Experts ONU alertent sur les restrictions des partis politiques au Mali

Le Mali face à l’urgence de préserver les libertés politiques, selon l’ONU

Un groupe d’experts indépendants des Nations Unies a tiré la sonnette d’alarme : l’adoption d’un projet de loi au Mali, ainsi que la suspension récente des activités des partis politiques, constituent une violation grave des droits humains. Ces mesures, prises par le Conseil des ministres et entérinées par un décret, restreignent drastiquement la participation politique et les libertés fondamentales dans le pays.

Un décret controversé et un projet de loi inquiétant

Les spécialistes de l’ONU ont fermement condamné la suspension des activités politiques, la qualifiant de mesure disproportionnée. Ils ont également mis en garde contre le projet de loi adopté fin avril, qui menace de priver le Mali de ses engagements internationaux en matière de droits humains, notamment les libertés d’association et d’expression.

Le gouvernement malien justifie ces décisions en invoquant la nécessité de « mettre fin à la prolifération des partis politiques ». Pourtant, les experts rappellent que la régulation de ces formations doit s’appuyer sur des règles électorales transparentes, et non sur des restrictions financières abusives.

Des consultations entachées de suspicions

Les autorités maliennes ont affirmé que ces propositions émanaient des Assises Nationales de la Refondation (2021) et des consultations sur la Charte des Partis Politiques (avril 2025). Cependant, les experts pointent un manque de transparence flagrant : dans un contexte où l’espace civique est réduit à néant, les opposants et les journalistes indépendants vivent dans la crainte de représailles pour leur liberté d’expression.

Plusieurs partis politiques ont d’ailleurs boycotté les consultations d’avril 2025, craignant que le processus ne serve de prétexte à la dissolution de leurs structures ou à l’interdiction de leurs activités. Pire encore : le Conseil des ministres a validé d’autres recommandations tout aussi alarmantes, comme la nomination du général Assimi Goita à la présidence pour cinq ans renouvelables à partir de 2025, sans élection.

Un appel urgent à la raison

Le projet de loi doit désormais être soumis au Conseil national de transition, présidé par le général Malick Diaw. Les experts de l’ONU ont lancé un appel pressant : « Nous exhortons le Conseil à rejeter ce projet de loi ». Ils se disent prêts à accompagner le gouvernement dans l’amendement de ce texte pour le rendre conforme aux normes internationales en matière de droits humains.

Parallèlement, les partis politiques ont appelé à des rassemblements pacifiques les 3 et 4 mai. Leurs revendications ? La défense de leurs droits fondamentaux. Pourtant, des individus soutenant les autorités de transition auraient perturbé ces événements, selon les organisateurs. Un nouveau mouvement de protestation est prévu pour le 9 mai.

Les experts rappellent que « le droit de manifester pacifiquement est un pilier essentiel d’une démocratie vivante ». Ils exigent des autorités maliennes qu’elles respectent scrupuleusement ce droit et s’abstiennent de toute répression ou intimidation envers les manifestants.

Une répression qui s’étend à la société civile

Les spécialistes soulignent que la suspension des activités politiques s’inscrit dans un contexte plus large de restriction de l’espace civique. Les opposants et les journalistes indépendants, déjà sous pression, voient leurs droits bafoués. « Les consultations nationales ne peuvent être légitimes dans un climat où la liberté d’expression est menacée », ont-ils déclaré.

Ils ont également pointé du doigt l’absence de dialogue réel, les partis politiques ayant massivement boycotté les consultations d’avril 2025 par crainte de représailles. Une situation qui illustre l’urgence de rétablir un climat de confiance et de respect des droits fondamentaux au Mali.

Pour conclure, les experts ont réitéré leur disponibilité pour aider les autorités maliennes à réviser ce projet de loi et garantir sa conformité avec les standards internationaux. Une chose est sûre : la communauté internationale observe de très près l’évolution de la situation au Mali.

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Manifestation à Bamako : les maliens résistent à la menace de dissolution des partis politiques

manifestation à Bamako : les maliens résistent à la menace de dissolution des partis politiques

Plusieurs centaines de citoyens maliens se sont rassemblés samedi 3 mai dans les rues de Bamako pour exprimer leur opposition à un projet de dissolution des partis politiques. Cette mobilisation, organisée par une coalition de formations politiques, marque l’une des rares contestations publiques depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire dirigée par le général Assimi Goïta.

manifestation à Bamako contre une possible dissolution des partis politiques

une contestation historique contre la dérive autoritaire

Les manifestants, réunis au Palais de la culture de Bamako, ont scandé des slogans comme « Vive la démocratie, à bas la dictature ! » pour dénoncer les intentions présumées des autorités militaires. Brandissant des pancartes et des drapeaux, ils ont réclamé le respect des droits fondamentaux et la tenue d’élections libres. Cette marche, encadrée par les forces de sécurité sans incident, a été largement relayée sur les réseaux sociaux.

une répression politique qui s’intensifie

Le 30 avril 2025, les autorités ont abrogé la loi encadrant les partis politiques, une mesure perçue comme une première étape vers leur suppression. Cette décision fait suite à une concertation organisée par la junte, mais boycottée par la majorité des partis d’opposition. Les recommandations issues de cette rencontre, jugée non représentative, préconisent notamment :

  • la suppression pure et simple des partis politiques ;
  • la nomination du général Goïta à la présidence pour cinq ans, renouvelable, sans élection.

La décision finale revient désormais au général Assimi Goïta, qui dirige le Mali depuis les coups d’État de 2020 et 2021.

une démocratie en péril malgré les textes

Cette manifestation illustre l’un des rares sursauts de résistance face au régime militaire depuis 2021. Depuis leur prise de pouvoir, les autorités ont multiplié les mesures répressives : poursuites contre l’opposition, dissolution d’organisations civiles et restrictions de la liberté de la presse. Pourtant, la Constitution malienne de 1992, comme la nouvelle Loi fondamentale de 2023, garantit le multipartisme et les libertés fondamentales.

Le Mali, aux côtés du Burkina Faso et du Niger, a quitté la Cédéao en 2024 et formé l’Alliance des États du Sahel (AES), renforçant ainsi l’axe des régimes militaires en Afrique de l’Ouest.

contexte régional et enjeux

La situation au Mali s’inscrit dans une dynamique plus large de restriction des libertés publiques dans la région. La junte au pouvoir justifie ses actions par la nécessité de stabiliser le pays, mais ses détracteurs y voient une dérive autoritaire incompatible avec les principes démocratiques.

Quel sort pour la démocratie dans l’AES ?

Quel sort pour la démocratie dans l’AES ?

1 mai 2025

Nous revenons sur le principe de l’état de droit, de la séparation des pouvoirs et du rôle que doivent jouer les partis politiques dans un système qui favorise le développement basé sur les valeurs de la démocratie.

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 Assimi Goïta, Abdourahamane Tiani, Ibrahim Traoré

Ce sont des pays dont on parle très souvent : le Burkina Faso, le Mali et le Niger sont dirigés par des militaires qui ont pris le pouvoir entre 2020 et 2023. Ces trois pays ont pour point commun : la lutte contre le terrorisme et les groupes armés qui perpétuent des attaques, depuis plusieurs années, sur leurs territoires, qui s’étendent sur quelque 2,8 millions de kilomètres carrés.

La lutte contre le terrorisme et l’insécurité est présentée comme l’une des principales raisons avancées par les militaires au pouvoir. Il faut dire que la montée du djihadisme a contribué à une instabilité permanente qui a favorisé l’effondrement des régimes précédents au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Et, les populations, fatiguées par l’incapacité des gouvernements à les protéger, ont vu parfois en ces coups de force militaires une solution à court terme.

Mais à mesure que les périodes de transition se prolongent, les citoyens de l’AES s’interrogent, aussi, sur la réelle volonté des militaires à restaurer l’état de droit et la démocratie. D’autant plus que le concept même de démocratie est remis de plus en plus souvent en question par les pouvoirs militaires.

Au Mali, par exemple, les consultations nationales, organisées par les militaires au pouvoir, ont recommandé la dissolution des partis politiques, mais aussi celle de toutes les associations à caractère politique, ainsi que l’élévation du chef du pouvoir militaire, le récemment promu général Assimi Goïta, au rang de président de la République pour cinq années renouvelables. 

Assimi Goïta, au pouvoir depuis le putsch d’août 2020, n’a pas été élu et ne possède pas d’autre légitimité que celle d’un soutien populaire supposé, mis en avant par les putschistes, mais difficile à vérifier dans un pays où la répression impose un climat de peur.

Le général Abdourahamane Tiani au stade de Niamey pour célébrer le putsch contre Mohamed Bazoum

La quête d’une nouvelle identité politique

La situation est similaire au Niger et au Burkina Faso, deux autres pays qui forment, avec le Mali, l’Alliance des Etats du Sahel. Mais, comme à Ouagadougou et à Niamey, « les consultations nationales » de Bamakoont été boycottées par les principaux partis politiques. Or, la démocratie, ce sont les contre-pouvoirs. Même s’il n’y a pas de système unique qui s’applique à tous. Les nations doivent s’inspirer de leurs histoires et des réalités sociopolitiques de leurs peuples. 

En Afrique, en particulier dans les pays du Sahel actuellement, des voix évoquent, d’ailleurs, de plus en plus la nécessité de se réinventer, de se défaire des structures néocoloniales pour créer un modèle basé sur des valeurs propres au continent.

Les récents coups d’État survenus au Mali, au Niger et au Burkina Faso reflèteraient, donc, cette quête d’une nouvelle voie politique qui prendrait à contrepied les conclusions des conférences nationales qui ont eu lieu dans les années 1990.

Ces consultations populaires avaient institué la notion de l’État de droit en Afrique et la soumission de l’État au respect des règles d’alternance démocratique.

La démocratie dans les pays de l’AES (Émission spéciale)

Soma Abdoulaye est professeur agrégé de droit à l’université de Ouagadougou au Burkina Faso. Pour lui, le problème en Afrique n’est pas au niveau des normes ou des institutions, mais au niveau de leur mise en application par des chefs d’États qui n’ont pas un esprit démocratique – des propos recueillis et diffusés sur nos antennes avant le coup d’État militaire du capitaine Ibrahim Traoré-.

Instrumentalisation de l’opinion publique

Que ce soit à Ouagadougou, à Bamako ou à Niamey, le débat autour de ce que l’on appelle « la démocratie occidentale » reste vif et la question de la fiabilité du processus démocratique se pose avec insistance au sein de l’opinion publique. Car, les acteurs de la transition instrumentalisent souvent l’opinion publique pour garder le pouvoir.  La démocratisation passe alors au second plan.

Au Mali, par exemple, le pays a vécu l’alternance démocratique en 1992 à la suite de l’élection d’Alpha Oumar Konaré, premier président démocratiquement élu. Mais depuis 2012, une instabilité socio-politique et sécuritaire marquée par une série de ruptures de la démocratie a mis à mal un processus qui divise les Maliens.

Assimi Goita, Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani.

Au Niger, un autre pays de l’Alliance des États du Sahel, l’avènement du multipartisme dans les années 90 a été également marqué par des bouleversements sociopolitiques majeurs. Il a aussi suscité de l‘espoir au sein des citoyens désormais libres de s’exprimer et de choisir leurs dirigeants.

Mais le dysfonctionnement des institutions démocratiques dans leur pratique a souvent favorisé l’irruption de l’armée sur la scène politique à Niamey. Et depuis le dernier coup de force contre le président démocratiquement élu, Mohamed Bazoum, les Nigériens sont partagés sur la perception de la démocratie.

Aujourd’hui, la Cédéao  – la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest- et d’autres institutions internationales tentent de rétablir l’ordre démocratique par des sanctions. 

Mais ces mécanismes sont perçus par une partie des populations comme le reflet de l’influence occidentale. Or, ce qui se joue au Sahel est une lutte pour l’autonomie et la souveraineté des pays qui ont claqué la porte à la Cédéao.

Sommet de la Cédéao au Nigeria en 2024.

Les chefs militaires de l’AES sont réputés pour leurs sorties fracassantes, à l’image du chef de la transition burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré. Celui-ci a récemment demandé qu’on lui « cite un seul pays qui s’est développé dans la démocratie ».

« Ce n’est pas possible», dit-il. Faux, explique l’ex-ministre togolais de l’Intérieur François Akila-Esso Boko, qui rappelle l’échec des systèmes de gestion basée sur la dictature.

Rôle des partis politiques

L’éducation des partis politiques est, en effet, un passage obligé pour les partis de l’opposition. C’est du moins ce que nous disait Jean Didier Boukongou, professeur de droit international à l’université catholique de l’Afrique centrale basée à Yaoundé, lors de notre série consacrée à la démocratie en Afrique, au rôle et aux responsabilités de l’opposition ainsi qu’à sa faiblesse face aux régimes en place.

La Guinée aussi…

En dehors de l’AES, il y a eu aussi un coup d’État en Guinée, le 5 septembre 2021. Depuis, le pays vit sous un régime militaire qui contrôle tous les leviers du pouvoir. Celui-ci a ainsi décidé de refaire le paysage politique.

Assimi Goita et Mamadi Doumbouya à Bamako.

Plus de 50 formations ont été interdites par le ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation. Officiellement, ils n’auraient pas répondu aux critères d’évaluation des partis. 

La Guinée, où les militaires au pouvoir ont annoncé pour le 21 septembre l’organisation d’un référendumsur une nouvelle Constitution. Une consultation que Conakry présente comme une première étape devant aboutir à un retour à l’ordre constitutionnel.

Mais, comme au Mali, au Niger et au Burkina Faso, la junte guinéenne est régulièrement accusée de réprimer la liberté d’expression et de faire taire des figures de l’opposition.