Alors que la croissance béninoise a atteint 8,1 % en 2025, les regards se tournent désormais vers les retombées des nouveaux outils de financement durable. Obligations ODD, finance verte, taxonomie climatique, finance mixte : ces mécanismes, déjà testés, suscitent des réactions contrastées et dessinent les perspectives d’une transformation économique qui doit encore se déployer à grande échelle.
Le Bénin a enclenché un virage stratégique dans le financement de son développement. Avec des besoins estimés à environ 2,43 milliards de dollars par an jusqu’en 2030 pour accélérer sa transformation structurelle, le pays ne peut plus compter uniquement sur les fonds publics. Routes, énergie, usines, entreprises agricoles, services numériques, infrastructures d’eau : les chantiers sont nombreux et exigent des capitaux importants, sur plusieurs années.
Les ressources publiques demeurent essentielles, mais elles ne suffiront pas. Les banques, les investisseurs privés, les marchés financiers et les partenaires au développement sont appelés à jouer un rôle croissant. La question centrale devient donc : comment orienter ces différentes ressources vers les projets qui comptent réellement pour l’économie béninoise ?
Des instruments déjà éprouvés, des résultats à confirmer
Le premier signal fort remonte à 2021. Le Bénin a réalisé une émission de 500 millions d’euros d’obligations ODD, devenant ainsi, en juillet 2021, le premier État africain à lancer un Eurobond dédié aux Objectifs de Développement Durable. Les fonds levés étaient exclusivement destinés à des dépenses contribuant à ces objectifs.
En juin 2023, le pays a poursuivi cette dynamique avec une mobilisation de 350 millions d’euros auprès de Deutsche Bank, toujours pour des dépenses à forte sensibilité aux ODD. Ces opérations démontrent qu’il est possible de relier directement une partie des financements de marché à des objectifs de développement précis.
L’approche s’est ensuite élargie au financement vert. En septembre 2025, le gouvernement a lancé son Cadre de Financement Vert, qui permet d’identifier les projets éligibles. Énergies renouvelables, transports propres, gestion de l’eau, biodiversité, efficacité énergétique et adaptation au changement climatique figurent parmi les secteurs concernés.
Un autre chantier structurant concerne la taxonomie climatique. Derrière ce terme technique se cache une idée simple : définir des critères pour déterminer quelles activités économiques peuvent être considérées comme favorables à la transition climatique. Le FMI indique que le Bénin a finalisé la structure, la méthode et les règles de gouvernance de cette taxonomie. Des critères ont déjà été définis pour plusieurs secteurs, dont l’énergie, l’agriculture, les déchets et les forêts. Deux arrêtés ont officialisé ce travail en janvier 2026.
Ces différents chantiers montrent que le financement durable n’est plus une idée nouvelle pour le Bénin. Le pays dispose désormais de plusieurs expériences sur lesquelles s’appuyer pour passer à l’étape suivante.
La finance mixte pour attirer les capitaux privés
Les besoins sont tels que les ressources publiques ne peuvent pas tout couvrir. Attirer un investisseur privé n’est cependant pas toujours simple : certains projets, utiles pour la population et l’économie, présentent des risques élevés ou nécessitent plusieurs années avant d’être rentables.
C’est là que la finance mixte entre en jeu. Son principe : associer des ressources publiques ou apportées par des partenaires au développement à des capitaux privés. Ces premières ressources peuvent réduire certains risques et rendre un projet plus attractif pour les investisseurs.
Le Bénin travaille déjà dans cette direction. La Banque africaine de développement, les Climate Investment Funds et Canada Climate Action accompagnent la mise en place du Benin Green Investments Vehicle. Ce mécanisme doit contribuer à mobiliser des financements pour le secteur privé et soutenir les investissements liés à la transition verte.
D’autres actions vont dans le même sens. Avec l’appui de la Banque mondiale, du Global Green Growth Institute et de la BOAD, le Bénin travaille sur une plateforme destinée à faciliter l’accès des banques et des institutions de microfinance aux financements climatiques. L’objectif est notamment de favoriser les investissements de long terme des petites et moyennes entreprises.
Cette question est essentielle. Une entreprise qui veut installer des équipements solaires, réduire sa consommation d’énergie ou adapter ses activités aux effets du climat doit pouvoir accéder à des ressources adaptées. La finance durable ne doit donc pas rester limitée aux grandes opérations réalisées sur les marchés internationaux. Elle doit aussi atteindre les entreprises qui produisent, investissent et créent des emplois au Bénin.
La finance climatique, un levier de développement à part entière
Le changement climatique ajoute une dimension supplémentaire aux besoins de financement. Le Bénin doit continuer à investir dans son économie tout en protégeant ses infrastructures, son agriculture, ses ressources en eau et ses activités contre les risques climatiques.
Le gouvernement a engagé plusieurs actions dans ce domaine. En juillet 2024, il a organisé à Cotonou, avec la Banque mondiale et le FMI, une table ronde consacrée au financement climatique. Cette démarche a ensuite conduit à un cadre de coopération réunissant notamment le gouvernement, la Banque mondiale, la BAD, la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures et le Fonds OPEP.
L’objectif est de mieux coordonner les réformes et de mobiliser davantage de financements publics et privés pour les priorités climatiques du pays. Parmi les outils envisagés figurent les obligations vertes, la finance mixte et les mécanismes de l’Article 6 de l’Accord de Paris. Le Fonds OPEP a notamment annoncé un engagement de 30 millions d’euros dans ce cadre.
Le financement climatique concerne des secteurs très concrets : développement des énergies renouvelables, renforcement de la gestion de l’eau, amélioration de la résilience de l’agriculture ou encore accompagnement des entreprises qui souhaitent réduire leur consommation d’énergie.
Le gouvernement a également avancé sur la gestion des risques climatiques dans l’agriculture. Selon le FMI, un dispositif national d’assurance agricole a été établi après une phase pilote qui avait bénéficié à plus de 100 000 producteurs de riz, de coton et d’élevage. Le dispositif doit progressivement être étendu à d’autres productions et à environ 200 000 agriculteurs. Ces exemples montrent que la finance climatique peut aller bien au-delà des grands projets d’infrastructures. Elle peut aussi contribuer à protéger les revenus, soutenir les entreprises et réduire les risques auxquels sont confrontés les producteurs.
Quelles perspectives pour la suite ?
Le Bénin dispose donc aujourd’hui de plusieurs outils. Les obligations ODD permettent de relier les financements aux objectifs de développement. Le financement vert aide à orienter les ressources vers des projets environnementaux. La taxonomie climatique donne des repères aux investisseurs. La finance mixte cherche à attirer davantage de capitaux privés. Les mécanismes de financement climatique peuvent, quant à eux, aider à répondre aux risques liés au changement climatique.
La prochaine étape consistera à mieux faire fonctionner ces outils ensemble et surtout à les utiliser pour financer davantage de projets. C’est là que se situe une partie importante du débat. Le sujet n’est plus seulement de trouver des fonds. Il faut aussi savoir quel financement convient à chaque projet, comment partager les risques et comment s’assurer que les ressources mobilisées produisent les résultats attendus.
Le Bénin a déjà engagé cette évolution. La prochaine étape sera celle du passage à une plus grande échelle. Faire en sorte que les nouveaux outils de finance durable ne restent pas limités à quelques opérations, mais qu’ils contribuent davantage au financement des entreprises, des infrastructures, de l’emploi et de la transition écologique.
La croissance crée une dynamique. La manière dont le pays mobilisera et orientera les capitaux dans les prochaines années contribuera à déterminer la capacité de cette croissance à produire davantage de valeur, à réduire l’extrême pauvreté, qui figure parmi les priorités du Gouvernement, et à accélérer le développement durable.
Tayon Ulrich LAVINON
Agroéconomiste et consultant en développement durable, communication pour le développement, gestion des connaissances et partenariats.