Massacres islamistes au Burkina Faso : les civils pris pour cible
Dans le nord du Burkina Faso, deux groupes armés islamistes ont perpétré trois attaques distinctes depuis mai 2025, faisant plusieurs dizaines de victimes civiles. Ces exactions, qui violent le droit international humanitaire, pourraient constituer des crimes de guerre selon les observateurs.
Des attaques ciblées contre les populations civiles
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, a mené deux attaques meurtrières dans les régions du Sahel et du Nord. À Djibo, le 11 mai, au moins 40 civils ont été tués, dont plusieurs membres de la famille Tamboura, accusés de soutenir les forces de sécurité. Les témoignages recueillis par des observateurs décrivent des exécutions sommaires, des incendies de boutiques et des pillages. Une habitante a confié : « Nous nous sommes cachés dans la maison en pleurant et en priant. »
Le 3 août, une autre attaque à Youba a fait 14 victimes, dont une femme et quatre enfants. Les combattants du GSIM ont ciblé les hommes du village, punissant la communauté pour avoir cultivé des cultures jugées « trop hautes ». Une femme de 64 ans a rapporté les menaces proférées par les assaillants : « Femmes de Youba, nous allons tuer tous vos maris. »
L’État islamique au Sahel (EIS) a également frappé, attaquant le 28 juillet un convoi humanitaire près de Gorom Gorom. Neuf civils ont péri, malgré l’absence d’armes dans le convoi. Un survivant a raconté : « J’ai entendu de nombreux coups de feu et des cris. J’ai sauté du camion et me suis accroupi, les mains sur la tête. »
Un conflit aux conséquences dramatiques
Depuis 2016, les groupes armés islamistes multiplient les attaques au Burkina Faso, forçant des dizaines de milliers de civils à fuir leurs foyers. Les forces de sécurité burkinabè, quant à elles, sont accusées de cibler de plus en plus les populations locales lors de leurs opérations de contre-insurrection. Un forgeron de 46 ans a témoigné : « L’armée a instauré un climat de terreur. Elle divise la communauté en dressant ses membres les uns contre les autres. »
Les autorités sont appelées à garantir la protection des civils, à enquêter sur les abus commis par toutes les parties, y compris l’armée et les milices alliées, et à juger les responsables. Human Rights Watch a souligné que « les groupes armés islamistes au Burkina Faso sont responsables d’atrocités répétées contre les civils depuis 2016 ».
Des réponses contradictoires et des enquêtes insuffisantes
Le GSIM a nié toute responsabilité dans les attaques, affirmant ne « jamais prendre pour cible des civils ». Pourtant, les témoignages et les preuves recueillies contredisent cette version. Les autorités burkinabè, de leur côté, n’ont pas réagi aux demandes d’enquête formulées par les observateurs.
Le Pôle judiciaire spécialisé de Ouagadougou, créé en 2017 pour lutter contre le terrorisme, manque cruellement de moyens. Les enquêtes progressent lentement, et les poursuites contre les membres des forces de sécurité impliqués dans des violations des droits humains restent rares. L’Union africaine, par la voix de son envoyé spécial pour le Sahel, Évariste Ndayishimiye, pourrait jouer un rôle clé dans la pression exercée sur le gouvernement burkinabè pour qu’il agisse.
Les observateurs rappellent que toutes les parties au conflit doivent respecter le droit international humanitaire. Les attaques contre les civils, les exécutions sommaires et le pillage sont interdits. Les convois humanitaires, même escortés par des militaires, ne peuvent être considérés comme des objectifs légitimes.
Témoignages glaçants et appels à l’action
Les récits des survivants sont accablants. À Djibo, un homme de 56 ans a décrit la scène : « Nous avons trouvé les corps, y compris ceux d’hommes très âgés, à l’intérieur ou à l’extérieur de leurs maisons. Beaucoup ont été abattus d’une balle dans la tête. » À Youba, une femme de 36 ans a raconté : « Les combattants ont pillé une station-service et incendié au moins 10 boutiques au marché. »
Face à l’urgence, les défenseurs des droits humains exhortent la communauté internationale à soutenir les enquêtes et à garantir la protection des civils. Ils rappellent que « l’envoyé spécial de l’UA devrait faire pression sur le gouvernement du Burkina Faso pour qu’il mène des enquêtes et traduise en justice de manière appropriée tous les responsables d’abus graves ».
Les noms des témoins cités dans cet article ont été modifiés pour garantir leur sécurité.