Partenariat franco-marocain face aux nouvelles règles industrielles de l’ue
Une refonte européenne qui bouscule les alliances traditionnelles
À l’heure où l’Union européenne (UE) repense sa compétitivité industrielle, la France pousse pour une approche plus protectionniste. L’objectif ? Éviter que la production européenne ne repose uniquement sur des importations massives en provenance de pays tiers. Le gouvernement français, via son ministre délégué aux Entreprises, défend une préférence européenne ciblée dans les secteurs clés : technologies propres, industries à forte intensité énergétique, véhicules électriques, mais aussi construction navale, matériel ferroviaire et chimie. Une stratégie qui interroge directement les partenariats industriels déjà solides avec le Maroc, pays non membre de l’UE mais profondément intégré à la chaîne de valeur française.
Le Maroc, un partenaire industriel incontournable pour la France
Depuis deux décennies, la France et le Maroc ont tissé des liens industriels indissociables. Les usines Renault à Tanger et Stellantis à Kénitra ne sont plus de simples sites de production : elles fonctionnent comme des extensions des chaînes logistiques européennes. Les équipementiers marocains fournissent des composants directement aux usines françaises, tandis que l’aéronautique voit des acteurs comme Safran, Daher ou Latécoère intégrer progressivement le Maroc à leurs propres réseaux de production. Cette coopération dépasse désormais les simples activités de sous-traitance pour s’étendre aux secteurs stratégiques : batteries pour véhicules électriques, hydrogène vert, matériaux critiques et infrastructures portuaires.
«Avec plus de deux décennies de co-industrialisation, le Maroc est devenu un maillon essentiel de la compétitivité industrielle française en Europe.»
Faut-il étendre la préférence européenne au Maroc ?
La France ne souhaite pas fermer l’Europe sur elle-même, mais elle veut éviter que la préférence européenne ne devienne un concept vide de sens. L’enjeu ? Distinguer les partenaires qui contribuent activement à la compétitivité et à la sécurité des approvisionnements européens de ceux qui restent de simples fournisseurs extérieurs, voire des acteurs menaçant la souveraineté industrielle du continent. Or, le Maroc, par son intégration profonde dans les chaînes de valeur françaises, apparaît comme un candidat naturel à cette reconnaissance.
Cette vision pourrait-elle faire consensus au sein de l’UE ? Tout dépendra de la position allemande. Longtemps réticente à l’idée d’une préférence industrielle européenne, l’Allemagne, confrontée à une crise industrielle sans précédent et à une montée des pressions protectionnistes internes, semble désormais prête à envisager une ouverture sélective. Une position qui pourrait rapprocher Berlin et Paris sur ce dossier.
Un enjeu parlementaire décisif
Au Parlement européen, les rapporteurs français joueront un rôle clé dans la finalisation du règlement sur l’accélération industrielle. Leur mission : s’assurer que les nouvelles règles ne fragilisent pas les liens industriels franco-marocains, qui sont au cœur de la stratégie française. Alors que l’UE trace les contours de sa future politique industrielle, le Maroc pourrait bien devenir l’exemple concret d’une coopération gagnant-gagnant entre l’Europe et ses partenaires stratégiques.