Présence militaire russe en Libye : enjeux et conséquences régionales
Depuis plusieurs années, la Russie renforce son influence militaire en Afrique du Nord en développant une présence stratégique dans six bases aériennes en Libye. Ces installations, réparties sur l’ensemble du territoire, servent de plateformes logistiques pour le transfert d’armes, de mercenaires et de combattants vers les zones de conflit en Afrique.
Les bases de Al-Joufra, Al-Khadim, Al-Qardabiyah, Brak Al-Shati, Maaten al-Sarra et Tamenhant abritent désormais un arsenal varié : systèmes de défense aérienne, avions de combat comme les MiG-29, et drones. Leur activité croissante inclut également le déploiement de personnel militaire russe et de mercenaires, ainsi que des projets d’infrastructure soutenus par Moscou.
Une stratégie de déploiement progressive
Initialement, la Russie utilisait la Syrie comme hub logistique pour acheminer matériel et personnel vers l’Afrique. Cependant, après les bouleversements politiques en Syrie fin 2024, Moscou s’est tourné vers la Libye. Malgré des échecs initiaux pour obtenir un accès portuaire, la Russie a finalement consolidé sa position en s’avançant à l’intérieur du pays.
Parmi ces bases, Maaten al-Sarra, située près des frontières du Tchad et du Soudan, joue un rôle clé. Abandonnée depuis 2011, elle a été restaurée en décembre 2024 par des soldats syriens sous supervision russe. Cette position stratégique permet à la Russie d’approvisionner directement des pays comme le Burkina Faso, le Mali et le Soudan en armes et en équipements.
Selon l’analyste Andrew McGregor, cette présence offre à Moscou la possibilité d’expédier discrètement des armes vers le Soudan ou le Tchad, échappant ainsi à toute surveillance internationale. « Une base comme Maaten al-Sarra devient un levier géopolitique majeur pour la Russie en Afrique subsaharienne », souligne-t-il.
Obstacles à la stabilité et à la paix
La présence militaire russe en Libye complique davantage le fragile processus d’unification nationale. En soutenant des factions locales, Moscou freine les efforts d’expulsion des troupes étrangères et des mercenaires, ce qui retarde toute avancée vers un accord de paix durable. « La Russie agit comme un obstacle majeur à la réconciliation, en maintenant des alliances avec des groupes armés soutenus par des puissances étrangères », explique l’expert Ali Bin Musa.
Des bases aux rôles spécifiques
Al-Khadim, située à 100 km à l’est de Benghazi, sert de centre opérationnel pour des livraisons d’armes et des trafics de ressources. En 2023, des travaux d’expansion y ont été menés, incluant la construction de nouveaux hangars, d’un centre récréatif et probablement d’une tour de communication. En 2026, une caserne supplémentaire a été ajoutée. Les investigations d’All Eyes on Wagner ont révélé des liens entre cette base et des activités minières russes en République centrafricaine.
Al-Joufra, active depuis 2019, a subi des rénovations majeures : hangars modernisés, édifices supplémentaires et renforcement des infrastructures. Al-Qardabiyah, rattachée à l’aéroport international de Syrte, a vu ses pistes et ses défenses de périmètre améliorées en 2024, tandis qu’un nouveau hangar a été réparé en 2025.
Brak Al-Shati, dans le Sud-Ouest, a connu une augmentation de ses effectifs, passant de 300 à 450 soldats depuis décembre 2024. De nouveaux hangars et bâtiments de maintenance y ont été construits. Enfin, Tamenhant, utilisée par les mercenaires du groupe Wagner avant leur dissolution, a fait l’objet de projets d’expansion récents, avec des logements supplémentaires et des modifications de pistes.
Ces installations transforment la Libye en un carrefour militaire russe, avec des répercussions directes sur la sécurité régionale. Leur développement continu pose des défis majeurs pour les pays du Sahel et les efforts internationaux de stabilisation.