Fonds politiques au Sénégal : l’héritage controversé de plusieurs Premiers ministres
Les fonds politiques au Sénégal : une pratique ancienne révélée par Ousmane Sonko

Le Premier ministre Ousmane Sonko a levé le voile sur l’existence d’un fonds politique de 1,77 milliard de francs CFA à la Primature, un système financier longtemps maintenu dans l’ombre. Cette révélation a mis en lumière une pratique ancienne, régulièrement dénoncée pour son manque de transparence.
Une tradition politique bien ancrée au Sénégal
Depuis plusieurs mois, le débat sur les « fonds politiques » agite la vie publique sénégalaise. Bien que cette enveloppe financière discrétionnaire attribuée au chef du gouvernement ait été présentée comme une nouveauté par certains, elle n’en est pas moins une pratique ancienne. En effet, les Premiers ministres sénégalais en bénéficiaient bien avant l’arrivée d’Ousmane Sonko à la tête de l’exécutif.
Ces fonds, gérés avec une grande latitude par la présidence, représentaient une ressource financière significative pour le Premier ministre. Le montant annuel oscillait autour de 1,7 milliard de francs CFA, contre environ 11 milliards pour le président de la République. Ce système, marqué par une opacité persistante, a fonctionné pendant des années sans véritable contrôle public, jusqu’à ce que Sonko décide de le rendre public.
Mai 2026 : un tournant dans la gestion des fonds politiques
Lors d’une séance de questions d’actualité à l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko a surpris l’assistance en reconnaissant détenir un fonds politique de 1,77 milliard de francs CFA à la Primature. Une déclaration qui contraste avec ses précédentes dénégations et qui marque un revirement important. Plutôt que de proposer l’abolition de ce dispositif, il en a défendu l’utilité pour certaines missions sensibles de l’État, tout en plaidant pour un encadrement strict de son utilisation. Il s’est inspiré de modèles occidentaux où le chef du gouvernement gère ces fonds sous la supervision d’une commission indépendante.
Cette prise de position n’était pas spontanée. Le parti PASTEF dénonçait depuis 2014 l’absence de contrôle sur ces fonds, et leur réforme figurait déjà dans son programme en 2019. Le Premier ministre a ainsi transformé une polémique en opportunité pour plaider en faveur de plus de transparence.
Un désaccord politique aux conséquences majeures
L’affrontement public entre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye sur la gestion de ces fonds a fini par avoir des répercussions politiques directes. En exposant cette divergence devant les députés, Sonko a placé le chef de l’État face à un dilemme : accepter une autonomie relative pour la Primature ou réaffirmer son autorité hiérarchique. Le président a finalement tranché en destituant son Premier ministre, mettant fin à l’alliance née de la transition politique de 2024.
Les tensions se sont encore intensifiées fin juillet 2026, lorsque le ministre du Pétrole et de l’Énergie, Abdourahmane Diouf, a révélé que Sonko aurait demandé une rallonge budgétaire après avoir épuisé son enveloppe annuelle. Une information qui a alimenté la controverse, sans qu’il soit possible de confirmer si cette demande avait été acceptée. Des organisations de la société civile, comme l’ONG 3D dirigée par Moundiaye Cissé, exigent désormais la publication des rapports d’utilisation de ces fonds pour la Primature et l’Assemblée nationale sur les deux dernières années.