Crises cachées au Sahel : quand l’absence de médias cache l’urgence

le Sahel, une région oubliée malgré l’aggravation des crises

Alors que les projecteurs médiatiques se tournent vers d’autres conflits majeurs, le Sahel sombre dans un silence assourdissant. Les bouleversements géopolitiques récents – l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les tensions entre Israël et la Palestine, ou encore les crises en République démocratique du Congo – ont détourné l’attention internationale de cette région africaine en proie à des défis majeurs. Pourtant, les crises qui minent le Sahel depuis plus d’une décennie persistent et s’aggravent, malgré l’absence de couverture médiatique.

Les régimes militaires arrivés au pouvoir ces dernières années avaient promis de mettre fin à la violence jihadiste. Pourtant, ces groupes armés gagnent du terrain, multipliant les attaques meurtrières contre les civils au Mali, au Niger et au Burkina Faso, les trois pays formant l’Alliance des États du Sahel (AES). Aujourd’hui, le Sahel est la région la plus touchée par la violence jihadiste au monde.

Parallèlement, ces pays connaissent une dérive autoritaire marquée. Les transitions vers un retour à l’ordre constitutionnel sont bloquées, les élections démocratiques reportées indéfiniment. Les voix dissidentes sont réprimées, la liberté de la presse étouffée, et les organisations de la société civile réduites au silence par des arrestations arbitraires ou des menaces constantes.

violence jihadiste : une escalade alarmante

Il y a dix ans, le Sahel enregistrait le plus faible nombre de morts liées à l’extrémisme violent en Afrique. En 2024, la situation s’est inversée : la région est devenue la plus meurtrière du continent, avec une hausse spectaculaire du nombre de victimes. Selon les dernières données, le nombre de morts a été multiplié par trois depuis 2021, atteignant 11 200 victimes en 2024. Ce chiffre ne tient pas compte des 2 430 civils tués par les forces de sécurité nationales et leurs partenaires étrangers, principalement russes.

Les groupes jihadistes, comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda) et l’État islamique au Sahel, ont renforcé leurs capacités opérationnelles. Leurs attaques se multiplient, ciblant aussi bien les forces de sécurité que les civils, et démontrent une audace stratégique inédite.

au Mali : entre jihadistes, séparatistes et répression étatique

Le Mali illustre la complexité des défis sécuritaires et politiques dans la région. L’expulsion de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) en 2023 a été suivie par une reprise des affrontements armés avec les séparatistes touaregs au nord du pays. Les forces maliennes, soutenues par des troupes russes, combattent désormais à la fois les mouvements séparatistes et les groupes jihadistes, désignés tous deux comme des « terroristes » par les autorités de transition.

En juillet 2024, une embuscade menée par le JNIM contre les forces maliennes et leurs alliés russes à Tinzaouaten a causé la perte de 40 soldats maliens et 80 mercenaires russes – la plus lourde défaite subie par Wagner dans la région. Peu après, en septembre 2024, le JNIM a mené deux attaques simultanées contre une école de gendarmerie et l’aéroport militaire de Bamako, faisant plus de 70 morts parmi les forces de sécurité. Ces attaques, hautement symboliques, ont mis en lumière l’incapacité des forces maliennes à contrôler le territoire et la stratégie du JNIM visant à gagner un soutien populaire en ciblant uniquement des objectifs militaires.

Les civils ne sont pas épargnés. En juillet 2024, une attaque lors d’un mariage dans la région de Mopti a causé la mort de 40 personnes. En représailles à l’embuscade de Tinzaouaten, des frappes de drones menées par l’armée malienne ont tué plus de 20 civils. Malgré cette insécurité croissante, les Maliens conservent une confiance notable dans leurs forces armées, selon des sondages de 2024.

au Burkina Faso : l’État en recul face à la montée des violences

Depuis le coup d’État militaire de 2022, la situation sécuritaire du Burkina Faso n’a cessé de se dégrader. En 2024, les forces armées de l’État avaient perdu le contrôle de 60 % du territoire, tandis que le JNIM opérait dans 11 des 13 régions du pays. Le nombre de victimes a augmenté de 68 % entre 2022 et 2023, et 2024 a battu ce triste record avec l’attaque la plus meurtrière de l’histoire du pays : en août 2024, à Barsalogho, le JNIM a tué entre 130 et 600 civils, dont des enfants, des personnes âgées et des femmes.

Les forces de l’État ont également commis des exactions. En février 2024, Human Rights Watch a révélé que l’armée avait sommairement exécuté au moins 223 civils dans deux villages en une seule journée. Ces violences se sont poursuivies tout au long de l’année, avec des témoignages de mutilations de cadavres par des soldats. En mars 2025, des miliciens civils, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), ont été accusés d’avoir massacré des civils peuls, un groupe particulièrement ciblé en raison de ses liens présumés avec les groupes jihadistes. En représailles, le JNIM a lancé une attaque majeure contre un camp militaire à Diapaga, tuant plus de 30 soldats et VDP.

La décision du régime burkinabè d’armer les civils a intensifié les tensions ethniques et la violence intercommunautaire. Les VDP, souvent recrutés de force parmi les opposants politiques, sont envoyés en première ligne comme chair à canon. Cette spirale de violence a fait du Burkina Faso le pays avec le plus grand nombre de déplacés internes dans la région : plus de 2 millions de personnes ont fui leur foyer.

au Niger : une dégradation rapide de la sécurité

Bien que le Niger ait été relativement moins touché par les attaques jihadistes que ses voisins de l’AES, la situation s’est rapidement dégradée depuis le coup d’État de 2023. L’armée nigérienne a intensifié ses opérations, mais le nombre de civils tués par les groupes jihadistes comme celui des militants tués ou arrêtés par les forces de sécurité a explosé. Depuis le coup d’État, les forces nigériennes ont tué trois fois plus de civils que l’année précédente, plaçant les populations entre la violence des acteurs non étatiques et celle des forces armées.

En 2024, les forces armées de l’État ont été attaquées à 51 reprises en neuf mois, soit presque le double des chiffres de 2023. Les groupes armés non étatiques sont devenus plus offensifs, ciblant aussi bien les civils que les forces de sécurité. En mars 2024, au moins 23 soldats nigériens ont été tués dans la région de Tillabéri. En décembre 2024, deux attaques successives ont fait 39 morts civils à l’ouest du pays, à la frontière avec le Burkina Faso. En mars 2025, l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) a attaqué une mosquée, tuant 44 personnes.

des transitions politiques qui s’éternisent

Depuis leur arrivée au pouvoir, les trois régimes militaires de l’AES ont prolongé leurs calendriers de transition et modifié leurs constitutions pour consolider leur emprise. Au Mali, la transition a été prolongée jusqu’en 2029, permettant au colonel Goïta de rester au pouvoir. Au Burkina Faso, le capitaine Traoré a également prolongé la transition jusqu’en 2029, tandis qu’au Niger, le général Tchiani a été « réélu » pour une période de cinq ans en mars 2025.

Ces prolongations permettent aux dirigeants de poser les bases de la confédération AES dans la région et de nouer de nouveaux partenariats, tant régionaux qu’internationaux. L’Union européenne et ses États membres doivent intégrer cette nouvelle réalité dans leurs stratégies de réengagement.

répression et contrôle de l’information : les régimes militaires resserrent leur emprise

Faute de pouvoir affirmer leur autorité sur l’ensemble de leurs territoires, les régimes militaires des trois États de l’AES ont renforcé leur contrôle sur l’espace informationnel. Les médias indépendants et étrangers sont interdits ou suspendus, les journalistes locaux réprimés, et les partis politiques réduits au silence. Au Mali, Radio France Internationale (RFI) et France 24 ont été interdites dès 2022, et des chaînes locales comme Joliba TV News ont vu leur licence retirée. Au Burkina Faso, RFI, France 24 et Jeune Afrique ont été suspendus, tandis que TV5 Monde a été interdit pour avoir diffusé une interview critique. Au Niger, RFI et France 24 ont été suspendus dès la semaine suivant le coup d’État, et d’autres médias ont été fermés.

Les organisations de défense des droits humains documentent des détentions arbitraires, des disparitions forcées et des violations du droit à un procès équitable. Les passeports des étrangers sont retenus à l’aéroport international de Niamey, rendant les recherches et déplacements très difficiles. En contrôlant l’espace informationnel, les régimes militaires imposent leur version des faits et rendent difficile pour les populations d’accéder à une lecture exacte de la situation réelle sur le terrain.

un silence trompeur aux conséquences lourdes

Le silence qui entoure le Sahel ne signifie ni stabilité ni sécurité – bien au contraire. Toutes les crises qui avaient motivé l’engagement de l’Europe et des autres puissances occidentales dans la région sont toujours présentes, et elles s’aggravent. L’expansion jihadiste s’accélère, l’insécurité alimentaire empire : entre juin et août 2025, quelque 52,7 millions de personnes en Afrique de l’Ouest devraient connaître une faim aiguë. Le nombre de personnes déplacées internes atteint des records, avec plus de 3,1 millions de déplacés rien qu’au Burkina Faso, au Niger, au Mali et au Tchad en mars 2025.

Le Sahel n’est peut-être plus une priorité stratégique pour l’Union européenne, confrontée à d’autres urgences. Pourtant, les crises qui s’y déroulent produiront inévitablement des effets sur le continent européen à moyen ou long terme. Se désengager du Sahel ne signifie pas seulement rompre avec les régimes militaires, mais aussi avec les populations.

Alors que l’UE réévalue son approche, marquée par une participation française désormais plus discrète, des premiers pas prudents vers une reprise des contacts ont été amorcés. Mais avant d’aller plus loin, l’Europe devra clarifier ses priorités dans une région qui s’ouvre à de nouveaux partenaires. Que veut-elle faire ? Que peut-elle faire ? Et avec qui ?

Une chose est claire : à l’heure d’une polarisation croissante du monde, il est urgent de renforcer les liens, les échanges de savoirs et les solidarités entre continents, régions et sociétés pour faire face ensemble aux défis globaux.

L’accès aux soins de santé au Mali : un défi persistant

L’accès aux soins de santé au Mali : un défi persistant

Dans les régions septentrionales du Mali, l’accès aux services de santé essentiels demeure une problématique centrale, surtout pour les femmes et les enfants.

Une femme et son enfant, déplacés par le conflit dans le centre du Mali

Le système de santé malien, déjà précaire, a été sévèrement affecté par la crise sécuritaire débutée en 2012. Actuellement, une grande partie de la population malienne, y compris les jeunes enfants, les femmes enceintes et les victimes de conflits, peine considérablement à obtenir les soins nécessaires.

Fatouma Bolly, une Malienne déplacée, témoigne de la difficulté d’accès : « Je me trouve à plus de 20 kilomètres de Koro, dans la région de Mopti, ce qui me place très loin de tout centre de santé. C’est à Bamako que j’ai eu l’opportunité de rencontrer une équipe médicale qui m’a sensibilisée aux bénéfices de l’espacement des grossesses. En tant que femme déplacée, je suis convaincue de la nécessité d’adopter une méthode de contraception pour prévenir toute situation inattendue. » Son expérience illustre le parcours de nombreuses femmes recevant de l’aide sur les sites d’accueil.

La région de Mopti, frontalière avec le Burkina Faso et avoisinant les États de Gao, Ségou et Tombouctou, est caractérisée par des zones entières où l’autorité de l’État est absente. Les violences quotidiennes y sont monnaie courante, provoquant d’importants mouvements de populations.

L’aide humanitaire face à l’urgence sanitaire au Mali

Les données des Nations Unies (ONU) révèlent qu’en 2021, plus de 1,7 million d’individus au Mali nécessitaient une assistance sanitaire. L’impossibilité d’accéder aux soins, exacerbée par les conflits, contribue à un nombre élevé de décès dus à la malnutrition, au paludisme et à la rougeole sur l’ensemble du territoire malien. 

Devant cette crise, des organisations telles que le CICR et Médecins Sans Frontières (MSF) apportent un soutien crucial aux infrastructures sanitaires des régions de Mopti, Ségou, Tombouctou, Taoudéni, Ménaka, Gao et Kidal. Leurs interventions incluent l’accès aux soins de santé primaires, la formation en premiers secours et l’accompagnement psychosocial pour les populations affectées. 

Cependant, le centre du Mali est désormais le cœur de cette crise prolongée, et des efforts considérables restent à déployer pour garantir un accès universel aux soins. Face à la persistance des violences envers les civils, il est impératif d’intensifier l’action humanitaire sur le terrain pour répondre efficacement aux besoins vitaux des habitants.

Épidémie de choléra au Niger : les autorités en alerte face à la hausse des cas

épidémie de choléra au Niger : les autorités sanitaires en état d’alerte

Plus de 600 cas de choléra ont été enregistrés ces dernières semaines dans les régions de Maradi et Zinder, au Niger. Face à cette situation préoccupante, les autorités locales multiplient les actions pour limiter la propagation de cette maladie intestinale aiguë.

Illustration d'une eau contaminée par la bactérie du choléra

Les fortes pluies qui ont récemment frappé la région frontalière entre le Niger et le Nigéria ont favorisé l’émergence d’une nouvelle vague de choléra. Cette infection intestinale est provoquée par une bactérie présente dans les eaux stagnantes ou contaminées. Selon les dernières données officielles, 600 cas ont été recensés dans les zones les plus touchées. Parmi eux, 400 patients ont déjà été guéris et 156 personnes restent sous traitement médical.

Comprendre les causes de la propagation du choléra

Cette maladie se transmet principalement par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés. Les conditions propices à sa diffusion incluent :

  • Un manque d’hygiène au quotidien (mains non lavées, ustensiles souillés)
  • L’absence ou l’insuffisance de latrines dans certaines zones
  • Un réseau d’assainissement défaillant qui ne permet pas d’évacuer correctement les eaux usées

Face à ces constats, les experts soulignent l’importance cruciale de renforcer les mesures d’hygiène et de sensibiliser les populations aux bonnes pratiques pour endiguer la maladie.

Une maladie qui resurgit périodiquement

Le Niger a connu sa dernière grande épidémie de choléra en 2018. Depuis, des cas isolés apparaissent régulièrement, mais la population a progressivement perdu son immunité face à cette infection. Cette année, la vulnérabilité des habitants est donc particulièrement marquée, d’autant plus que les conditions environnementales actuelles (pluies abondantes) créent un terrain idéal pour la prolifération de la bactérie.

Les actions mises en place par les autorités

Pour faire face à cette crise sanitaire, les autorités nigériennes ont déployé plusieurs mesures :

  • Création de centres de prise en charge dans les régions les plus affectées, notamment à Maradi et Zinder
  • Distribution d’informations sur les traitements gratuits disponibles et les gestes de prévention
  • Campagnes de sensibilisation sur les méthodes de désinfection de l’eau et l’hygiène personnelle

Cependant, les spécialistes insistent sur le fait que les solutions à long terme nécessitent des investissements massifs dans les infrastructures sanitaires et les systèmes d’approvisionnement en eau potable. Sans ces améliorations structurelles, le risque de résurgence du choléra restera élevé.

Comment prévenir le choléra ?

Les autorités sanitaires recommandent vivement aux populations de respecter ces gestes barrières :

  • Boire uniquement de l’eau bouillie ou traitée avec des pastilles désinfectantes
  • Se laver les mains régulièrement avec du savon ou un gel hydroalcoolique
  • Éviter de consommer des aliments crus ou mal lavés
  • Utiliser des latrines ou des toilettes hygiéniques
  • Nettoyer et désinfecter régulièrement les surfaces et ustensiles de cuisine

Vaccination covid-19 au Mali : les enjeux d’une relance nécessaire

Pour le moment, les résultats sont loin des espérances initiales. Alors que le gouvernement du Mali s’était fixé pour objectif d’immuniser 70 % des citoyens de 12 ans et plus, la réalité statistique montre un taux de couverture qui plafonne péniblement à 8 %. Face à ce constat, une mission des Nations Unies s’est rendue dans le pays au début du mois d’octobre. Cette visite visait à épauler les instances nationales dans l’application de leur Plan national de déploiement et de vaccination (PNDV).

Une médecin face à un enfant

« Plusieurs campagnes de terrain sont actuellement déployées. Notre rôle est de collaborer avec l’État et ses divers partenaires pour renforcer les initiatives existantes et assurer la protection de la population face au virus », a expliqué Ted Chaiban, coordinateur principal de l’ONU pour la préparation vaccinale.

Les obstacles à la sensibilisation des citoyens

À Bamako, l’implication de la Croix-Rouge malienne a été particulièrement soulignée. L’organisation a mis en place une structure logistique d’envergure dédiée à la lutte contre la pandémie. Ce dispositif s’appuie sur la formation de nombreux volontaires et des actions de sensibilisation de proximité, tout en assurant la distribution de matériel de protection. Ces efforts interviennent alors que la virulence de la maladie semble marquer le pas dans la zone ouest-africaine.

Cependant, la mission de persuasion reste ardue. Convaincre une partie des Maliens, déjà sceptiques vis-à-vis des vaccins, s’avère complexe dans un contexte où la menace du Covid-19 paraît s’éloigner. La relance de la dynamique vaccinale constitue donc un défi majeur pour les autorités sanitaires.

Épidémie de dengue au Burkina Faso : bilan alarmant et mesures sanitaires

L’épidémie de dengue au Burkina Faso atteint un niveau critique

Une crise sanitaire majeure frappe le Burkina Faso depuis le début de l’année. Selon les dernières données officielles, la dengue, transmise par les moustiques, a déjà causé 214 décès depuis le 1er janvier. Les villes les plus touchées sont Ouagadougou, la capitale, et Bobo-Dioulasso, deuxième pôle urbain du pays.

Pulvérisation de produits anti-moustiques à Ouagadougou pour lutter contre la dengue

Une propagation fulgurante des moustiques tigres

Les Aedes albopictus, plus connus sous le nom de « moustiques tigres », se multiplient à un rythme inquiétant au Burkina Faso. Ces insectes vecteurs sont à l’origine d’une épidémie sans précédent de dengue et de chikungunya. Les autorités sanitaires ont recensé, entre janvier et octobre 2023, 50 478 cas suspects de dengue, dont 25 502 cas probables et 214 décès.

Le gouvernement a révélé qu’entre le 9 et le 15 octobre 2023, 10 117 cas suspects ont été signalés, avec 4 377 cas probables et 48 décès. La situation reste particulièrement préoccupante à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, où l’épidémie persiste. Parallèlement, plus de 200 cas de chikungunya ont été identifiés depuis septembre.

Des symptômes variés et des risques mortels

La dengue peut se manifester sous des formes bénignes, ressemblant à une simple grippe, ou évoluer vers des complications graves. Les symptômes incluent :

  • Fièvres élevées
  • Maux de tête intenses
  • Nausées et vomissements
  • Douleurs musculaires et articulaires
  • Dans les cas extrêmes, des hémorragies pouvant entraîner la mort

Le ministre de la Santé, Robert Lucien Jean-Claude Kargougou, a précisé que cette maladie, transmise par les piqûres de moustiques infectés, touche principalement les zones urbaines et semi-urbaines. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que 100 à 400 millions de personnes contractent la dengue chaque année dans le monde.

Des mesures d’urgence pour endiguer la crise

Face à cette situation sanitaire alarmante, les autorités burkinabè ont mis en place plusieurs actions :

  • Gratuité des tests de dépistage rapide dans les centres de santé publics
  • Lancement d’une campagne massive de pulvérisation d’insecticides dans les zones les plus affectées

Le ministre de la Santé a souligné l’importance de ces mesures pour répondre efficacement à l’épidémie. Il a également rappelé que le Burkina Faso avait déjà connu des cas de dengue dès les années 1960, mais que la première épidémie officiellement déclarée remontait à 2017, avec 13 décès.

Un contexte climatique favorable aux moustiques

La hausse des températures et l’augmentation des épisodes pluvieux intenses créent des conditions idéales pour la prolifération des moustiques tigres et la transmission du virus de la dengue. Ces facteurs environnementaux exacerbent la crise sanitaire actuelle.

Pour en savoir plus sur la dengue et ses risques, consultez notre dossier dédié : Comprendre la dengue et ses dangers.

Amélioration du système de santé au Mali : les nouvelles mesures prioritaires

comment renforcer l’accès aux soins pour tous les Maliens ?

Au Mali, l’accès aux services de santé reste inégal, surtout pour les populations les plus vulnérables. La crise sécuritaire qui a frappé le pays en 2012 a encore aggravé une situation déjà précaire. Enfants en bas âge, femmes enceintes et blessés de guerre se heurtent quotidiennement à des obstacles majeurs pour obtenir des soins adaptés. Face à ce constat, les autorités maliennes ont décidé de passer à l’action en lançant, pour la première fois, le Mois de la santé et de la protection sociale.

les enfants sont particulièrement vulnérables face aux lacunes du système de santé au Mali

des défis majeurs pour le système de santé malien

Le Premier ministre intérimaire du Mali, le colonel Abdoulaye Maïga, a souligné l’urgence d’agir. Selon lui, l’amélioration de la santé des populations est une priorité absolue. Lors du lancement du Mois de la santé, il a salué l’initiative de la ministre Diéminatou Sangaré, dont l’objectif est de créer un cadre d’échange entre les acteurs du système et les bénéficiaires. « L’amélioration de la santé des populations demeure une priorité du gouvernement », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Je félicite la ministre pour cette initiative qui permettra de mieux cerner les rôles et responsabilités de chacun ».

la santé des enfants, un enjeu critique

Les chiffres sont alarmants. Le colonel Maïga a pointé du doigt plusieurs indicateurs préoccupants :

  • Taux de mortalité infantile élevé : 54 décès pour 1 000 naissances vivantes.
  • Seulement 45 % des enfants de 12 à 23 mois ont reçu l’intégralité des vaccins de base.
  • 33 % des naissances ont lieu en dehors d’un établissement de santé.
  • 1 enfant sur 3 de moins de 5 ans présente un retard de croissance.
  • Seulement 40 % des nourrissons de moins de 6 mois sont exclusivement allaités au lait maternel.

Le Premier ministre a également mis en lumière un manque criant de sensibilisation aux systèmes de santé et de protection sociale. Cette méconnaissance aggrave encore les difficultés d’accès aux soins, notamment pour les populations les plus défavorisées.

vers une meilleure protection sociale

Le Mois de la santé s’inscrit dans une démarche plus large visant à renforcer la protection sociale au Mali. En améliorant l’accès aux soins et en sensibilisant les populations, les autorités espèrent réduire les inégalités et mieux répondre aux besoins des citoyens. Cette initiative marque une étape clé dans l’effort national pour moderniser le système de santé et garantir un accès équitable aux services médicaux pour tous.

À retenir : le lancement du Mois de la santé au Mali représente une avancée majeure pour renforcer l’accès aux soins et améliorer la protection sociale. Les défis restent immenses, mais cette initiative pourrait marquer un tournant décisif pour la santé publique dans le pays.

Dengue au Mali : les autorités sanitaires alertent sur l’épidémie en cours

Le Mali face à une résurgence de la dengue : une menace sanitaire à ne pas sous-estimer

Les autorités sanitaires du Mali font face à un double défi : la persistance des tensions dans le nord du pays et l’émergence d’une épidémie de dengue particulièrement préoccupante. Cette maladie virale, transmise par les moustiques, s’installe progressivement sur le territoire national, mettant en lumière les vulnérabilités du système de santé malien.

Opération de démoustication contre la dengue au Mali

Des cas confirmés dans plusieurs zones du pays

Les services de santé malien ont identifié 12 cas de dengue confirmés dans différentes communes de Bamako et dans les districts de Kalaban Coro ainsi qu’à Koulikoro. Cette maladie, souvent confondue avec le paludisme en raison de symptômes similaires (fièvre, douleurs articulaires, maux de tête), nécessite une attention particulière pour éviter des complications graves.

Selon Kalif Keita, directeur général adjoint de la Santé et de l’Hygiène Publique : « La majorité des personnes touchées sont des adultes, principalement des hommes ». Cette épidémie survient à un moment où le pays doit déjà gérer les conséquences des conflits armés dans sa partie septentrionale.

Une maladie récurrente qui s’installe dans le paysage sanitaire malien

La dengue n’est pas une inconnue pour le Mali. Depuis sa première détection en 2008, la maladie a réapparu à plusieurs reprises, notamment en 2017 et 2019. La proximité avec le Burkina Faso, où la dengue s’est déclarée en début d’année, a poussé les autorités maliennes à renforcer leur surveillance épidémiologique.

Cependant, la collecte de données reste limitée, en partie à cause d’un manque de moyens de diagnostic et de la confusion fréquente entre dengue et paludisme. Cette situation complique l’évaluation précise de l’ampleur de l’épidémie et la mise en place de réponses adaptées.

Prévention et vigilance : des mesures indispensables

Face à cette épidémie, les autorités sanitaires maliennes appellent à une vigilance accrue. Les mesures de prévention incluent :

  • L’élimination des eaux stagnantes, lieux de ponte des moustiques ;
  • L’utilisation de moustiquaires et de répulsifs ;
  • Le port de vêtements couvrants, surtout en période d’activité des moustiques ;
  • La consultation rapide en cas de symptômes évocateurs.

Ces recommandations s’adressent aussi bien aux résidents du Mali qu’aux voyageurs, particulièrement à leur retour de zones à risque.

Pourquoi la dengue est-elle si difficile à contrôler en Afrique ?

Plusieurs facteurs expliquent la difficulté à maîtriser la propagation de la dengue sur le continent africain :

  • Le manque de moyens de diagnostic : les tests spécifiques à la dengue sont souvent peu disponibles, ce qui retarde l’identification des cas ;
  • La confusion avec le paludisme : les symptômes similaires entraînent des erreurs de diagnostic et des traitements inadaptés ;
  • Les conditions environnementales : le climat tropical, avec des saisons des pluies propices à la prolifération des moustiques, favorise la transmission du virus ;
  • Les mouvements de population : les déplacements fréquents, notamment dans les zones frontalières, facilitent la propagation de la maladie.

La situation actuelle au Mali rappelle l’importance de renforcer les systèmes de surveillance épidémiologique et d’investir dans des outils de diagnostic accessibles, afin de mieux anticiper et gérer les épidémies de maladies vectorielles en Afrique.

Alerte sanitaire : une épidémie de choléra déclarée au Burkina Faso

Le Burkina Faso fait face à une nouvelle menace sanitaire. Les autorités ont officiellement confirmé l’apparition d’un foyer épidémique de choléra. Cette annonce fait suite à l’identification d’un patient infecté au Centre médical (CM) de Kantchari, situé dans la province de la Tapoa, au sein de la région de l’Est.

Le choléra peut se transmettre en buvant mais aussi en ingérant des aliments lavés avec de l’eau contaminée

Un jeune homme de 25 ans, fréquentant le marché de Boudiéri à Kantchari, a présenté des signes cliniques caractéristiques : déshydratation sévère, vomissements persistants et diarrhées aqueuses abondantes. Le ministre de la Santé, Robert Lucien Jean-Claude Kargougou, a relayé ces informations préoccupantes concernant l’état du patient.

Une pathologie humaine liée à l’hygiène

Les analyses de laboratoire ont mis en évidence la bactérie Vibrio cholerae du sérogroupe 01 et sérotype Ogawa. Cette découverte a immédiatement déclenché l’alerte épidémique nationale. Le patient et ses contacts proches ont été isolés et pris en charge par les services médicaux. Un second cas, dont l’état s’est stabilisé très rapidement, a été signalé dans la même zone le 5 juillet dernier.

Le choléra est une infection touchant uniquement l’être humain, transmise par l’ingestion d’eau souillée ou d’aliments contaminés. Les premiers symptômes se manifestent généralement par des diarrhées violentes. Historiquement, le Burkina Faso a déjà traversé des crises similaires, notamment dans les années 70 avec des bilans lourds (501 morts en 1971, 241 en 1973 et 66 en 1974). Le pays a également été frappé par cinq vagues majeures en 1991, 1995, 1998, 2001 et 2005.

Face à cette résurgence, les autorités sanitaires appliquent rigoureusement le protocole de riposte en vigueur, incluant une surveillance épidémiologique accrue, des mesures de désinfection systématiques et une prise en charge médicale adaptée des malades identifiés.

Le Niger face au double défi du coronavirus et d’une nouvelle épidémie de polio

Actuellement submergé par l’épidémie de coronavirus, le Niger fait face à une seconde crise sanitaire majeure : la résurgence de la poliomyélite. Deux cas de polio ont été récemment identifiés chez des enfants dans les régions de Niamey et Tillaberi, ajoutant une pression considérable sur le système de santé du pays.

Alors que plusieurs zones du Niger sont déjà touchées par le COVID-19, certaines doivent également gérer cette nouvelle flambée de polio. Bien que les modes de transmission de ces deux maladies diffèrent – le coronavirus se propage par voie respiratoire via les gouttelettes (toux, éternuements), tandis que la polio est transmise par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés (notamment crus ou mal cuits), ou par contact oral avec une personne infectée ou des mains souillées –, elles partagent des symptômes initiaux similaires, tels que la fièvre, les maux de tête et la toux.

« Le Niger avait réussi à enrayer les précédentes épidémies de polio en 2019 grâce à des campagnes de vaccination de masse de grande envergure. Malheureusement, une telle approche est actuellement impossible, car nous avons dû suspendre ces campagnes en raison des mesures de lutte contre la pandémie de COVID-19, qui imposent des normes mondiales de distanciation sociale et d’hygiène des mains », a expliqué le Dr Pascal Mkanda, coordinateur du programme d’éradication de la polio pour la Région africaine.

En décembre dernier, ce pays d’Afrique de l’Ouest, aux côtés du Kenya et du Mozambique, avait annoncé la fin d’épidémies de polio qui avaient sévi pendant 24 mois. Cependant, la nouvelle propagation de ce poliovirus circulant dérivé d’un vaccin, ayant entraîné la paralysie de deux enfants à Niamey et Tillaberi, n’est pas directement liée à l’épidémie éradiquée l’année précédente.

« Le poliovirus continuera à circuler »

« Le poliovirus continuera inévitablement à se propager et pourrait paralyser davantage d’enfants, car des campagnes de vaccination de qualité ne peuvent être menées en temps voulu », a souligné le Dr Mkanda.

Le Niger figure désormais parmi les 15 pays africains confrontés à des épidémies de poliovirus dérivés de vaccins. Cette liste inclut également l’Angola, le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, le Ghana, le Mali, le Nigéria, le Togo et la Zambie. Dans ces nations, des facteurs comme une couverture vaccinale de routine insuffisante, le refus de la vaccination, la difficulté d’accès à certaines zones et la qualité variable des campagnes de vaccination ont entravé la protection de tous les enfants.

Face au report des activités de vaccination de masse dans la région, le programme d’éradication de la polio en Afrique se concentre sur le maintien des fonctions essentielles de surveillance de la maladie. Bien qu’il n’existe pas de traitement curatif pour la polio, cette affection peut être prévenue efficacement par un vaccin simple. C’est pourquoi des initiatives sont en cours, au Niger et dans plusieurs autres pays du continent, pour renforcer rapidement l’immunité des enfants et les prémunir contre la paralysie causée par la polio.

Crises alimentaires : cinq régions africaines et moyen-orientales en alerte rouge

Cinq régions du globe, dont deux en Afrique, figurent désormais parmi les zones les plus critiques en matière d’insécurité alimentaire. Gaza, Haïti, le Soudan, le Soudan du Sud et le Mali sont désormais classés en alerte maximale, selon un rapport conjoint des Nations Unies et d’organisations humanitaires. Ces territoires nécessitent une intervention immédiate de la communauté internationale pour éviter une aggravation des souffrances humaines.

des situations critiques qui menacent des millions de vies

Sans une mobilisation rapide et massive, les populations de ces cinq régions risquent de sombrer dans une faim extrême ou même dans des scénarios de famine d’ici quelques mois. C’est l’avertissement lancé par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM).

« Ce rapport sonne comme une alerte rouge. Nous savons précisément où la faim s’intensifie et quelles populations sont en danger », déclare Cindy McCain, Directrice exécutive du PAM. Les contraintes d’accès croissantes et les déficits de financement aggravent encore ces crises humanitaires.

Soudan : une famine confirmée et des perspectives sombres

Au Soudan, la famine a été officiellement déclarée depuis 2024. Les conflits persistants et les déplacements massifs de populations, notamment dans les régions du Grand Kordofan et du Grand Darfour, maintiennent une pression insoutenable sur la sécurité alimentaire. Près de 24,6 millions de personnes sont exposées à des niveaux de crise ou pire d’insécurité alimentaire aiguë, dont 637 000 personnes en situation catastrophique jusqu’en mai 2025.

gaza : l’aide humanitaire bloquée par les opérations militaires

Dans l’enclave palestinienne de Gaza, la probabilité d’une famine ne cesse de croître. Les opérations militaires à grande échelle entravent l’acheminement de l’aide vitale, alimentaire et non alimentaire. L’ensemble des 2,1 millions d’habitants de Gaza pourraient être confrontés à des niveaux de crise ou pire d’insécurité alimentaire aiguë d’ici septembre 2025, avec 470 000 personnes en situation catastrophique.

haiti, Soudan du sud et Mali : des crises humanitaires qui s’aggravent

Au Soudan du Sud, la famine menace deux régions du pays, confirmant les perspectives alarmantes pour ce pays d’Afrique de l’Est. Entre avril et juillet 2025, environ 7,7 millions de personnes, soit 57 % de la population, devraient subir des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë. Parmi elles, 63 000 personnes risquent de basculer dans une situation catastrophique.

En Haïti, la violence des gangs et l’insécurité généralisée paralysent l’accès à l’aide. D’ici juin 2025, plus de 8 400 personnes déplacées à l’intérieur du pays, dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, pourraient se retrouver en situation catastrophique d’insécurité alimentaire.

Au Mali, la hausse des prix des céréales et les conflits en cours érodent les capacités de résilience des ménages les plus vulnérables. Environ 2 600 personnes risquent de sombrer dans une insécurité alimentaire catastrophique entre juin et août 2025 si aucune aide n’est déployée à temps.

d’autres régions du monde nécessitent également une attention urgente

Outre ces cinq points chauds, d’autres régions comme le Yémen, la République démocratique du Congo, le Myanmar, le Nigéria, le Burkina Faso, le Tchad, la Somalie et la Syrie requièrent une intervention prioritaire pour sauver des vies et préserver les moyens de subsistance.

« La faim n’est plus une menace lointaine : c’est une urgence quotidienne pour des millions de personnes », insiste Qu Dongyu, Directeur général de la FAO. « Nous devons agir sans délai, de manière coordonnée, pour sauver des vies et protéger les moyens d’existence. »

quelques avancées, mais des défis persistants

Certains pays, comme l’Éthiopie, le Kenya, le Liban, le Lesotho, le Malawi, le Mozambique, la Namibie, le Niger, la Zambie et le Zimbabwe, ont été retirés de la liste des zones critiques grâce à l’amélioration des conditions climatiques et à la réduction des conflits. Cependant, ces progrès restent fragiles face aux déficits de financement qui limitent l’efficacité des interventions humanitaires.

« Nous avons les outils et l’expertise nécessaires pour réagir, mais sans financement suffisant et sans accès aux populations, nous ne pouvons pas agir efficacement », rappelle Cindy McCain. « Un investissement urgent et soutenu dans l’aide alimentaire et le redressement est indispensable, car la fenêtre pour éviter une nouvelle famine se referme rapidement. »

Alerte mondiale : la faim s’intensifie à Gaza, Haïti, au Soudan et au Mali

Alerte mondiale : la faim s’intensifie à Gaza, Haïti, au Soudan et au Mali

Gaza, Haïti, le Soudan, le Soudan du Sud et le Mali sont désormais classés parmi les zones les plus critiques en matière d’insécurité alimentaire. L’Organisation des Nations Unies (ONU) a lancé un appel à l’action « urgente » pour ces régions, où les populations sont confrontées à un risque élevé de faim sévère et de famine, nécessitant une attention immédiate de la communauté internationale.

Un rapport conjoint de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du Programme alimentaire mondial (PAM) souligne qu’une intervention humanitaire « massive et rapide » est indispensable pour prévenir une faim extrême, la famine et des décès dans ces cinq points chauds au cours des prochains mois.

« Ce rapport constitue une alerte rouge. Nous savons précisément où la faim progresse et qui est le plus vulnérable », a déclaré Cindy McCain, Directrice exécutive du Programme alimentaire mondial.

Ces crises humanitaires sont exacerbées par des entraves croissantes à l’accès à l’aide et des lacunes critiques en matière de financement.

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Gaza et le Soudan : des points chauds de la faim alarmants

Au Soudan, la famine, confirmée depuis 2024, devrait persister en raison de la poursuite du conflit et des déplacements massifs de population, notamment dans les régions du Grand Kordofan et du Grand Darfour. On estime que 24,6 millions de personnes pourraient faire face à des niveaux de crise ou pire d’insécurité alimentaire aiguë, avec 637 000 d’entre elles confrontées à une situation catastrophique d’ici mai 2025.

À Gaza, la menace de famine s’intensifie. Les opérations militaires d’envergure entravent gravement l’acheminement de l’aide humanitaire vitale, qu’elle soit alimentaire ou non. La totalité de la population de l’enclave palestinienne, soit 2,1 millions de personnes, risque de connaître des niveaux de crise ou pire d’insécurité alimentaire aiguë, et 470 000 personnes pourraient se trouver dans une situation catastrophique d’ici septembre 2025.

Niveaux de faim catastrophiques en Haïti et au Soudan du Sud

Le Soudan du Sud fait face à de « sombres perspectives », avec un risque de famine dans deux de ses régions. Environ 7,7 millions de personnes, représentant 57 % de la population, devraient souffrir d’une insécurité alimentaire aiguë élevée entre avril et juillet 2025, dont 63 000 personnes en situation catastrophique.

En Haïti, la violence record des gangs et l’insécurité généralisée déplacent les communautés et paralysent l’accès à l’aide. Plus de 8 400 personnes déplacées internes dans la région métropolitaine de Port-au-Prince sont déjà confrontées à des niveaux catastrophiques d’insécurité alimentaire aiguë d’ici juin 2025.

Inquiétudes persistantes au Mali

Au Mali, la flambée des prix des céréales et le conflit en cours érodent la résilience des ménages les plus vulnérables, en particulier dans les zones de conflit. Sans une aide alimentaire rapide, environ 2 600 personnes risquent de se retrouver dans une situation d’insécurité alimentaire catastrophique entre juin et août 2025.

Outre ces cinq régions les plus préoccupantes, le Yémen, la République démocratique du Congo, le Myanmar et le Nigéria sont également des points chauds très alarmants nécessitant une attention urgente pour sauver des vies et préserver les moyens de subsistance. Le Burkina Faso, le Tchad, la Somalie et la Syrie figurent également sur la liste des zones de préoccupations.

« Ce rapport est sans équivoque : la faim n’est plus une menace lointaine, mais une urgence quotidienne pour des millions d’individus », a souligné Qu Dongyu, Directeur général de la FAO. « Nous devons agir maintenant, et de manière concertée, pour sauver des vies et protéger les moyens d’existence. »

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Des avancées encourageantes malgré les défis budgétaires

Paradoxalement, certains pays comme l’Éthiopie, le Kenya, le Liban, le Lesotho, le Malawi, le Mozambique, la Namibie, le Niger, la Zambie et le Zimbabwe ont été retirés de la liste des points chauds de la faim. En Afrique de l’Est et australe, ainsi qu’au Niger, l’amélioration des conditions climatiques et la diminution des phénomènes météorologiques extrêmes ont contribué à alléger la pression sur la sécurité alimentaire. Le Liban a également bénéficié d’une réduction de l’intensité des opérations militaires.

Cependant, cette amélioration est tempérée par une détérioration globale de l’insécurité alimentaire dans d’autres régions du monde, aggravée par de graves déficits de financement qui forcent à réduire les rations alimentaires et limitent l’efficacité des interventions vitales en matière de nutrition et d’agriculture.

« Nous possédons les outils et l’expertise nécessaires pour intervenir, mais sans financement adéquat et sans accès aux populations, nous sommes impuissants à sauver des vies. Un investissement urgent et soutenu dans l’aide alimentaire et le soutien au redressement est primordial, car la fenêtre d’opportunité pour éviter une nouvelle famine dévastatrice se rétrécit rapidement », a insisté Mme McCain.

Burkina Faso : l’escalade des violences provoque des déplacements massifs

Les violences perpétrées par des groupes djihadistes ont contraint près de 230 000 individus à fuir leur foyer au Burkina Faso depuis le début de l’année. Cette situation critique, mise en lumière par les agences humanitaires, continue d’impacter gravement les enfants et leurs familles dans cette nation du Sahel central.

Selon le Groupe de coordination opérationnelle de la réponse rapide (GCORR), près de 37 000 ménages ont été déplacés « à la suite de 48 alertes au déplacement ». Ce chiffre représente une hausse alarmante de 92 % par rapport à la même période l’année précédente. Rien qu’en mai, le GCORR a recensé « 41 000 personnes affectées par 12 alertes de déplacement à travers le pays ».

La région de la Boucle du Mouhoun est la plus durement touchée, avec plus de 106 000 personnes déplacées, dont plus de 65 000 enfants, dans des localités comme Dédougou, Di et Tougan. Cela constitue 45 % du nombre total des déplacés internes au Burkina Faso.

Des besoins humanitaires « considérables »

La persistance des attaques dans les régions du Sahel, du Nord, du Centre-Nord, de l’Est, du Centre-Est et de la Boucle du Mouhoun pèse lourdement sur la sécurité globale au Burkina Faso. Ces agressions ciblent les Forces de défense et de sécurité, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et les populations civiles.

L’UNICEF souligne que ces violences ont engendré des besoins humanitaires « considérables » dans tous les domaines. Les priorités incluent les abris, la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau, l’assainissement et l’hygiène, ainsi que la protection et l’éducation. Malgré les efforts d’intervention de diverses organisations, des lacunes significatives persistent sur le terrain.

Sur le plan nutritionnel, plus de 10 000 enfants ont été admis dans tout le pays pour le traitement de la malnutrition aiguë sévère en avril. Plus de la moitié d’entre eux proviennent des régions directement touchées par les violences djihadistes (Boucle du Mouhoun, Nord, Est, Sahel, Centre-Nord).

Malnutrition aiguë sévère : une urgence

De janvier à avril, plus de 36 000 enfants ont été traités pour malnutrition, dont plus de 20 000 dans les zones d’insécurité. À la fin du mois de mai, 179 000 personnes (soit 28 % des 1,3 million de personnes dans le besoin), incluant plus de 25 000 enfants, avaient été prises en charge pour malnutrition aiguë. Parmi ce groupe, plus de 8 000 enfants souffraient de malnutrition aiguë sévère.

Plus largement, la dégradation de la situation sécuritaire entrave les opérations humanitaires, limitant l’accès aux populations, augmentant les risques pour les équipes et amplifiant les besoins d’assistance. Des infrastructures locales essentielles, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’eau et de l’administration, ont été détruites suite à des attaques dans les régions de l’Est et du Sahel.

Djibo, une ville sous blocus djihadiste

La ville de Djibo, dans la province du Soum, au nord du Burkina Faso, est particulièrement affectée. Sa population d’environ 48 000 habitants (déplacés et résidents) est sous blocus djihadiste depuis décembre 2024, coupant tout approvisionnement. L’UNICEF, via ses partenaires locaux, y déploie des programmes essentiels en matière d’eau, d’assainissement, d’hygiène, d’éducation, de protection de l’enfance, de santé et de nutrition.

Les travailleurs humanitaires et les populations sont exposés à des risques constants d’engins explosifs improvisés et d’enlèvements. L’UNICEF insiste sur le fait qu’au-delà des difficultés d’accès, la pénurie de ressources représente un défi majeur qui compromet les capacités de réponse dans les régions touchées par l’insécurité.