Libération de journalistes et d’un militant enrôlés de force au Burkina Faso

Au début du mois de juillet 2025, les autorités du Burkina Faso ont procédé à la libération de cinq journalistes ainsi que d’un défenseur des droits humains. Ces derniers avaient fait l’objet d’un enrôlement forcé et illégal au sein des forces armées, une mesure prise en représailles à leurs prises de position critiques envers la junte militaire. Si cette nouvelle apporte un certain soulagement, elle souligne également l’inquiétude persistante concernant d’autres personnes disparues depuis 2024, dont la localisation demeure inconnue.

Un enrôlement utilisé comme outil de répression

Le 24 mars 2024, à Ouagadougou, une vague d’arrestations a visé Guezouma Sanogo, Boukari Ouoba et Phil Roland Zongo, tous membres de l’Association des journalistes du Burkina (AJB). Luc Pagbelguem, exerçant pour la chaîne privée BF1, a également été interpellé pour avoir dénoncé les entraves à la liberté de la presse. Peu après, des images diffusées sur les réseaux sociaux montraient certains de ces hommes en tenue de combat, confirmant ainsi leur conscription forcée, bien que celle de Phil Roland Zongo n’ait été officiellement validée qu’au moment de sa sortie.

Le cas de Kalifara Séré, intervenant sur BF1 TV, est tout aussi préoccupant. Porté disparu en juin 2024 après un entretien avec le Conseil supérieur de la communication (CSC), il avait été interrogé sur ses doutes concernant des photos officielles du chef de l’État. Ce n’est qu’en octobre que les autorités ont admis son intégration dans l’armée, aux côtés de ses confrères Serge Oulon et Adama Bayala. À ce jour, le sort de ces deux derniers reste un mystère total.

Des militants et des magistrats également visés

La répression ne s’arrête pas aux médias. En novembre 2023, Lamine Ouattara, militant au sein du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP), a été enlevé à son domicile par des agents en civil. Sa famille a par la suite appris son enrôlement illégal. Cette stratégie semble s’appuyer sur une loi d’urgence détournée de son but initial pour réduire au silence les voix dissidentes, incluant des activistes et même des magistrats.

Bien que la défense nationale puisse justifier l’appel sous les drapeaux de citoyens adultes, cette procédure doit impérativement respecter des normes légales strictes. Les conscrits doivent être informés de la durée de leur engagement et disposer de recours juridiques pour contester cette obligation.

Il est impératif que le gouvernement du Burkina Faso libère sans délai toutes les personnes encore détenues arbitrairement et mette fin à l’instrumentalisation de la conscription militaire comme moyen de pression contre la liberté d’expression.

Mauritanie : enjeux majeurs du dialogue national selon la société civile

Mauritanie : un dialogue national pour une gouvernance inclusive et durable

En Mauritanie, le dialogue national s’impose comme un levier essentiel pour renforcer la légitimité des décisions politiques et favoriser une gouvernance partagée. Sous la coordination de Moussa Fall, ce processus vise à intégrer activement la société civile, reconnue pour son rôle clé dans la construction d’un avenir commun.

les priorités d’un dialogue transformateur

Amadou Doudou Diallo, ancien collaborateur du Bureau Organisation et Méthode (BOM) à la présidence, met en lumière les ambitions du think tank Mauritanie Perspectives. Celui-ci propose un dialogue de rupture, distinct des initiatives passées, pour instaurer une refondation de l’État face aux défis majeurs du pays. Selon lui, cette démarche doit reposer sur :

  • une inclusion totale de toutes les forces vives de la société mauritanienne ;
  • un mécanisme de suivi rigoureux pour garantir la mise en œuvre des recommandations ;
  • la participation active de la société civile, interface naturelle entre les institutions et les citoyens.

Pour Diallo, ce cadre doit permettre d’aborder des enjeux vitaux avec transparence et efficacité, assurant ainsi une meilleure représentativité des aspirations populaires.

la société civile, acteur incontournable du dialogue

Houssein Dieng, administrateur du Cadre d’Échanges en République Islamique de Mauritanie (CERIM), salue l’initiative présidentielle. Pour lui, le dialogue représente une arme pacifique pour résoudre les contradictions et les conflits. CERIM s’engage à y contribuer en mettant en avant des sujets cruciaux tels que :

  • le passif humanitaire ;
  • les inégalités sociales, notamment la question de l’esclavage ;
  • les défis structurels qui conditionnent l’avenir du pays.

Dieng souligne que cette démarche collaborative est indispensable pour bâtir une Mauritanie plus unie et résiliente, où chaque voix compte.

Drépanocytose au Niger : Briser le silence pour sauver des vies

Drépanocytose au Niger : Briser le silence pour sauver des vies

Et si une simple analyse sanguine avant le mariage pouvait changer une vie ? 

« Dès mon arrivée à la tête du Centre National de Référence de la Drépanocytose (CNRD), une histoire m’a profondément marquée : celle d’un parent contraint, par la précarité, d’abandonner son enfant atteint de drépanocytose au centre, faute de moyens pour acheter les médicaments nécessaires », confie le médecin-colonel Mariam Boureima Djibo, directrice du CNRD. 

Ce témoignage poignant illustre la souffrance silencieuse de nombreuses familles et révèle l’urgence de renforcer le soutien médical et social pour éviter de telles situations.

Au Niger, des milliers d’enfants naissent chaque année avec la drépanocytose, une maladie génétique douloureuse et encore trop méconnue. Pourtant, cette tragédie pourrait être évitée. En l’absence de données nationales exhaustives, mais face à des signaux alarmants dans plusieurs régions, le CNRD intensifie ses efforts pour inverser la tendance. La maladie survient lorsque l’enfant hérite du gène défectueux de ses deux parents (forme homozygote SS). La forte prévalence des porteurs, souvent ignorants de leur statut, explique la persistance des cas. Le dépistage prénuptial et le conseil génétique sont donc essentiels pour prévenir la transmission. Le CNRD joue un rôle central dans leur promotion à l’échelle nationale, permettant aux couples à risque de faire des choix éclairés.

« Cette expérience a renforcé ma conviction que l’accès aux soins doit être un droit pour tous, indépendamment de leur situation financière. Elle a orienté nos actions vers des solutions concrètes à savoir le plaidoyer pour la gratuité de certains médicaments, le renforcement de l’assistance sociale et la mise en place de dispositifs d’accompagnement pour les familles vulnérables », poursuit la directrice.

Parmi les initiatives phares, un programme pilote de dépistage néonatal a été lancé à la Maternité Issaka Gazobi. Il a permis d’identifier précocement des nouveau-nés atteints, ouvrant la voie à une prise en charge rapide et adaptée. 

Comme l’a souligné Dr Marie Ousseini, pédiatre impliquée dans le projet : « Détecter la drépanocytose dès les premiers jours de vie, c’est donner à ces enfants une chance réelle de vivre mieux, plus longtemps, et avec moins de souffrance ».

 Ce dépistage s’inscrit dans une stratégie plus large de prévention, qui comprend également la sensibilisation communautaire, la formation du personnel médical et l’accompagnement psychosocial des familles. D’autres actions ont été entreprises notamment le suivi médical, la subvention des médicaments, l’éducation thérapeutique, le soutien psychologique et la collaboration avec les associations de patients.

Sous la direction de la Dre Mariam, le CNRD a enregistré des avancées notables. Il s’agit entre autres de la création d’une salle de soins intensifs, du recrutement de spécialistes (psychologue, épidémiologiste, réanimatrice), de l’acquisition d’équipements de pointe, la sensibilisation accrue et le dépistage gratuit de plus de 2 000 jeunes en 2024. 

Parmi les projets à venir figurent l’extension du dépistage prénuptial à toutes les régions, l’amélioration du système d’information sanitaire, le renforcement de l’accompagnement psychosocial, l’intégration de la drépanocytose dans les politiques nationales, la construction d’un nouveau centre à Niamey et l’organisation tournante de la Journée mondiale de lutte contre la drépanocytose.

La drépanocytose ne constitue pas une fatalité. Des solutions concrètes et accessibles existent, à condition que l’ensemble des acteurs sociaux s’engage activement. La lutte repose sur plusieurs leviers essentiels tels que le dépistage préventif des jeunes avant le mariage, l’information des enfants par leurs parents, la sensibilisation des communautés par les leaders locaux, et l’engagement des décideurs en faveur de politiques de santé inclusives et durables.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) est un partenaire clé du CNRD. À l’occasion de la Journée mondiale de la drépanocytose, célébrée le 19 juin 2024, elle a remis un important lot de médicaments et de consommables médicaux au centre. Ce don, salué par les bénéficiaires et les autorités sanitaires, a permis de renforcer la prise en charge des patients. Mme Asmaou Salifou, mère de huit enfants dont trois drépanocytaires, a exprimé sa reconnaissance pour cette aide vitale. 

Au-delà de ce soutien matériel, l’OMS s’est engagée à renforcer les capacités du CNRD. Le 28 janvier 2025, lors d’une visite officielle, le Représentant intérimaire de l’OMS au Niger, Dr Casimir Manengu, a salué l’existence du centre et suggéré sa décentralisation : « Ce centre spécialement dédié à l’accueil et à la prise en charge de la drépanocytose mérite d’être décentralisé afin de pouvoir toucher tous ceux dans le besoin sur l’étendue du territoire national ». 

Selon Dr Batouré Oumarou, l’OMS entend également appuyer la mobilisation de partenaires techniques et financiers, conduire des actions de plaidoyer en faveur du CNRD, et soutenir la réalisation d’études scientifiques pour une meilleure prise de décision. Ces perspectives d’appui témoignent de la volonté de l’OMS Niger de renforcer durablement la lutte contre la drépanocytose dans le pays.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir
Pour plus d’informations ou pour demander des interviews, veuillez contacter :
Fati AMADOU OUMAROU

Communications Officer

WHO Niger

Email:fatia [at] who.int (fatia[at]who[dot]int)

Alerte au Burkina Faso : disparition inquiétante de deux figures du Balai citoyen

Inquiétude au Burkina Faso : deux membres du Balai citoyen victimes de disparition forcée

La situation des droits humains au Burkina Faso s’assombrit avec la disparition récente de deux acteurs majeurs de la société civile. Amadou Sawadogo, responsable régional, et Miphal Ousmane Lankoandé, secrétaire exécutif du mouvement Balai citoyen, sont désormais introuvables suite à des interventions ciblées.

Le 20 mars 2025, Amadou Sawadogo a été interrogé par les services de la sûreté de l’État à Ouagadougou concernant ses publications sur les réseaux sociaux. Après une seconde convocation le lendemain, toute trace de lui a été perdue. De son côté, Miphal Ousmane Lankoandé a été enlevé le 30 mars 2025 devant son domicile, peu après son retour d’un séminaire au Bénin. Des individus armés, se réclamant de la gendarmerie, ont procédé à son arrestation sous les yeux de ses proches.

Une répression systémique contre la société civile

Ces événements ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une série d’actions visant le Balai citoyen, une organisation qui milite pour un État de droit. L’avocat Guy Hervé Kam subit toujours une détention arbitraire, tandis que d’autres membres comme Rasmané Zinaba et Bassirou Badjo ont été envoyés de force au front militaire, malgré des décisions de justice en leur faveur.

Le secteur de la presse est également durement touché. Plusieurs journalistes, dont Guezouma Sanogo, Boukary Ouoba et Luc Pagbeguem, ont disparu en mars 2025. D’autres professionnels des médias, tels que Kalifara Sere, Serges Oulon et Bayala Adama, demeurent également introuvables depuis l’été 2024.

L’utilisation des réquisitions comme outil de pression

Les autorités de transition utilisent des décrets de 2022 et 2023 pour justifier l’enrôlement forcé de voix critiques au sein de l’armée. Cette pratique, dénoncée par le Comité des Nations unies sur les disparitions forcées, semble viser spécifiquement les défenseurs des droits humains et les opposants politiques. L’Observatoire redoute que Amadou Sawadogo et Miphal Ousmane Lankoandé ne subissent le même sort.

Appel à une mobilisation internationale

Face à cette dérive, des mesures urgentes sont demandées aux autorités militaires du Burkina Faso :

  • Garantir la sécurité physique et psychologique des militants disparus.
  • Révéler immédiatement leur localisation et permettre l’accès à leurs avocats et familles.
  • Mettre fin aux enlèvements et aux réquisitions punitives utilisées pour faire taire la dissidence.
  • Respecter les engagements internationaux, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.

La communauté internationale et les représentations diplomatiques sont invitées à interpeller le gouvernement burkinabè pour obtenir la libération inconditionnelle de ces défenseurs des droits humains.

Niger : deux ans de détention arbitraire pour mohamed bazoum

Niger : deux ans de détention arbitraire pour mohamed bazoum

Depuis deux ans, l’ancien président du Niger, Mohamed Bazoum, est maintenu en détention sans fondement juridique valable. Les autorités nigériennes, dirigées par la junte militaire du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), l’ont renversé le 26 juillet 2023 avant de l’incarcérer avec son épouse, Hadiza Bazoum, au palais présidentiel de Niamey. Aucune information n’a été communiquée concernant leur situation actuelle.

une détention prolongée sans accès aux droits fondamentaux

Mohamed Bazoum et son épouse sont privés de tout contact avec leur famille ou leurs avocats depuis leur arrestation. En 2024, la junte a levé son immunité présidentielle, ouvrant la voie à des poursuites pour « haute trahison » et « atteinte à la sûreté de l’État ». Pourtant, aucune audience préliminaire n’a été organisée, et le procès n’a toujours pas été fixé.

les décisions internationales ignorées par la junte

En décembre 2023, la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a ordonné la libération immédiate de Mohamed Bazoum, estimant que sa détention était arbitraire. En février 2025, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a confirmé cette violation des droits humains, exigeant également sa remise en liberté. Malgré ces décisions, la junte persiste dans sa politique répressive.

un procès politique aux procédures entachées d’irrégularités

En avril 2024, une procédure judiciaire a été engagée pour lever l’immunité de Mohamed Bazoum, mais celle-ci s’est déroulée sans respecter les normes internationales d’équité. En juin 2024, la Cour d’État du Niger a statué contre lui, confirmant la levée de son immunité. Depuis, la junte a annoncé son intention de le juger pour « haute trahison », sans pour autant fixer de date pour le procès.

une junte militaire qui étouffe toute opposition

Les abus subis par Mohamed Bazoum illustrent la répression exercée par la junte contre l’opposition politique, les médias et les militants. En refusant de libérer l’ancien président et en bloquant toute transition vers un régime civil, la junte semble vouloir consolider son pouvoir à long terme. Human Rights Watch et d’autres organisations dénoncent cette stratégie qui éloigne le Niger de la démocratie.

les appels à la libération de Mohamed Bazoum

Plusieurs instances internationales, dont la CEDEAO et l’ONU, ont exigé la libération immédiate de Mohamed Bazoum et de son épouse. Reed Brody, membre de son équipe juridique, a déclaré : « Mohamed Bazoum est emprisonné illégalement depuis deux ans, sans inculpation ni procès, sans pouvoir communiquer avec ses proches ou ses avocats. Malgré les condamnations internationales, il reste otage de la junte. »

Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch, a ajouté : « Chaque jour passé en détention par Mohamed Bazoum éloigne davantage le Niger de la démocratie. Les autorités nigériennes doivent comprendre le message désastreux envoyé à l’échelle régionale et internationale. »

Mali : l’armée et Wagner accusés de crimes contre les peuls

Un bilan accablant depuis début 2025

Depuis janvier 2025, les forces armées Maliennes et leurs alliés du groupe Wagner, soutenus par la Russie, sont accusés d’avoir commis des dizaines d’exécutions sommaires et de disparitions forcées ciblant spécifiquement des hommes de l’ethnie peule. Ces actes, documentés par des organisations internationales, s’inscrivent dans un contexte de conflit armé contre les groupes islamistes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).

Selon les investigations, au moins 12 exécutions sommaires et 81 disparitions forcées ont été recensées depuis le début de l’année, principalement dans les régions de Kayes, Ségou et Tombouctou. Les victimes, majoritairement des civils peuls, seraient accusées de collusion avec les groupes armés islamistes, une affirmation largement contestée par les communautés locales.

Des accusations portées contre les forces maliennes et Wagner

Les rapports d’organisations de défense des droits humains révèlent que les soldats maliens et les mercenaires du groupe Wagner ont systématiquement ciblé des civils peuls lors d’opérations de contre-insurrection. Les témoignages recueillis par Human Rights Watch décrivent des scènes de violences extrêmes : exécutions sommaires, tortures, détentions arbitraires et destructions de biens.

  • Exécutions sommaires : Plusieurs villages, dont Belidanédji et Kobou, ont été le théâtre d’exécutions massives. À Belidanédji, six civils peuls ont été abattus sans procès, selon des témoins.
  • Disparitions forcées : Des centaines de personnes, dont des éleveurs et des marchands de bétail, ont été enlevées avant de disparaître. À Sebabougou, au moins 100 hommes peuls ont été arrêtés puis transférés vers un camp militaire, où 65 d’entre eux ont été retrouvés morts.
  • Violences ciblées : Des villages entiers ont été incendiés, et des civils ont été battus ou tués sous prétexte de liens présumés avec les groupes islamistes.

Un contexte de tensions ethniques et de conflits armés

Le Mali est plongé dans une crise sécuritaire depuis 2012, marquée par des affrontements entre l’armée, les groupes islamistes et les milices communautaires. Les Peuls, souvent stigmatisés, sont régulièrement accusés de soutenir les factions armées, une généralisation qui aggrave leur vulnérabilité.

Les groupes islamistes, tels que le GSIM, recrutent massivement au sein de la communauté peule, ce qui a conduit les autorités à associer systématiquement cette ethnie aux activités terroristes. Cette confusion a exacerbé les tensions et favorisé les abus de la part des forces de sécurité.

L’implication controversée du groupe Wagner

Depuis 2021, le groupe Wagner, une milice russe, soutient l’armée malienne dans sa lutte contre les groupes armés. Bien que les autorités maliennes n’aient jamais officiellement reconnu leur présence, des rapports et des médias internationaux confirment leur rôle actif sur le terrain. En juin 2025, Wagner a annoncé son retrait du Mali, laissant place à une nouvelle entité russe, l’Africa Corps, sous contrôle direct du Kremlin.

Cette transition s’est accompagnée d’une recrudescence des violences, avec des attaques majeures perpétrées par les groupes islamistes et les milices touarègues, faisant des dizaines de morts parmi les forces maliennes et les mercenaires russes.

Appels à l’action internationale

Face à l’ampleur des exactions, plusieurs organisations internationales exhortent la Communauté internationale et l’Union africaine à intervenir pour protéger les civils maliens. Les principales revendications incluent :

  • Le lancement d’enquêtes impartiales sur les crimes commis par toutes les parties.
  • La traduction en justice des responsables, y compris les hauts gradés maliens et russes.
  • Le soutien aux victimes et à leurs familles, notamment via des réparations financières et psychologiques.
  • Le renforcement de la protection des civils, alors que le Mali s’est retiré de la CEDEAO en janvier 2025, limitant les recours juridiques pour les victimes.

La Cour pénale internationale (CPI), qui enquête déjà sur les crimes de guerre au Mali depuis 2012, est également appelée à se saisir de ces nouveaux cas. Les responsables pourraient être poursuivis pour crimes de guerre et disparitions forcées, en violation du droit international humanitaire.

Des violations graves du droit international

Les actes commis par l’armée malienne et le groupe Wagner constituent des crimes de guerre au regard des Conventions de Genève et du Statut de Rome. Les détentions arbitraires, les exécutions sommaires et les disparitions forcées sont strictement interdites et peuvent faire l’objet de poursuites devant la justice internationale.

Les familles des victimes, souvent privées d’informations sur le sort de leurs proches, appellent à une mobilisation urgente pour mettre fin à l’impunité et restaurer la justice au Mali.

Témoignages glaçants de survivants

Les récits des survivants et des familles des victimes révèlent l’ampleur des traumatismes subis. À Kobou, un village incendié en janvier 2025, des habitants décrivent des scènes de terreur :

« Nous, les Peuls, savons que les soldats nous considèrent comme des djihadistes. Si nous restons, nous sommes tués par les islamistes ; si nous fuyons, les militaires nous abattent. Personne ne nous épargne. » — Un homme de 28 ans, survivant de l’attaque de Kobou

À Farana, en mars 2025, des témoins ont découvert une mare de sang et des restes humains après le passage des soldats :

« Le sol était couvert de sang et de morceaux de cerveau. C’était comme un abattoir. Les soldats ont torturé les hommes jusqu’à ce qu’ils ne respirent plus. » — Un villageois de 29 ans

Ces témoignages soulignent l’urgence d’une intervention pour protéger les civils et mettre fin aux cycles de violence au Mali.

Perspectives d’avenir pour le Mali

La situation au Mali reste extrêmement volatile, avec un risque accru de radicalisation et de violences intercommunautaires. Le départ annoncé du groupe Wagner et son remplacement par l’Africa Corps ne garantissent pas la fin des exactions, alors que les groupes armés islamistes continuent de gagner du terrain.

Pour briser ce cycle, plusieurs pistes sont envisagées :

  • Renforcement des mécanismes de protection : Déploiement de missions de maintien de la paix et de forces de sécurité neutres.
  • Dialogue intercommunautaire : Initiatives pour apaiser les tensions entre les différentes ethnies et réduire les amalgames entre civils et groupes armés.
  • Soutien aux victimes : Accès à la justice, réparations et accompagnement psychologique pour les familles des victimes.
  • Pression internationale : Sanctions ciblées contre les responsables des crimes et boycott des régimes complices.

Alors que le Mali s’enfonce dans une crise humanitaire et sécuritaire, la communauté internationale est appelée à agir sans délai pour protéger les civils et rétablir l’État de droit.

La drépanocytose au Burkina Faso : le combat de la Dre Gloria Damoaliga Berges

La Dre Gloria Damoaliga Berges, une pionnière contre la drépanocytose au Burkina Faso

Ouagadougou — Avec une prévalence de 4,63 % et près de 2 % des nouveau-nés touchés par la forme la plus sévère (SS), la drépanocytose représente un enjeu majeur de santé publique au Burkina Faso. Face à cette situation, l’implication de tous les acteurs sociaux s’avère indispensable pour offrir une réponse globale et efficace.

Parmi ces acteurs engagés, la Dre Gloria Damoaliga Berges, vice-présidente du Centre d’Initiative contre la Drépanocytose au Burkina Faso (CID/B), se distingue depuis une décennie par son combat acharné contre cette maladie. Son parcours, ses réalisations et les défis persistants illustrent une lutte à la fois médicale, sociale et humaine.

Un engagement né d’une rencontre avec la souffrance

Dès le début de sa carrière, la Dre Berges a été confrontée à la réalité brutale de la drépanocytose à travers les patients, notamment des enfants et des jeunes, dont les douleurs intenses ont marqué son parcours. Ces expériences l’ont poussée à s’investir davantage, jusqu’à devenir un pilier de la prise en charge de cette maladie au Burkina Faso.

En 2015, une opportunité décisive s’est présentée : l’accompagnement de la création d’une unité de référence pour la prise en charge de la drépanocytose au sein d’un hôpital burkinabè, en collaboration avec la responsable de la division d’intervention du CID/B. Ce projet a marqué un tournant dans son engagement, lui permettant de donner une nouvelle dimension à son action.

Pourquoi la drépanocytose continue-t-elle de toucher des nouveau-nés ?

La drépanocytose est une maladie génétique. Lorsqu’un couple est porteur du gène de l’hémoglobine S, chaque grossesse présente un risque de 25 % d’avoir un enfant atteint de la forme majeure de la maladie. Pourtant, de nombreux couples ignorent leur statut génétique avant une grossesse, souvent par manque de dépistage prénuptial ou préconceptionnel. Sensibiliser la population à l’importance de ces tests avant le mariage ou la conception d’un enfant est donc une priorité absolue.

Des actions communautaires pour briser les tabous

L’un des défis majeurs reste la méconnaissance de la drépanocytose au sein des communautés. Pour y remédier, la Dre Berges multiplie les initiatives : campagnes de sensibilisation, dépistages massifs et interactions directes avec les populations. Entre janvier et juillet 2024, elle a coordonné une campagne ayant permis de dépister près de 15 000 enfants dans cinq régions du Burkina Faso, en partenariat avec une ONG locale. Ces actions visent non seulement à informer, mais aussi à lutter contre la stigmatisation dont sont souvent victimes les patients.

Des solutions concrètes pour améliorer la prise en charge

Son implication s’étend bien au-delà de la sensibilisation. Elle a participé à la mise en place de programmes de dépistage néonatal, à la formation des professionnels de santé sur la gestion spécifique de la douleur chez les drépanocytaires, et à la création d’un numéro vert gratuit, le « Drépa Minute » (80001350), accessible dans plusieurs langues locales. Ce service offre un soutien immédiat aux familles et aux patients, renforçant ainsi l’accès à l’information et aux soins.

Le CID/B, sous sa direction, collabore étroitement avec le ministère de la Santé du Burkina Faso, notamment via la Direction de la prévention et du contrôle des maladies non transmissibles (DPCM). Ce partenariat bénéficie du soutien financier de l’Agence Française de Développement, de la Fondation Pierre Fabre et de la Principauté de Monaco. Ensemble, ces acteurs œuvrent pour une prise en charge globale des patients, combinant soins médicaux, accompagnement psychosocial et appui socio-économique.

Une prise en charge holistique pour une meilleure qualité de vie

  • Orientation des patients vers des structures spécialisées ;
  • Organisation de groupes de parole et d’éducation thérapeutique dans 11 antennes régionales ;
  • Séances de coaching et de soutien psychologique avec des experts ;
  • Mise en place d’activités génératrices de revenus pour renforcer l’autonomie financière des patients ;
  • Collaboration avec les mutuelles de santé pour faciliter l’accès aux soins.

Ces initiatives visent à redonner espoir et dignité aux patients, tout en renforçant leur intégration sociale et professionnelle.

Des avancées significatives, mais des défis persistants

Grâce aux efforts conjugués des autorités, des partenaires et de la société civile, la drépanocytose est aujourd’hui mieux reconnue dans les politiques de santé publique. Un plan stratégique national a été élaboré par le ministère de la Santé, et des ressources sont mobilisées pour sa mise en œuvre.

Cependant, des obstacles majeurs subsistent :

  • L’accès limité au dépistage et au diagnostic dans les zones périphériques ;
  • La difficulté d’approvisionnement en médicaments essentiels (hydroxyurée, antidouleurs, antibiotiques) ;
  • L’accès aux vaccins contre les maladies évitables ;
  • La prise en charge des complications et des transfusions sanguines.

Pour la Dre Berges, il est urgent d’amplifier les actions, notamment en vulgarisant le dépistage néonatal et précoce, et en renforçant la coordination entre le ministère de la Santé et ses partenaires. « Le cri silencieux des patients doit être entendu », déclare-t-elle, soulignant que cette lutte est aussi une quête de dignité et d’espoir.

Malgré les défis, son engagement reste inébranlable. Avec détermination, elle continue de porter cette cause, convaincue que chaque effort compte pour offrir une vie épanouie aux personnes atteintes de drépanocytose.

Partenariat beI monde et banque el amana pour booster l’économie bleue en Mauritanie

Un partenariat historique pour l’inclusion économique des femmes et des jeunes en Mauritanie

La Banque européenne d’investissement (BEI), via sa branche spécialisée BEI Monde, et la Banque El Amana (BEA) ont officialisé un prêt de 20 millions d’euros pour dynamiser l’économie bleue en Mauritanie. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la stratégie Global Gateway de l’Union européenne, visant à renforcer l’autonomisation économique des femmes et des jeunes dans un secteur clé du pays.

Des financements ciblés pour transformer l’économie bleue

  • 20 millions d’euros alloués aux petites et moyennes entreprises (PME) mauritaniennes, avec un accent sur la pêche durable et les produits de la mer.

  • 30 % des fonds réservés aux entreprises dirigées par des femmes ou employant majoritairement des femmes, en ligne avec les critères du Défi 2X.

  • 30 % des fonds dédiés aux jeunes entrepreneurs ou aux entreprises employant une grande partie de jeunes actifs, dans un pays où plus de 60 % de la population a moins de 35 ans.

  • Un engagement envers des pratiques durables, avec des certifications environnementales obligatoires pour les entreprises bénéficiaires.

Une vision partagée entre l’UE et la Mauritanie

Ce partenariat s’appuie sur les priorités communes de l’Union européenne et de la République islamique de Mauritanie, notamment à travers :

  • Le renforcement des chaînes de valeur dans la pêche, un secteur stratégique pour l’économie locale.

  • L’amélioration de l’accès au financement pour les populations sous-représentées, comme les femmes et les jeunes.

  • La promotion d’une économie bleue durable, intégrant des normes environnementales strictes.

  • La création d’emplois locaux et la réduction des inégalités sociales.

Les déclarations des acteurs clés

Mohamed Ahmed Salem Bouna Moctar, directeur général de la BEA : « Ce partenariat avec la BEI marque une étape majeure pour l’économie bleue mauritanienne. Il illustre notre engagement en faveur d’une croissance inclusive, respectueuse de l’environnement et porteuse d’opportunités pour les femmes et les jeunes de notre pays. »

Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI : « En soutenant la pêche durable, nous préservons les ressources halieutiques tout en offrant des perspectives économiques aux communautés locales. Ce projet incarne notre volonté de concilier performance économique et responsabilité sociale, avec un focus particulier sur l’autonomisation des femmes et des jeunes. »

Jozef Síkela, commissaire européen aux partenariats internationaux : « Grâce à cet investissement via Global Gateway, nous renforçons notre soutien à la Mauritanie dans des domaines stratégiques comme la pêche durable et l’inclusion économique. Ce partenariat est le fruit de notre engagement continu aux côtés de ce pays. »

La Banque El Amana, acteur majeur de l’inclusion financière

Créée en 1996, la Banque El Amana est une institution financière privée mauritanienne qui joue un rôle clé dans le secteur bancaire local. Avec un réseau de neuf agences réparties sur le territoire, elle se distingue par :

  • Son engagement en faveur de l’inclusion financière, notamment via des initiatives comme Amanty, son portefeuille mobile facilitant les paiements numériques.

  • Des partenariats stratégiques avec des acteurs nationaux et internationaux, comme la KfW (banque allemande de développement) pour des projets de transformation économique.

  • Une présence active dans des secteurs clés comme la pêche, l’agroalimentaire et les infrastructures.

BEI Monde : une branche dédiée à l’impact international

En tant que filiale de la Banque européenne d’investissement, BEI Monde a pour mission de soutenir les partenariats internationaux et le financement du développement. Avec un objectif de 100 milliards d’euros d’investissements d’ici 2027, elle agit en synergie avec l’Équipe Europe pour promouvoir une croissance durable et inclusive à l’échelle mondiale.

Un investissement aligné sur les priorités de l’Union européenne en Mauritanie

L’Union européenne accompagne la Mauritanie depuis cinq décennies dans des domaines variés :

  • Développement socio-économique (santé, éducation, formation professionnelle).

  • Transition vers une économie verte et bleue.

  • Modernisation administrative et renforcement de la gouvernance.

  • Soutien aux secteurs stratégiques comme la pêche, l’agriculture et l’énergie.

Ce partenariat s’inscrit dans la stratégie Global Gateway, qui vise à créer des connexions durables et fiables au service des populations et de la planète.

Mali: l’escalade des violences sexistes au cœur de la crise humanitaire

Face à l’intensification de l’insécurité et des déplacements massifs dans les régions centrales et septentrionales du Mali, les femmes sont confrontées à une recrudescence alarmante des violences basées sur le genre, comme l’a récemment souligné une agence des Nations Unies.

Les conclusions d’une étude menée en mai par l’UNFPA, l’organisme des Nations Unies en charge de la santé sexuelle et reproductive, mettent en lumière une « augmentation significative des violences sexuelles » au sein des sites d’accueil pour personnes déplacées et dans les zones affectées par les conflits. Le rapport fait état de multiples incidents, incluant « l’exploitation sexuelle, le harcèlement et les mariages forcés ».

Cette fragilité accrue s’inscrit dans un contexte « humanitaire extrêmement difficile » dans plusieurs localités du Sahel central. Les femmes sont non seulement davantage exposées aux violences sexuelles, mais elles souffrent également d’un « accès insuffisant aux services essentiels de santé sexuelle et reproductive (SSR) ».

L’agence onusienne révèle que le mois de mai 2025 a été marqué par une intensification des affrontements armés, notamment dans les régions de Tombouctou, Gao, Mopti et Ménaka, avec une multiplication des attaques perpétrées par des groupes armés. Ces hostilités ont engendré de nouveaux mouvements de population massifs.

L’accès aux soins de santé demeure un défi majeur

Le nombre de personnes déplacées internes a frôlé les 380 000, marquant une hausse de près de 15 % par rapport aux 330 000 recensés en mai 2024. L’UNFPA souligne que « les femmes et les filles sont les plus touchées par ces vulnérabilités, subissant de manière disproportionnée les conséquences de l’insécurité et de la crise humanitaire ».

Parmi les 6,4 millions d’individus nécessitant une assistance humanitaire, plus de la moitié sont des femmes et des filles. Un grand nombre d’entre elles résident dans des zones où l’accès aux services de protection et de santé est extrêmement limité, d’après l’agence.

Actuellement, moins d’un quart des structures sanitaires situées dans les régions sinistrées proposent des services complets de santé sexuelle et reproductive ou un soutien aux victimes de violences sexistes. À l’échelle nationale, près de la moitié des services spécialisés dans ce domaine demeurent inopérants. Les régions les plus affectées sont Gao (76 %), Ménaka (77 %), Mopti (56 %) et Tombouctou (80 %).

Sur le terrain, les équipes de l’UNFPA intensifient leurs efforts humanitaires, en apportant leur soutien à 86 centres de santé, six espaces sécurisés dédiés aux femmes et aux filles, et sept centres de services intégrés dans les zones les plus touchées du centre et du nord du pays (Ségou, Mopti, Gao, Tombouctou, Ménaka).

Un financement « colossallement » insuffisant

Rien qu’en mai, les unités sanitaires mobiles ont prodigué des services de santé sexuelle et reproductive et de lutte contre les violences liées au genre à près de 3 000 personnes dans les camps de déplacés, dont 80 % étaient des femmes et des jeunes filles.

Des sages-femmes ont assuré des consultations prénatales, postnatales et des accouchements, tandis que des kits de dignité et des fournitures de santé reproductive ont été distribués dans les régions touchées par les inondations et les conflits.

À travers le Mali, près de 900 000 femmes et filles sont ciblées pour bénéficier de programmes de santé reproductive ou de lutte contre les violences sexuelles.

Cependant, la réponse humanitaire est gravement sous-financée. Sur l’appel de fonds de 16,5 millions de dollars américains lancé cette année, l’UNFPA n’a reçu que 2,9 millions. Les équipes de l’agence sont donc confrontées à un « déficit colossal de 13,5 millions de dollars » pour venir en aide à des milliers de femmes et de filles en détresse.

Sans un « financement additionnel et urgent », l’ampleur et la pérennité des initiatives de prévention des violences sexuelles et des services de santé reproductive sont sérieusement compromises au Mali.