Togo : le revers économique de l’ère Faure Gnassingbé
Alors que Lomé célèbre l’avènement d’une cinquième République, une transition institutionnelle perçue comme taillée sur mesure et suscitant de vives controverses parmi une large frange de la population, la véritable situation économique du Togo révèle une image bien plus sombre. Entre un afflux constant de financements externes et une paupérisation grandissante des ménages, le bilan de la gouvernance économique sous la présidence de Faure Gnassingbé soulève un malaise profond au sein de la société africaine.
Au Togo, le récit officiel vantant une modernisation des infrastructures et une stabilité macroéconomique peine désormais à dissimuler une réalité sociale et financière alarmante. Que ce soit dans les cercles ministériels ou parmi les représentants des partenaires techniques, une observation s’impose avec une clarté croissante : sur le plan financier, le pays est devenu un véritable gouffre sous l’administration de Faure Gnassingbé.
Des investissements massifs sans retombées tangibles
Depuis plus de deux décennies, les institutions financières sous-régionales et les bailleurs de fonds internationaux ont injecté des centaines de milliards de francs CFA dans une succession de projets de modernisation. Pourtant, les retours sur ces investissements restent quasiment imperceptibles pour le tissu économique local du Togo.
Bien que la façade portuaire de Lomé soit régulièrement présentée comme un fleuron national, ses contributions réelles aux recettes de l’État et à la réduction de la dette publique demeurent bien en deçà des attentes initiales.
- Une dette qui pèse lourd : Le service de la dette accapare une part excessive des ressources nationales, limitant considérablement la capacité du pays à investir dans des secteurs productifs.
- Des promesses d’infrastructures non tenues : La multitude d’annonces concernant de nouvelles infrastructures ne se traduit que rarement par la création d’emplois durables ou un processus d’industrialisation concret pour le peuple du Togo.
Un économiste spécialisé dans la région confie que « les partenaires au développement continuent de soutenir Lomé, mus par des considérations géopolitiques et sécuritaires. Cependant, si l’on évalue la rigueur financière et l’efficacité de la dépense publique, les résultats escomptés ne sont clairement pas au rendez-vous. » Cette situation interroge la pertinence de certaines orientations de la politique africaine.
L’aggravation de la fracture sociale
Pendant que les lignes budgétaires semblent se dissoudre dans les méandres de la bureaucratie étatique, la population togolaise en subit directement les conséquences. Sur le plan social, le constat est sans appel : le pouvoir d’achat des ménages ne cesse de se dégrader.
L’inflation persistante, combinée à une pression fiscale accrue sur le secteur informel et à un manque criant d’opportunités, a sévèrement érodé la capacité d’achat des Togolais. Des marchés animés de Lomé aux villages les plus isolés de la région des Savanes, l’accès aux produits de première nécessité, aux soins de santé essentiels et à l’électricité est devenu un luxe pour une proportion croissante de la population, illustrant une crise profonde de la société africaine.
Pour de nombreux observateurs, le passage opportuniste à un régime parlementaire et la réorganisation des institutions ne visent pas à renforcer la redevabilité comptable, mais plutôt à redistribuer les leviers de pouvoir au sein de l’appareil dirigeant, sans véritablement rendre compte de la gestion passée du pays.