Ce que le rapport d’Amnesty sur le M23 dévoile vraiment des coulisses minières à Rubaya

Derrière les chiffres et les dénonciations publiques, un mécanisme bien rodé se dessine dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Le rapport publié lundi par Amnesty International sur les exactions du M23 dans les zones minières ne se contente pas de pointer des violences : il met au jour l’engrenage d’une économie de guerre où le contrôle des minerais sert de levier à une domination territoriale et à des abus systématiques.
Un territoire, des minerais et une mainmise qui remonte à 2021
Depuis sa résurgence en 2021, le M23, groupe armé antigouvernemental soutenu par Kigali, a étendu son emprise sur de vastes portions de l’est de la RDC, région riche en ressources naturelles. Parmi les territoires tombés sous son contrôle figure la cité minière de Rubaya, un site stratégique qui assure à lui seul 15% de la production mondiale de coltan, minerai indispensable à l’industrie électronique.
Cette position n’est pas anodine. Selon des experts de l’ONU, le groupe armé a instauré à Rubaya une taxe prélevée sur la production et le commerce des minerais. Une pratique que le M23 a toujours niée, mais qui dessine les contours d’un système de prédation économique bien organisé.
Ce que le rapport révèle : un éventail d’abus documentés
Dans son rapport, Amnesty International affirme que des combattants du M23 se sont livrés à des « exécutions sommaires », des actes de « torture et autres mauvais traitements », des « détentions arbitraires », du « travail forcé » et du « recrutement forcé » sur des sites miniers placés sous leur contrôle.
L’organisation dit avoir recueilli des informations sur l’exécution sommaire de 18 mineurs artisanaux à Rubaya, dans la province du Nord-Kivu, ainsi que dans la mine d’or artisanale de Lomera, située dans la province voisine du Sud-Kivu. Le détail des faits est glaçant : selon les témoins et les familles des victimes, dix de ces mineurs ont été frappés à mort, deux ont été tués par balle et six ont été enlevés avant d’être retrouvés sans vie.
Un quotidien de violences et de contraintes
Le rapport décrit aussi un régime de terreur ordinaire. Des mineurs ont expliqué à Amnesty International qu’ils étaient roués de coups s’ils demandaient des pauses, refusaient de remettre leur minerai ou enfreignaient les ordres, même de manière minime.
Plus de vingt mineurs de Rubaya auraient été détenus dans des cellules souterraines et « frappés trois fois par jour » par des combattants du M23, selon l’ONG. Autant d’éléments qui confirment que le contrôle des sites miniers ne repose pas seulement sur une logique économique, mais aussi sur un système de coercition méthodique.
Une économie de guerre qui alimente le cycle de la violence
Ce que ce rapport met en lumière, c’est le lien direct entre l’exploitation des minerais stratégiques et la perpétuation des violences. Les revenus tirés du coltan et de l’or ne servent pas uniquement à financer l’effort de guerre : ils installent un rapport de force où les populations locales, et en particulier les mineurs artisanaux, deviennent des rouages d’un système dont ils ne peuvent s’extraire.
À Rubaya comme à Lomera, la richesse du sous-sol attire, mais elle emprisonne aussi. Le M23, en verrouillant ces zones, transforme une ressource convoitée mondialement en instrument de contrôle et de répression, laissant les communautés minières aux prises avec des exactions documentées et un quotidien marqué par la peur.