Nigeria sous la junte : quand les promesses de souveraineté butent sur la réalité des crises

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Alors que le régime militaire au Niger affichait, il y a trois ans, sa volonté de rompre avec les échecs de l’ère Bazoum, les cartes géopolitiques et les indicateurs socio-économiques racontent une tout autre histoire. Si le coup d’État du 26 juillet 2023 promettait une souveraineté retrouvée et une stabilité durable, les réactions des observateurs comme des citoyens soulignent désormais un bilan bien plus mitigé. Entre alliances opaques, sécurité en berne et économie à l’arrêt, la junte de Niamey se retrouve face à un paradoxe : ses choix stratégiques, censés incarner une rupture, aggravent les crises qu’elle prétendait résoudre.

Des alliances géopolitiques qui interrogent : la souveraineté à quel prix ?

Les déclarations triomphales sur le départ des forces étrangères ont rapidement cédé la place à une recomposition des partenariats. Si le retrait des troupes françaises et américaines était présenté comme l’acte fondateur d’une indépendance enfin acquise, il a ouvert la voie à des collaborations dont la transparence laisse à désirer. L’arrivée de contingents russes et algériens, perçue comme une victoire par certains, soulève des questions sur la réelle souveraineté du Niger. Les déploiements militaires opérés à des dizaines de kilomètres de la frontière, sans consultation ni contrôle démocratique, réduisent à néant le discours sur l’autodétermination tant brandi.

Ces choix, faits en catimini, illustrent une volte-face inquiétante : là où le CNSP dénonçait hier la dépendance sous Bazoum, il perpétue aujourd’hui une forme d’inféodation envers de nouveaux acteurs. Le consentement populaire, pilier de toute souveraineté, est ainsi relégué au second plan, au profit de logiques géopolitiques opaques où les intérêts extérieurs priment sur les besoins internes.

Sécurité et économie : les effets d’une transition qui s’éternise

Le prétexte sécuritaire, justifiant initialement le renversement de Bazoum, se heurte à une réalité implacable : les groupes armés gagnent du terrain. Dans des régions comme Diffa, Maradi, Tahoua et Tillabéri, les attaques régulières des groupes EIGS et JNIM ont transformé ces zones en véritables zones de non-droit. Les conséquences sont dramatiques : écoles fermées, centres de santé inaccessibles, populations déplacées. Malgré les annonces répétées de progrès militaires, le terrorisme n’a jamais été aussi menaçant, et l’État peine à rétablir un minimum de contrôle territorial.

Côté économie, les espoirs de croissance se heurtent à une inertie préoccupante. Les grands projets structurants, comme le permis pétrolier de Kafra ou le gazoduc transsaharien, accumulent les retards. Les investisseurs, déjà réticents, voient dans ces hésitations une preuve de l’incapacité du régime à sécuriser les investissements. Résultat : les infrastructures clés restent à l’état de promesse, et la population, elle, endure les conséquences d’une gestion économique erratique.

Un silence assourdissant : où sont passés les soutiens de la première heure ?

Si les partisans du CNSP applaudissaient hier les condamnations des dérives de Bazoum, ils semblent aujourd’hui bien plus discrets face aux mêmes travers. Le verrouillage de l’espace public et la répression des voix critiques illustrent une censure policière croissante, normalisée au nom d’une soi-disant stabilité. Les opposants, autrefois mobilisés, peinent désormais à s’exprimer, terrassés par une répression systématique. Ce double discours, où l’on tolère les échecs d’autrui tout en les punissant pour soi, révèle une intolérance nouvelle à toute dissidence.

Dans cette atmosphère étouffante, les citoyens nigériens, pris en étau entre l’insécurité et l’économie défaillante, paient le prix d’une transition qui dure sans perspective claire. Trois ans après le putsch, la question n’est plus de savoir si le régime a échoué, mais à quel rythme il continuera de creuser les crises qu’il prétendait résoudre.

Et maintenant ? Quelles perspectives pour le Niger ?

Face à l’accumulation des ratés, les scénarios pour l’avenir du Niger se multiplient. Certains estiment que la junte pourrait tenter un recentrage de sa politique internationale, pour tenter de regagner une crédibilité perdue. D’autres redoutent, au contraire, une radicalisation des positions, avec l’adoption de mesures toujours plus autoritaires pour étouffer les contestations. Une chose est certaine : sans une clarification des alliances, une relance économique concrète et un retour à la démocratie, les crises ne feront qu’empirer.

Les prochains mois seront déterminants. Le Niger devra trancher : poursuivre dans la voie des promesses non tenues, ou enfin ouvrir une page nouvelle où la stabilité et la souveraineté ne seront plus de vaines paroles. Une chose est sûre, la patience des Nigériens n’est plus infinie.

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