La RDC face au dilemme : Félix Tshisekedi et l’hypothèse d’un troisième mandat
Le suspense touche à sa fin en République Démocratique du Congo. La Cour constitutionnelle a récemment statué sur la conformité à la Constitution de la loi relative à l’organisation d’un référendum en RDC. Cette décision majeure alimente un débat profond au sein de la classe politique congolaise, soulevant des questions cruciales sur l’avenir institutionnel du pays.
Cette validation juridique ouvre la voie à une éventuelle réforme constitutionnelle, une perspective qui divise. L’opposition y voit un moyen pour le chef de l’État actuel de se maintenir au pouvoir au-delà des limites constitutionnelles. En revanche, le camp présidentiel rejette fermement cette interprétation, affirmant que la réforme vise uniquement à optimiser le fonctionnement des institutions de la RDC. Cette situation met en lumière les tensions inhérentes à la politique africaine actuelle, où les questions de gouvernance et de succession sont primordiales.
Félix Tshisekedi, âgé de 63 ans, est à la tête de la RDC depuis 2019 et son second mandat s’achèvera fin 2028. La Constitution congolaise actuelle est claire : elle interdit toute révision concernant le nombre et la durée des mandats présidentiels. Cependant, lors d’une rare conférence de presse tenue en mai, le président Tshisekedi a déclaré n’avoir « pas sollicité de troisième mandat », tout en précisant que si le peuple congolais exprimait ce souhait, il l’« accepterait ».
L’opposition mobilisée contre un troisième mandat
Avec l’approbation de la loi référendaire par l’Assemblée nationale et sa validation par le Sénat, le président Félix Tshisekedi dispose désormais d’une latitude accrue pour sa promulgation. Cette avancée suscite une vive opposition. Les partis d’opposition craignent que la promulgation de cette loi ne soit la première étape vers une révision constitutionnelle permettant à Félix Tshisekedi de « remettre les compteurs à zéro » et de briguer un troisième mandat. Cette hypothèse est jugée inacceptable par l’opposition, qui se mobilise activement depuis plusieurs semaines pour contrecarrer toute tentative de modification constitutionnelle. Bien que le gouvernement congolais n’ait pas fourni d’éléments justifiant directement la méfiance de l’opposition, les déclarations passées du président sur sa disponibilité à un troisième mandat si le peuple le demandait renforcent ces inquiétudes. C’est une illustration de l’actualité africaine citoyenne, où les voix des peuples africains s’élèvent pour défendre les principes démocratiques.
L’Église catholique, un acteur majeur, s’exprime
L’Église catholique, institution très influente en RDC, a également pris position contre toute révision constitutionnelle. La Conférence épiscopale du Congo (Cenco), qui regroupe les évêques de toutes les provinces, a émis une sentence sans appel : elle ne voit « ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité de modifier la Constitution ». Ce désaveu est significatif, d’autant plus que cette modification pourrait ouvrir la voie à un troisième mandat pour le président. Les prélats catholiques font preuve de constance, rappelant les nombreuses manifestations qu’ils ont inspirées en 2018. Ces mobilisations visaient alors à dissuader le président sortant Joseph Kabila de se représenter après son deuxième et dernier mandat constitutionnel. Face à la pression populaire et aux condamnations internationales, Joseph Kabila avait finalement renoncé, non sans regrets. Cette position de la société africaine religieuse est un poids considérable dans le débat politique.
Un dialogue politique aux contours incertains
Le débat autour de la Constitution pourrait être l’une des thématiques abordées lors d’un dialogue politique envisagé pour les prochaines semaines, bien que de nombreux aspects de ce dialogue restent à définir. La question de son inclusivité, notamment la participation de tous les acteurs de la crise congolaise, y compris l’ancien président Kabila, demeure ouverte.
Des divergences de vues apparaissent quant aux sujets à traiter. Le gouvernement privilégie la cohésion nationale face à l’agression rwandaise, tandis que l’opposition concentre ses efforts sur la protection de la Constitution. Le chef de l’État a exprimé sa volonté d’aborder « toutes les questions d’intérêt national », laissant entendre que le débat constitutionnel ne serait pas un tabou. Toutefois, il est essentiel d’éviter les écueils habituels de ce type d’exercice, souvent perçu comme un moyen pour les pouvoirs en place d’affaiblir les oppositions en proposant des partages de pouvoir éphémères.