la lutte contre les maladies

Un financement de 147 millions de dollars pour renforcer la santé au Burkina Faso

Le Département d’État des États-Unis a officialisé la signature d’un mémorandum d’entente bilatéral avec le Burkina Faso, engageant un investissement de 147 millions de dollars sur cinq ans. Cet accord vise à appuyer les initiatives locales dans la lutte contre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies infectieuses, tout en consolidant les mécanismes de surveillance épidémiologique et en améliorant la réaction face aux urgences sanitaires.

Le communiqué précise que ce partenariat renforce la coopération sanitaire entre les deux nations, en mettant l’accent sur la prévention et le contrôle des maladies transmissibles. Une attention particulière est portée sur la résilience du système de santé burkinabè, essentiel pour protéger les populations locales et les partenaires internationaux.

Une participation active du Burkina Faso dans le financement

Dans le cadre de cet accord, le Burkina Faso s’engage à mobiliser 107 millions de dollars de ses propres ressources pour le secteur de la santé. Cet effort financier reflète une volonté claire de renforcer son système sanitaire national et d’assurer une autonomie accrue dans la gestion des crises sanitaires.

Modernisation et innovation pour une santé plus efficace

Sur les 147 millions de dollars alloués, près de 12 millions seront dédiés à des projets de sécurité sanitaire mondiale. Ces fonds permettront de :

  • Consolider les systèmes de santé communautaires pour une meilleure accessibilité aux soins ;
  • Numériser les processus de collecte et de transmission des données sanitaires, facilitant ainsi une prise de décision rapide et éclairée ;
  • Renforcer les capacités des laboratoires pour une détection précoce des pathogènes émergents.

Renforcement des programmes existants et soutien aux agents de santé

Le protocole inclut des programmes durables dédiés à la santé maternelle et infantile, ainsi qu’à la lutte contre le paludisme. Une attention particulière est accordée aux agents de santé communautaires, reconnus comme des acteurs clés pour un système de santé local et durable.

À l’issue des cinq années, les professionnels de santé et techniciens de laboratoire formés grâce à ce partenariat seront intégrés dans la fonction publique sanitaire du Burkina Faso. L’objectif final est de bâtir un système de santé national robuste, capable de faire face aux menaces sanitaires transfrontalières et de protéger à la fois les populations burkinabè et américaines.

Une stratégie sanitaire américaine à l’échelle mondiale

Cet accord s’inscrit dans le cadre de la stratégie globale « America First », qui vise à renforcer la santé mondiale. À ce jour, 17 protocoles d’accord bilatéraux ont été signés avec des pays africains, représentant un total de 18,56 milliards de dollars de nouveaux financements. Parmi ceux-ci, 11,33 milliards de dollars proviennent des États-Unis, tandis que 7,23 milliards sont des co-investissements des pays partenaires.

Des réactions variées parmi les pays partenaires

Tous les pays approchés n’ont pas adhéré à ce dispositif. Par exemple, le Zimbabwe a refusé une offre de financement de 367 millions de dollars, invoquant des préoccupations liées à la souveraineté nationale et aux mécanismes de contrôle proposés. De son côté, la Zambie a émis des réserves sur certaines clauses, laissant planer un doute sur la finalisation du protocole. Les discussions entre Washington et Lusaka pourraient aboutir si des ajustements sont apportés aux dispositions contestées.

HEC Paris, un accélérateur pour les pépites de la tech africaine

Le paysage entrepreneurial en Côte d’Ivoire est en pleine effervescence, avec environ 300 start-up actives selon les chiffres officiels. Pour transformer leur vision en succès, de nombreux fondateurs se tournent vers des formations de renom, à l’image du programme Challenge + Afrique, piloté par la prestigieuse école de commerce française HEC Paris.

En cinq ans, Challenge + Afrique, un programme de la célèbre école de commerce HEC Paris, a accompagné ​​​​​​​près de 120 start-up, à Abidjan et Dakar.

Dans une salle de cours, une vingtaine d’entrepreneurs, hommes et femmes, sont réunis pour leur première session. L’objectif est clair : apprendre à valoriser leur jeune entreprise. Mariama Kaba, venue du Sénégal, est l’une d’entre eux. Spécialiste de la validation des acquis de l’expérience, elle se lance dans une nouvelle aventure entrepreneuriale visant à faire certifier les compétences des professionnels du secteur informel. « J’ai souvent contribué à des projets d’entreprise en restant en retrait », confie-t-elle. « C’est l’occasion de me focaliser sur mon propre projet et de monter en compétences, notamment en finance, un domaine qui m’intimidait. Le cours de ce matin sur les bases de la start-up était très éclairant. Je prends des notes pour tout retenir. Ce que j’espère de cette formation ? Le réseau est essentiel. Les personnes ici sont une source d’inspiration… En deux jours à peine, je sens que je suis exactement là où je dois être pour sortir de ma zone de confort. »

Au sein de la promotion de Mariama, les projets sont variés, allant de l’accès au logement à des solutions techniques pour l’économie d’énergie, illustrant la diversité des enjeux de la société africaine.

Gagner en perspective pour une expansion réussie

Pour intégrer ce programme, les participants investissent 5 000 euros, soit environ 3 millions de francs CFA. En retour, ils bénéficient de l’expertise de formateurs comme Etienne Krieger. Ce spécialiste de la finance entrepreneuriale a pour mission de transmettre ses « bonnes recettes » aux porteurs de projet : « Nous sommes là pour leur faire prendre conscience des ingrédients qui vont crédibiliser les projets, identifier des besoins réels, pas ou mal satisfaits par les offres existantes, les vendre, et être suffisamment crédibles pour attirer des bonnes fées qui vont se pencher sur leurs berceaux pour passer d’une activité artisanale à quelque chose d’industriel ».

Parmi les exemples de réussite issus du programme, on trouve Leya. Cette jeune pousse abidjanaise a développé une solution pour que les points de mobile money ne soient jamais à court de liquidités. Son cofondateur, Thibaut Cathenoz, résume l’apport de la formation : « On a pu prendre énormément de recul, affiner notre pitch, affiner notre proposition de valeur, comprendre comment fonctionne une levée de fonds. Ça nous a beaucoup servi pour la suite parce qu’on a levé des fonds. Et, franchement, ça nous a été d’une grande aide. »

En l’espace de cinq ans, le programme Challenge + Afrique a ainsi soutenu le développement de près de 120 start-up, que ce soit à Abidjan ou à Dakar.

Burkina Faso : les avancées sanitaires saluées par le rapport biennal de l’OMS

Le rapport biennal de l’OMS : un bilan des progrès sanitaires au Burkina Faso (2024-2025)

Le dernier rapport biennal de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour le Burkina Faso, couvrant la période 2024-2025, met en lumière des réalisations significatives. Ces progrès ont été enregistrés malgré un contexte national complexe, caractérisé par des enjeux sécuritaires, humanitaires et climatiques persistants.

Parmi les succès notables, l’extension du programme de vaccination antipaludique à l’ensemble des 70 districts sanitaires représente une étape cruciale. Cette initiative est essentielle pour la prévention du paludisme et la protection de la santé infantile. De plus, le déploiement du programme WHO PEN dans six districts a permis d’améliorer la gestion intégrée des maladies non transmissibles (MNT) au sein des structures de soins de santé primaires.

Le biennium a également été marqué par une avancée législative importante : l’adoption d’un décret antitabac. Ce texte interdit désormais de fumer dans les espaces publics et les transports en commun, démontrant l’engagement du Burkina Faso à promouvoir activement la santé publique et à minimiser les facteurs de risque évitables.

Les efforts de l’OMS dans la lutte contre le paludisme ont eu des répercussions considérables. Plus de 5 millions d’enfants ont reçu une chimioprévention saisonnière, et près de 15 millions de moustiquaires imprégnées ont été distribuées à l’échelle nationale, contribuant ainsi à réduire significativement la charge de cette maladie.

Face aux défis dans les régions éloignées et difficiles d’accès, l’OMS a joué un rôle clé dans le maintien des services de santé fondamentaux. Cela s’est concrétisé par la mise en place de postes de santé avancés et de cliniques mobiles, ainsi que par l’acheminement de 58 tonnes de fournitures médicales et de médicaments essentiels aux populations les plus vulnérables.

Des avancées structurelles ont également été observées dans les systèmes d’information sanitaire. L’implémentation de la Classification Internationale des Maladies (CIM-11) dans quatre hôpitaux de référence marque une étape décisive pour l’amélioration de la fiabilité des données, le suivi de la mortalité et l’élaboration de décisions sanitaires basées sur des preuves concrètes.

En somme, ces réalisations illustrent les progrès notables du Burkina Faso dans la construction d’un système de santé plus résilient, le renforcement de l’offre de services et la protection efficace de ses citoyens. Elles mettent également en lumière les axes stratégiques à consolider pour les futurs programmes de développement sanitaire.


Crise soudanaise : le Tchad verrouille sa frontière face à la menace grandissante

Frontière entre le Tchad et le Soudan, novembre 2025

Les tensions au Soudan s’intensifient et débordent désormais sur le territoire tchadien. Face à cette escalade, les autorités de N’Djamena ont pris une mesure radicale : la fermeture immédiate et totale de la frontière commune avec le Soudan, décidée le 23 février. Cette décision, qualifiée d’“urgence absolue”, suspend toute circulation entre les deux pays, à l’exception des passages humanitaires strictement encadrés par le gouvernement tchadien.

Cette mesure drastique intervient après une série d’incursions armées et de violations répétées du sol tchadien par des groupes en conflit au Soudan. Ces actes mettent en péril “la souveraineté territoriale, la paix sociale et la sécurité des habitants des zones frontalières”, comme l’a souligné un communiqué officiel tchadien.

Bien que les autorités n’aient pas explicitement désigné les responsables, des sources médiatiques soudanaises évoquent la chute de la ville d’El-Tina, située à proximité de la frontière tchado-soudanaise, sous le contrôle des Forces de soutien rapide (FSR). Selon Geeska, ces dernières auraient lancé une “opération d’envergure” contre cette localité stratégique, utilisant des armes lourdes et des véhicules blindés.

Des tensions frontalières aux répercussions régionales

La situation reste particulièrement volatile dans la région du Darfour, où les affrontements entre factions armées se multiplient. Radio Dabanga rapporte que des combats ont également visé le quartier général de Moussa Hilal, une figure controversée du conflit soudanais, aggravant ainsi l’instabilité dans le secteur.

Cette escalade des violences aux portes du Tchad pousse les observateurs à s’interroger sur l’impact à long terme de ce conflit sur la stabilité de l’Afrique centrale. Les autorités tchadiennes, conscientes des risques, ont choisi de privilégier la protection de leur population et de leur territoire, même si cela implique de rompre temporairement les échanges économiques et humains avec le Soudan.

Crise à N’Djamena : le Tchad sous tension face au conflit soudanais

crise à N’Djamena : le Tchad sous tension face au conflit soudanais

La guerre qui déchire le Soudan s’étend désormais au-delà de ses frontières, fragilisant davantage le Tchad voisin. Près d’un million de déplacés soudanais ont franchi la frontière tchadienne, submergeant un pays déjà fragilisé par des années d’instabilité. Cette crise humanitaire met en lumière les défis sécuritaires et diplomatiques auxquels fait face N’Djamena, pris entre neutralité affichée et suspicions croissantes.

Des milliers de Soudanais fuient vers le Tchad pour échapper aux combats

une frontière sous haute tension

Les 1 300 kilomètres de frontière entre le Soudan et le Tchad, s’étendant à travers des zones désertiques difficiles à contrôler, sont devenus un enjeu stratégique. Historiquement utilisés par des milices et mouvements rebelles, ces territoires sont désormais sous la menace des Forces de soutien rapide (FSR), qui contrôlent désormais la majeure partie du Darfour.

Depuis décembre 2024, les tensions se multiplient : une frappe de drone attribuée aux FSR tue deux soldats tchadiens en janvier 2025, tandis qu’une incursion près de Tiné fait sept autres victimes. Face à cette escalade, les autorités tchadiennes ont décidé de fermer entièrement la frontière, invoquant le risque d’un débordement du conflit sur leur territoire.

neutralité affichée, soupçons persistants

Le Tchad affirme maintenir une position neutre dans le conflit soudanais. Pourtant, des analyses satellitaires et enquêtes récentes suggèrent que des armes en provenance des Émirats arabes unis pourraient transiter par son territoire pour alimenter les FSR. Les autorités tchadiennes rejettent catégoriquement ces accusations, soulignant qu’elles subissent elles-mêmes des frappes et des incursions répétées.

Cette situation alimente des tensions internes, notamment au sein de l’ethnie zaghawa, très présente dans les institutions sécuritaires. En avril 2025, plusieurs hauts gradés de cette communauté ont été écartés de leurs fonctions, alimentant les spéculations sur un possible soutien aux rebelles soudanais.

un rapprochement stratégique avec la France

Après une période de relations tendues, le Tchad cherche à renouer avec Paris. La France, qui avait autrefois apporté un soutien crucial en matière de renseignement pour sécuriser la frontière, réduit désormais son assistance. Ce réchauffement diplomatique apparaît essentiel pour N’Djamena, qui cherche à renforcer sa position face à la crise actuelle.

Les discussions entre Mahamat Idriss Déby et Emmanuel Macron placent désormais le dossier soudanais au cœur de leur agenda. Ce rapprochement pourrait s’avérer déterminant pour la stabilité de la région.

Le jnim face au défi de son extension hors du Sahel

Le JNIM et l’extension jihadiste : une stratégie sous haute tension au Sahel

L’expansion du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, soulève des questions majeures sur sa stratégie de diffusion au-delà des frontières traditionnelles du Sahel. Depuis sa création en 2017, ce groupe a consolidé son emprise sur des zones clés du Mali, du Niger et du Burkina Faso, où il défie ouvertement les pouvoirs en place. Pourtant, son ambition de s’étendre vers le sud, notamment vers le Golfe de Guinée, révèle des tensions internes et des défis stratégiques complexes.

Une progression géographique sous surveillance

À partir de 2019, le JNIM a commencé à étendre son influence en direction du Bénin, du Togo et de la Côte d’Ivoire, marquant une rupture avec les dynamiques régionales habituelles. Plusieurs attaques majeures ont été revendiquées dans ces pays, mais avec des résultats contrastés :

  • Le Ghana reste jusqu’à présent épargné par les actions armées du groupe.
  • En Côte d’Ivoire, des attaques ont été signalées entre 2020 et 2022, mais aucune n’a été revendiquée depuis.
  • Le Bénin, en revanche, a connu une dégradation alarmante de sa situation sécuritaire en 2025.

Ces disparités interrogent sur la méthodologie et les priorités du JNIM. Une expansion trop rapide ou mal planifiée pourrait fragiliser sa cohésion interne et disperser ses ressources.

Les dilemmes stratégiques du JNIM face à son expansion

Un récent rapport de Crisis Group met en lumière les tensions au sein du mouvement quant à sa stratégie d’expansion. Plusieurs scénarios sont envisageables :

  • Ne pas s’étendre : risque de laisser des groupes rivaux saisir des opportunités territoriales.
  • S’étendre trop vite : dispersion des effectifs, tensions internes et dilution des capacités opérationnelles.

Le JNIM doit donc trouver un équilibre délicat entre expansion nécessaire pour maintenir sa crédibilité et maîtrise des risques de fragmentation. Cette dualité est d’autant plus critique dans un contexte géopolitique en ébullition, marqué par la montée de l’Alliance des États du Sahel (AES) et ses tensions avec la CEDEAO.

Comprendre les logiques internes pour mieux anticiper

Analyser les décisions du JNIM nécessite de plonger dans ses mécanismes internes. Les différents niveaux de commandement ne partagent pas toujours les mêmes priorités, ce qui peut expliquer des choix apparemment contradictoires. Cette complexité rend d’autant plus difficile l’élaboration de réponses politiques adaptées pour les pays concernés.

Une approche intégrée, combinant analyse des dynamiques locales et compréhension des logiques jihadistes, est indispensable pour renforcer la sécurité régionale et limiter l’influence des groupes armés.

Pour approfondir ce sujet, une conférence est organisée le 24 février 2026 à Paris, réunissant des experts du CERI et du programme Afrique de Sciences Po.

Alliance militaire russe au Mali : le vrai coût de l’Africa Corps

Une chapelle orthodoxe russe au cœur de Bamako

Au milieu d’un paysage urbain typique de Bamako, une modeste chapelle orthodoxe se distingue par ses murs en tuiles et sa toiture en tôle. Érigée par les soldats de l’Africa Corps, cette construction symbolise leur ancrage croissant dans la capitale malienne. Depuis sept mois, ils ont pris la relève du groupe Wagner, marquant ainsi une nouvelle étape dans la coopération militaire entre le Mali et la Russie.

Cette présence russe, désormais matérialisée par cette chapelle, s’accompagne d’un engagement financier conséquent pour le gouvernement malien. Une alliance qui soulève des questions sur son efficacité et son coût réel pour le pays.

L’Africa Corps, héritier controversé de Wagner

L’arrivée de l’Africa Corps au Mali s’inscrit dans la continuité de la stratégie russe en Afrique, après le retrait — ou la transformation — du groupe Wagner. Ce dernier, connu pour son rôle controversé dans plusieurs conflits africains, a cédé la place à une structure officielle, l’Africa Corps, intégrée aux forces armées russes. Une transition qui vise à donner une image plus légitime à l’engagement militaire russe sur le continent.

Pour le Mali, dirigé par la junte d’Assimi Goïta, cette alliance représente un soutien crucial dans sa lutte contre les groupes jihadistes qui menacent sa stabilité. Cependant, les résultats obtenus restent en deçà des attentes, et la facture s’avère particulièrement salée.

Une facture de près d’un milliard de dollars pour des résultats limités

Selon les dernières estimations, l’engagement de l’Africa Corps au Mali a déjà coûté près d’un milliard de dollars à la junte malienne. Une somme colossale qui pose la question de la rentabilité de cette coopération militaire. Malgré cet investissement massif, la situation sécuritaire dans le pays ne montre pas d’amélioration significative.

Les observateurs s’interrogent : où va cet argent ? Quels sont les bénéfices concrets pour le Mali ? Les réponses à ces questions restent floues, d’autant plus que les opérations contre les groupes armés peinent à porter leurs fruits.

Les dépenses cachées de l’alliance militaire

Au-delà des coûts directs liés aux opérations, d’autres dépenses indirectes pèsent sur l’économie malienne. L’entretien des bases, les salaires des mercenaires, et les infrastructures construites par les Russes représentent une charge financière lourde. Une situation qui aggrave les difficultés économiques d’un pays déjà fragilisé par des années de crise.

L’opacité entourant les accords

L’un des principaux problèmes réside dans le manque de transparence autour des accords passés entre Bamako et Moscou. Les conditions financières, les modalités de paiement et les garanties apportées par la Russie restent largement méconnues du grand public. Cette opacité alimente les suspicions et nourrit les critiques envers la junte.

Le Mali face à un dilemme sécuritaire et économique

Le gouvernement malien se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. D’un côté, il a besoin du soutien militaire russe pour contenir la menace jihadiste. De l’autre, il doit faire face à une population de plus en plus mécontente, confrontée à une précarité économique accrue.

L’alliance avec l’Africa Corps, bien que coûteuse, est présentée comme une solution nécessaire. Pourtant, les Maliens commencent à remettre en question cette dépendance, d’autant plus que les résultats se font attendre.

Les attentes de la population

Les citoyens malien attendent avant tout une amélioration de leur sécurité quotidienne. Les attaques jihadistes, les enlèvements et les violences communautaires restent des réalités quotidiennes. Dans ce contexte, la présence des mercenaires russes est perçue comme une bouée de sauvetage, mais aussi comme un fardeau financier insoutenable.

Les alternatives à l’alliance russe

Face à cette situation, certains responsables et observateurs évoquent la nécessité de chercher d’autres partenariats, notamment avec les pays voisins ou les organisations internationales. Une diversification des alliances pourrait permettre au Mali de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie et de négocier des conditions plus avantageuses.

Un avenir incertain pour le Mali

Alors que l’Africa Corps continue de s’installer au Mali, l’avenir du pays reste incertain. Entre la nécessité de sécuriser son territoire et la pression économique exercée par cette alliance, la junte malienne doit trouver un équilibre difficile. Une chose est sûre : la facture de cette coopération militaire continue de monter, tandis que les résultats peinent à suivre.

Dans ce contexte, la Voix des peuples africains s’élève pour réclamer plus de transparence et de responsabilité de la part des dirigeants. Le Mali, comme d’autres pays du continent, doit pouvoir compter sur des alliances qui servent véritablement ses intérêts, et non l’inverse.

Interdiction des partis politiques au Burkina Faso : quand les juntes africaines se détournent de leurs alliés civils

Le 29 janvier 2026 restera comme la date de l’adieu définitif à la pluralité politique au Burkina Faso. À cette date, le gouvernement dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré a acté la dissolution de l’ensemble des partis politiques, y compris ceux ayant activement soutenu son coup d’État de septembre 2022. Une décision présentée comme une étape vers une « restructuration » de l’État, censée atténuer les fractures sociales, mais qui, dans les faits, réduit à néant les espaces d’expression citoyenne indépendante.

Cette mesure s’ajoute à la suspension préalable des partis depuis l’arrivée au pouvoir de la junte, mais son ampleur marque un tournant : les biens des formations politiques sont désormais confisqués par l’État, et tout espoir de participation civique organisée s’évanouit. Malgré un discours initial mettant en avant la mobilisation populaire et un prétendu renouveau révolutionnaire, cette décision illustre une tendance récurrente en Afrique : l’alliance entre militaires et civils lors des coups d’État ne survit pas à la consolidation du pouvoir.

Un schéma récurrent : les civils, alliés temporaires des juntes

Dans toute l’Afrique, et particulièrement au Sahel, l’histoire se répète. Les coups d’État militaires bénéficient souvent d’un soutien civil enthousiaste, perçu comme un gage de légitimité. Pourtant, une fois le pouvoir consolidé, les juntes n’hésitent pas à écarter ou réprimer ceux qui les ont aidées à s’imposer. Cette dynamique, observable depuis des décennies, s’est intensifiée lors de la récente vague de prises de pouvoir militaires sur le continent.

Les groupes civils, utiles pour mobiliser les foules et légitimer les coups d’État, deviennent rapidement encombrants. Leurs revendications en matière de transition et leurs critiques envers les dirigeants militaires sont alors perçues comme des menaces. L’enthousiasme initial des civils ne doit pas être confondu avec un soutien durable ou une garantie d’inclusivité.

Des exemples historiques qui se répètent au Sahel

Cette trajectoire n’est pas nouvelle. Au Mali, le Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), une coalition d’opposition, de religieux et de militants menée par l’imam Mahmoud Dicko, avait chaleureusement accueilli le coup d’État d’août 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta. Le mouvement espérait peser sur la transition, mais a rapidement été marginalisé. En mai 2021, après un second coup d’État mené par Assimi Goïta, son influence s’est réduite comme peau de chagrin, laissant place à une exclusion totale des acteurs civils.

En Guinée, les partis d’opposition ont initialement salué le coup d’État de septembre 2021 mené par Mamady Doumbouya, espérant jouer un rôle dans la transition. Pourtant, la junte a rapidement ignoré leurs revendications, allant jusqu’à emprisonner des leaders pour opposition à leur exclusion. Une même logique s’applique en Burkina Faso, où la dissolution des partis politiques consacre l’effacement des alliés de la première heure.

Pourquoi les juntes africaines tournent-elles le dos à leurs soutiens civils ?

Les militaires au pouvoir n’ont aucun intérêt à partager leur autorité. Les groupes civils, bien que cruciaux pour légitimer les coups d’État, possèdent leurs propres structures et attentes. Leur indépendance devient une source de préoccupation pour les juntes, qui craignent toute remise en question de leur pouvoir. Ainsi, un soutien civil initial ne garantit en rien une influence durable sur les décisions post-coup d’État.

Cette réalité s’applique à l’échelle du continent. Que ce soit en Égypte en 2013, où le mouvement Tamarod a vu son influence s’évaporer après avoir soutenu Abdel Fattah al-Sissi, ou au Soudan en 1969, où le colonel Jaafar Nimeiri a réprimé le Parti communiste après l’avoir utilisé pour consolider son pouvoir, le scénario est identique. Les juntes africaines, une fois installées, préfèrent souvent l’autoritarisme à toute forme de collaboration avec les acteurs civils.

La dissolution des partis au Burkina Faso s’inscrit donc dans une logique bien établie : le soutien des peuples africains ne suffit pas à garantir une voix dans les transitions post-coup d’État. Les juntes, une fois au pouvoir, privilégient le contrôle absolu, quitte à sacrifier leurs alliés de la première heure.