Une rentrée scolaire sous le signe de l’échec : 2 400 écoles fermées au Mali
Ce 1er octobre 2026 sonne le début de la rentrée scolaire au Mali, mais cette année, le slogan officiel de « Année de l’éducation et de la culture » résonne comme une ironie cruelle. Derrière les discours solennels, une réalité accablante s’impose : plus de 2 400 établissements scolaires, soit un sur cinq dans le pays, resteront désespérément fermés. Résultat ? Plus de 730 000 enfants sont privés d’instruction, sacrifiés sur l’autel d’un conflit qui dépasse désormais les simples combats pour le pouvoir. Cette faillite éducative n’est pas une conséquence anodine, mais le symptôme d’un État en décomposition, incapable de protéger ses citoyens les plus vulnérables.
Des écoles transformées en cibles : la stratégie de la terreur
L’effondrement du système éducatif malien ne doit rien au hasard. Les infrastructures scolaires, autrefois symboles de progrès et de savoir, sont aujourd’hui des proies faciles pour les groupes armés qui étendent leur emprise sur le territoire. Pillés, incendiés ou réquisitionnés pour abriter des déplacés, ces bâtiments autrefois dédiés à l’apprentissage deviennent des outils de propagande pour des idéologies obscurantistes. Dans certaines zones, comme Kidal, 84 % des écoles sont fermées, tandis que dans d’autres, comme Ménaka, plus de la moitié des établissements sont jugés « non fonctionnels ». Cette désertification scolaire touche aussi des régions autrefois stables, comme Mopti ou Ségou, où la présence de groupes comme le GSIM ou l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) impose désormais un contrôle de fait.
Le Nord et le Centre, zones de non-droit éducatif
Au nord, dans les régions de Kidal, Ménaka et Taoudénit, l’État malien n’exerce plus qu’une souveraineté de façade, limitée aux chefs-lieux fortifiés. Les groupes jihadistes y imposent leur loi, transformant les écoles en refuges ou en cibles, selon leur bon vouloir. À Ménaka, l’EIGS prélève des taxes religieuses et impose sa vision rigoriste de l’islam, tandis que le GSIM, affilié à Al-Qaïda, étend son influence jusqu’aux frontières de la Mauritanie et de l’Algérie. Dans le Centre, où Mopti et San sont des bastions de l’insurrection, les populations subissent des blocus réguliers. Les villes de Niono ou Djenné sont asphyxiées, et les enseignants qui tentent de maintenir les cours risquent leur vie.
Le Sud et l’Ouest, nouvelles frontières de l’insécurité
Jadis épargnées par l’insurrection, les régions de Koulikoro, Sikasso et Kayes voient aujourd’hui émerger des cellules dormantes du GSIM. Ces groupes multiplient les attaques contre les axes routiers et perturbent les approvisionnements, étouffant progressivement la capitale. Bamako, symbole de la résistance malienne, n’est plus à l’abri : des attaques spectaculaires, comme celles contre une école de gendarmerie ou l’aéroport militaire en septembre 2024, rappellent que le conflit a franchi un seuil critique.
Transition malienne : l’impasse d’une stratégie sécuritaire défaillante
Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, la junte militaire dirigée par le général Assimi Goïta a rompu avec ses partenaires traditionnels pour se rapprocher de la Russie et des mercenaires du groupe Africa Corps (ex-Wagner). Pourtant, loin de rétablir la sécurité, cette alliance a ouvert la porte à une escalade de la violence. Les promesses de reconquête militaire, comme la reprise de Kidal fin 2023, se sont heurtées à des défaites cuisantes, notamment à Tinzaouatène en été 2024. Ces revers ont précipité la mutation des groupes jihadistes, qui ont étendu leurs attaques bien au-delà des bastions traditionnels du Nord et du Centre.
Un État en lambeaux : la souveraineté malienne en question
La carte de l’encerclement est sans appel : dans le Grand Nord, l’État ne contrôle plus que des îlots de résistance dans les villes fortifiées. Les vastes étendues désertiques de Ménaka sont désormais sous la coupe de l’EIGS, tandis que le GSIM et d’autres groupes armés se disputent les axes frontaliers. Dans le Centre, la zone rurale échappe totalement à l’administration, et dans le Sud-Ouest, l’infiltration des cellules du GSIM menace de faire basculer des régions entières dans l’insécurité. Cette fragmentation territoriale n’est pas seulement militaire : elle est aussi économique et sociale, plongeant les populations dans une précarité croissante.
Une génération sacrifiée : l’éducation, victime collatérale de la guerre
Chaque école fermée ne représente pas seulement un bâtiment de moins, mais une génération de jeunes Maliens privés de leur droit fondamental à l’éducation. Les discours officiels sur la « refondation » du pays sonnent creux face à cette réalité : près de 730 000 enfants sont aujourd’hui privés d’école, abandonnés à leur sort dans un pays où la connaissance est devenue un luxe. Pour les groupes jihadistes, cette jeunesse désœuvrée et désespérée est une proie facile. Le recrutement dans leurs rangs s’intensifie, alimentant un cycle infernal de violence et de radicalisation.
L’illusion de l’« Année de l’éducation »
Alors que Bamako célèbre sa prétendue « Année de l’éducation », les familles maliennes subissent le poids d’un système éducatif en ruines. Les enfants qui devraient être assis dans les salles de classe errent dans les rues ou sont enrôlés de force, tandis que les enseignants, menacés de mort, abandonnent leurs postes. Les promesses politiques ne suffisent plus : il est temps de reconnaître que la véritable urgence n’est pas de brandir des slogans, mais de protéger les écoles, les élèves et les enseignants. Sans cela, c’est toute une nation qui risque de perdre son avenir.
Que peut-on faire pour inverser la tendance ?
Face à cette crise sans précédent, des solutions existent, mais elles nécessitent une mobilisation immédiate et conjointe. Voici les pistes à explorer pour éviter que le Mali ne sombre définitivement dans l’obscurité :
- Protéger les infrastructures scolaires : les écoles doivent être sécurisées en priorité, avec des patrouilles régulières des forces de défense et de sécurité, ainsi que des collaborations avec les communautés locales pour identifier les menaces.
- Former et protéger les enseignants : ces derniers sont des cibles privilégiées pour les groupes armés. Leur formation à la résistance non violente et leur protection physique doivent être des priorités absolues.
- Relancer les partenariats internationaux : alors que les alliances avec les acteurs étrangers ont été rompues, le Mali doit renouer des liens avec des organisations comme l’UNICEF ou l’UNESCO pour bénéficier d’un soutien logistique et financier dans la reconstruction du système éducatif.
- Impliquer les communautés locales : les chefs traditionnels, les imams modérés et les associations de parents d’élèves peuvent jouer un rôle clé dans la sensibilisation aux enjeux éducatifs et la pression sur les autorités pour agir.
- Lutter contre la précarité économique : la pauvreté est un terreau fertile pour le recrutement des groupes armés. Des programmes sociaux ciblés, comme des aides financières pour les familles ou des chantiers éducatifs, pourraient réduire la vulnérabilité des populations.
Conclusion : le Mali peut-il encore sauver sa jeunesse ?
La fermeture de 2 400 écoles au Mali n’est pas un simple incident conjoncturel, mais la preuve d’un État défaillant, incapable de garantir les droits les plus fondamentaux de ses citoyens. Cette génération sacrifiée, livrée à l’ignorance et à la violence, porte en elle les germes d’un Mali encore plus instable dans les décennies à venir. Si rien n’est fait pour inverser la tendance, le pays risque de devenir un terrain fertile pour les idéologies les plus sombres, où l’éducation ne sera plus qu’un lointain souvenir.
Le défi est immense, mais pas insurmontable. Il exige une prise de conscience urgente, une mobilisation sans précédent et une stratégie globale qui dépasse les clivages politiques et militaires. Le temps presse : chaque jour qui passe sans action est un jour de plus où des milliers d’enfants voient leur avenir voler en éclats.