Des nominations militaires qui suscitent l’interrogation
Par un décret du 3 août, plusieurs officiers généraux ont été promus à des postes stratégiques au sein de la hiérarchie militaire camerounaise. Parmi ces changements majeurs, le général Raymond Jean Charles Beko’o Abondo a été désigné à la tête de la garde présidentielle, une première notable puisque cette unité était traditionnellement dirigée par un officier supérieur. Ces ajustements interviennent dans un contexte où le président Paul Biya est éloigné du Cameroun depuis près de soixante jours. Pour Jean-Bruno Tagne, le calendrier de ces nominations est particulièrement troublant. Il affirme que « bien qu’aucune explication officielle n’ait été fournie, beaucoup interprètent ces nominations comme des manœuvres en vue d’une éventuelle transition pour le remplacement de Paul Biya à la tête du Cameroun ». Le journaliste suggère que ces remaniements pourraient traduire une volonté de consolider le dispositif sécuritaire entourant le pouvoir avant une potentielle transition. « Beaucoup estiment qu’il s’agit d’un verrouillage sécuritaire mis en place en prévision de la nomination du vice-président, un poste prévu par la Constitution récemment amendée », analyse-t-il, s’inscrivant dans l’actualité africaine citoyenne.
Le poste de vice-président au centre des débats
La récente réforme constitutionnelle a institué la fonction de vice-président, dont le rôle est d’assurer la succession du chef de l’État en cas de vacance et de terminer son mandat. Cette perspective est source de vives critiques au Cameroun, comme le souligne Jean-Bruno Tagne. Selon lui, l’arrivée d’un président qui n’aurait pas été directement élu par les Camerounais pourrait potentiellement exacerber les tensions au sein du peuple Afrique. « C’est une fonction capitale, qui ferait qu’aujourd’hui les Camerounais se retrouveraient, le cas échéant, avec un président qui les gouvernerait sans avoir été élu ». Dans ce contexte délicat de politique africaine, le journaliste estime que le pouvoir pourrait chercher à renforcer son dispositif sécuritaire avant la désignation de cette figure clé. « Peut-être, conscient de cette réalité, du fait que les Camerounais n’ont pas toujours été en accord avec ce poste de vice-président, c’est pourquoi on tente d’organiser ce verrouillage sécuritaire avant sa nomination ».
Deux mois d’absence alimentent les rumeurs
Paul Biya, âgé de 93 ans, a quitté le Cameroun le 7 juin pour ce que la présidence avait qualifié de « court séjour privé en Europe ». Depuis lors, aucune information précise n’a été rendue publique concernant son lieu de séjour ou son emploi du temps. Cette discrétion nourrit inévitablement les interrogations, comme l’explique Jean-Bruno Tagne. « Cette fois, cette absence soulève de nombreuses questions. À 93 ans, beaucoup se demandent s’il est en bonne santé, où il se trouve, et même s’il est toujours en vie ». Le gouvernement camerounais, de son côté, maintient qu’il n’y a aucune dégradation de l’état de santé du président et assure son prochain retour au pays.
Jean-Bruno Tagne : « Ma conviction est que le président Biya ne se porte pas très bien »
Interrogé sur sa propre analyse de la situation, Jean-Bruno Tagne partage une hypothèse qu’il présente comme une conviction personnelle. « Ma conviction est que le président Biya ne se porte pas très bien. Il est dit qu’il aurait subi une opération chirurgicale et qu’il est en pleine rééducation. Telle est ma conviction ». Il insiste cependant sur le flou institutionnel qui entoure les absences prolongées du chef de l’État. Selon lui, aucune disposition légale ne fixe de durée maximale pour le séjour du président camerounais à l’étranger. « Le président de la République pourrait rester six mois à l’étranger sans qu’aucun problème ne se pose. Il n’existe aucune disposition légale qui fixe un délai au-delà duquel il ne pourrait pas séjourner hors du pays ». Pour le journaliste, cette situation met en lumière les lacunes du système institutionnel camerounais. « C’est une réalité regrettable pour le Cameroun, rendant difficile pour les Camerounais d’avoir une certitude quant à la situation exacte du président de la République ». Alors que l’absence de Paul Biya se prolonge et que des changements importants interviennent au sein de l’appareil sécuritaire, les interrogations sur la succession à la tête du Cameroun devraient continuer d’animer le débat politique et les voix des peuples africains.
- vice-président
- Cameroun
- présidence
- Paul Biya
- santé
- actualité politique Cameroun