Le Burkina Faso enregistre des progrès sans précédent dans la lutte contre le paludisme

Le Burkina Faso franchit une étape décisive dans son combat contre le paludisme, une maladie que la nation ambitionne d’éradiquer d’ici 2030. L’année 2025 a marqué une régression historique des cas et des décès liés à cette affection parasitaire. Le Dr Lucien Jean-Claude Kargougou, ministre de la Santé, a présenté ces résultats encourageants lors d’une conférence de presse tenue le vendredi 20 février 2026 à Ouagadougou.

Les données révèlent une diminution remarquable du nombre de cas de paludisme au Burkina Faso, passant de 10 805 000 en 2024 à 7 329 000 en 2025, ce qui représente une baisse substantielle de 32 %. Pour les enfants de moins de 5 ans, la réduction est encore plus notable, avec plus de 1 900 000 cas évités, soit environ 38 %.

Concernant la mortalité, le pays a également enregistré une avancée majeure. Le nombre de décès imputables au paludisme a chuté de 3 523 en 2024 à 1 900 en 2025, soit une diminution significative de 48 %. Chez les jeunes enfants (moins de 5 ans), le ministre de la Santé a souligné une diminution de 893 décès en 2025.

Selon le Dr Lucien Jean-Claude Kargougou, l’objectif du Burkina Faso est clair : « Éliminer le paludisme d’ici à l’horizon 2030 ». Pour concrétiser cette vision, il a insisté sur la nécessité de :

  • Maintenir la dynamique actuelle.
  • Améliorer l’assainissement du cadre de vie.
  • Intensifier les interventions à fort impact (vaccination antipaludique, utilisation de moustiquaires imprégnées, chimioprévention du paludisme saisonnier (CPS+)).
  • Renforcer la communication pour modifier les comportements.
  • Consolider l’engagement des communautés.
  • Assurer un financement pérenne.
Dr Lucien Jean-Claude Kargougou, ministre de la santé

Le ministre de la Santé a affirmé que ces succès ne relèvent pas du hasard. « Ils découlent d’une orientation politique claire, portée par Son Excellence le Président du Faso, Chef de l’État, le Capitaine Ibrahim Traoré, qui priorise l’accès équitable aux soins et la protection de la population au cœur de l’action gouvernementale. »

Ces résultats témoignent également de l’engagement continu du Gouvernement et de la mobilisation de tous les acteurs nationaux et partenaires.

D’après le Dr Kargougou, la création du Comité national multisectoriel de lutte contre le paludisme (CONAMEP) a considérablement amélioré la coordination nationale. Cette initiative a renforcé la conviction que l’élimination du paludisme requiert une mobilisation multisectorielle et une implication active des communautés.

La campagne nationale de distribution gratuite et universelle de moustiquaires imprégnées d’insecticides à longue durée d’action a été un pilier de cette stratégie. Près de 15 millions de moustiquaires bi-imprégnées de dernière génération ont été distribuées, avec l’ambition d’atteindre un taux d’utilisation d’au moins 80 %. Ces nouvelles moustiquaires bi-imprégnées se sont avérées plus efficaces contre la résistance aux insecticides que celles utilisées précédemment dans le pays.

Plus de 33 000 volontaires communautaires et 7 000 agents de santé ont sillonné les villes et les villages, y compris dans les zones confrontées à des défis sécuritaires, garantissant une protection équitable des ménages. Cette approche de proximité a favorisé l’appropriation communautaire et renforcé le sentiment de responsabilité collective.

Par ailleurs, l’extension de la vaccination gratuite contre le paludisme, mise en œuvre depuis le 14 août 2025 dans l’ensemble des 70 districts sanitaires du pays, représente une avancée historique supplémentaire dans la lutte contre le palu au Burkina Faso.

Pour Lucien Jean-Claude Kargougou, l’importance de ces résultats historiques réside aussi dans la prise de conscience collective que la lutte contre le paludisme est avant tout une question de comportements et d’adhésion sociale.

« La mobilisation communautaire et la communication ont été au centre de notre démarche. Des campagnes d’information adaptées aux réalités locales, l’engagement des leaders communautaires et religieux, la sensibilisation porte-à-porte et l’implication des médias ont permis de transformer les outils de prévention en pratiques concrètes : dormir sous moustiquaire, faire vacciner les enfants, consulter rapidement en cas de fièvre », a-t-il expliqué.

À cet égard, le ministre Kargougou a lancé un appel à tous les acteurs pour qu’ils poursuivent et intensifient cette dynamique afin de relever le défi de l’élimination du paludisme.

« Nous invitons l’ensemble des parties prenantes – collectivités territoriales, organisations de la société civile, partenaires techniques et financiers, leaders communautaires, médias et populations – à maintenir et renforcer cet élan. Ensemble, nous avons prouvé qu’il est possible de faire reculer le paludisme de manière significative. Ensemble, nous éliminerons le paludisme au Burkina Faso », a-t-il conclu.

Renforcement des liens Mauritanie-union européenne : un dialogue stratégique essentiel

Un partenariat renforcé entre la Mauritanie et l’Union européenne

Une rencontre d’importance stratégique s’est tenue à la Primature de Mauritanie, sous la présidence de Mokhtar Ould DIAYE, Premier Ministre de la République Islamique de Mauritanie. L’objet ? Consolider le dialogue du partenariat entre la Mauritanie et l’Union européenne, un échange crucial pour les deux parties.

Une délégation européenne de haut niveau

Du côté européen, la réunion a réuni des figures clés : la Directrice du département Afrique du Service européen de l’Action Extérieure (EEAS), le Directeur Afrique de la Direction Générale des Partenariats Internationaux, ainsi que les ambassadeurs de l’Équipe Europe en Mauritanie, incluant ceux de l’Allemagne, de l’Espagne, de la France et de l’Italie. Les ambassadeurs non-résidents des pays comme la Roumanie et le Danemark étaient également présents.

Des enjeux majeurs au cœur des discussions

Cette réunion a permis d’aborder des sujets d’intérêt commun, à savoir :

  • Les relations bilatérales et les défis régionaux ;
  • La sécurité et la stabilité en Afrique de l’Ouest ;
  • La migration et la situation humanitaire, notamment la prise en charge des réfugiés ;
  • Le développement économique et les réformes structurelles ;
  • La promotion des droits humains, civils et politiques ;
  • Les politiques sectorielles, incluant la pêche, l’énergie et la coopération en matière de défense.

Un bilan politique et économique mauritanien

La partie mauritanienne a présenté un état des lieux de la situation politique nationale, marquée par une stabilité renforcée en prévision du prochain dialogue national. Les discussions ont également porté sur les questions de paix et de sécurité, ainsi que sur les performances économiques du pays. Les réformes engagées pour une croissance durable et inclusive ont été mises en avant, tout en soulignant les défis persistants.

Les engagements de l’Union européenne en Mauritanie

Patricia Llombard-Cussac, représentant l’Équipe Europe, a détaillé les actions menées dans le cadre du partenariat, notamment à travers l’initiative Global Gateway. Les priorités incluent :

  • Le développement des infrastructures et du secteur énergétique ;
  • Le renforcement des secteurs sociaux, tels que la Santé et l’Éducation ;
  • La promotion du développement local et des droits humains ;
  • La gestion des enjeux migratoires et la coopération dans le domaine de la pêche.

Les échanges, empreints de confiance mutuelle, ont souligné l’importance d’un partenariat fructueux entre la Mauritanie et l’Union européenne.

Une présence ministérielle significative

Du côté mauritanien, la réunion a vu la participation des principaux acteurs gouvernementaux :

  • Le Ministre chargé du Secrétariat Général du Gouvernement ;
  • Le Ministre des Affaires Étrangères, de la Coopération africaine et des Mauritaniens de l’Extérieur, également Ministre de la Justice par intérim ;
  • Le Ministre de l’Intérieur, de la Promotion de la Décentralisation et du Développement Local ;
  • Le Ministre des Finances ;
  • Le Ministre des Affaires Économiques et du Développement ;
  • Le Ministre de la Pêche, des Infrastructures Maritimes et Portuaires ;
  • La Ministre de l’Éducation et de la Réforme du Système d’Enseignement ;
  • Le Ministre de la Santé ;
  • Le Directeur du Cabinet du Premier Ministre.

Ces réunions régulières s’inscrivent dans le cadre de l’Accord de Samoa, qui lie les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique à l’Union européenne.

Un engagement commun pour l’avenir

À l’issue de cette rencontre, les deux parties ont réaffirmé leur volonté de poursuivre un dialogue constructif pour renforcer leur coopération. Ce partenariat, basé sur la compréhension mutuelle, vise à répondre aux défis communs et à bâtir un avenir prospère pour la Mauritanie et l’Union européenne.

Coup d’état et démocratie en Afrique : une contradiction intenable

Le récent sommet de l’Union africaine a marqué un tournant dans la gestion des crises politiques sur le continent. Sous le slogan « faire taire les armes », les dirigeants africains ont réaffirmé leur volonté de mettre un terme définitif aux changements de pouvoir par la force. Mais cette déclaration d’intention suffit-elle à garantir une gouvernance respectueuse des principes démocratiques ?

Paul-Simon Handy, directeur régional de l'Institut d'études de sécurité (ISS) pour l'Afrique de l'Est, analyse les défis politiques du continent.

Un sommet historique sous haute tension

Réunis à Addis-Abeba, les chefs d’État africains ont adopté une position claire : zéro tolérance pour les coups d’État et les prises de pouvoir anticonstitutionnelles. Pourtant, la réalité des faits interroge. Comment concilier cette fermeté affichée avec la légitimation démocratique des putschistes ?

Pour éclairer ce débat complexe, nous avons rencontré Paul-Simon Handy, chercheur camerounais de renom et directeur régional de l’Institut d’études de sécurité pour l’Afrique de l’Est. Spécialiste des enjeux géopolitiques africains, il a suivi de près les discussions lors du sommet et analyse ici les contradictions persistantes du continent.

La théorie face à la pratique : un équilibre impossible ?

Les déclarations solennelles de l’Union africaine promettent une ère nouvelle, mais leur application se heurte à des réalités socio-politiques souvent ignorées. Paul-Simon Handy rappelle que la notion de « faire taire les armes » ne peut se limiter à des mots. Elle exige des mécanismes concrets pour sanctionner les auteurs de putschs, tout en évitant de tomber dans le piège d’une légitimation a posteriori par les urnes.

Dans son analyse, il souligne un paradoxe majeur : comment condamner un coup d’État tout en acceptant que ses instigateurs se présentent ensuite comme des dirigeants élus démocratiquement ? Cette question divise les experts et les dirigeants africains, certains estimant que l’élection confère une légitimité incontestable, tandis que d’autres y voient une manœuvre pour blanchir des prises de pouvoir illégitimes.

Les défis d’une gouvernance post-crise

  • La normalisation des processus électoraux : Dans plusieurs pays africains, les élections organisées après un coup d’État sont souvent contestées, tant pour leur régularité que pour leur capacité à refléter la volonté populaire.
  • La pression internationale : Les partenaires du continent africain, notamment les organisations régionales et les pays occidentaux, jouent un rôle clé dans l’évaluation de la légitimité de ces processus électoraux.
  • La crédibilité des institutions : L’acceptation de dirigeants issus de coups d’État érode la confiance des citoyens dans les mécanismes démocratiques traditionnels.

Pour Paul-Simon Handy, la solution passe par une approche multidimensionnelle. Elle doit combiner des sanctions immédiates contre les putschistes, un accompagnement des transitions démocratiques, et une réflexion approfondie sur les causes structurelles des crises politiques en Afrique.

Vers une refonte des normes africaines ?

Le sommet de l’Union africaine a ouvert la voie à une révision des textes fondateurs du continent. L’enjeu ? Éviter que la démocratie ne devienne un alibi pour justifier des pouvoirs acquis par la force. Paul-Simon Handy insiste sur la nécessité d’un cadre juridique plus strict, incluant des critères clairs pour évaluer la légitimité des élections organisées après un coup d’État.

Il rappelle également que la stabilité politique ne peut se construire sans une justice transitionnelle et une réconciliation nationale. Ces processus, souvent négligés, sont pourtant essentiels pour rétablir la confiance entre les gouvernants et les gouvernés.

Un appel à l’action pour les citoyens

Au-delà des déclarations officielles, Paul-Simon Handy lance un message aux populations africaines : la vigilance reste de mise. Les citoyens doivent exiger des comptes à leurs dirigeants et participer activement à la consolidation des institutions démocratiques. Car, comme il le souligne, « une élection ne suffit pas à légitimer un pouvoir issu d’un coup d’État ».

Le combat pour une Afrique stable et démocratique passe donc par un équilibre délicat entre fermeté institutionnelle et participation citoyenne. Le sommet de Addis-Abeba n’a été qu’une première étape. La véritable épreuve restera la mise en œuvre de ses engagements.

Coup d’État en afrique : une menace qui persiste malgré les engagements de l’UA

Invité Afrique Midi

«Il n’est pas acceptable que des auteurs de coup d’État soient élus démocratiquement»

Le 39ᵉ sommet de l’Union africaine a clos ses travaux avec un message fort : mettre fin aux changements de pouvoir anticonstitutionnels en Afrique. Pourtant, cette ambition reste-t-elle réaliste ? Le Camerounais Paul-Simon Handy, directeur régional de l’Institute for Security Studies (ISS) pour l’Afrique de l’Est, était présent à Addis-Abeba pour en débattre à l’invitation d’Afrique midi.

Paul-Simon Handy, directeur régional de l'Institut d'études de sécurité (ISS) pour l'Afrique de l'Est, analyse les décisions du sommet de l'UA à Addis-Abeba.
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Baisse historique des prix des médicaments au Burkina Faso : une avancée majeure pour la santé publique

Le Burkina Faso réduit drastiquement les prix des médicaments essentiels

Le gouvernement du Burkina Faso vient d’annoncer une baisse historique des prix des médicaments essentiels, marquant une étape décisive pour l’accès aux soins dans le pays. Cette mesure, soutenue par un budget de 3 milliards de FCFA, entrera en vigueur dès le 1er mars 2026.

À l’issue du Conseil des ministres du 12 février 2026, les autorités ont validé une réduction significative des tarifs appliqués aux médicaments génériques, aux produits de santé spécifiques et aux consommables médicaux, distribués principalement par la Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques (CAMEG).

Des baisses de prix record pour les médicaments et consommables

Selon les déclarations du ministre de la Santé, Dr Robert Lucien Jean-Claude Kargougou, les diminutions varient selon les catégories de produits :

  • Jusqu’à 67,27 % pour certaines formes de comprimés ;
  • 53,47 % pour les produits injectables ;
  • 20 % pour les sirops et suspensions ;
  • Jusqu’à 72,73 % pour certains consommables médicaux.

Cette réforme s’accompagne d’un soutien financier de 3 milliards de FCFA, visant à alléger la charge des dépenses de santé pour les ménages et à renforcer l’équité dans l’accès aux traitements.

Un engagement renouvelé pour une santé accessible à tous

Cette initiative s’inscrit dans la continuité des efforts déployés par les autorités pour garantir des soins de qualité à l’ensemble de la population. Elle succède à une précédente baisse des prix en mai 2025, dont l’impact budgétaire avait été estimé à près de 5 milliards de FCFA.

En réduisant les coûts des traitements, le gouvernement du Burkina Faso réaffirme sa volonté de prioriser la santé publique et de faciliter l’accès aux médicaments essentiels pour tous les citoyens, sans distinction.

Une réforme attendue par les ménages et les professionnels de santé

Cette mesure est saluée par de nombreux acteurs du secteur sanitaire, qui y voient une avancée majeure pour améliorer la qualité des soins et réduire les inégalités d’accès aux traitements. Les réductions de prix permettront notamment aux populations les plus vulnérables de bénéficier de médicaments à des tarifs abordables.

Avec cette baisse historique, le Burkina Faso confirme son engagement en faveur d’un système de santé plus inclusif et performant, au service du bien-être de ses habitants.

Massacre de civils au Niger : l’état islamique frappe encore dans le Tillabéri

Des soldats nigériens en patrouille dans la région des trois frontières, une zone particulièrement touchée par les violences jihadistes au Sahel

Une nouvelle attaque terroriste vient de semer la terreur dans la région du Tillabéri, au Niger. Trente-et-un civils, dont des hommes et des enfants, ont été froidement exécutés par des combattants de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) le 18 janvier 2026. Ce drame survient dans le village de Bossiye, marquant un nouvel épisode de violence jihadiste qui frappe sans relâche l’ouest du pays.

Selon les informations recueillies par Human Rights Watch, l’assaut a été mené par une centaine de jihadistes, arrivés à moto aux alentours de midi. Leur arrivée soudaine et brutale a plongé la communauté locale dans un profond désarroi, confirmant une fois de plus l’ampleur de la menace jihadiste qui pèse sur la région.

Cette attaque s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes dans le Sahel, où les groupes armés organisent régulièrement des exactions contre les populations civiles. Les autorités nigériennes, déjà en première ligne face à cette insécurité grandissante, se retrouvent confrontées à un défi majeur pour protéger les habitants de ce territoire.

Les trois frontières (Niger, Mali, Burkina Faso) restent l’une des zones les plus instables de la sous-région, où les groupes terroristes exploitent les faiblesses des systèmes de sécurité pour étendre leur emprise. Cette situation illustre la nécessité d’une réponse coordonnée et renforcée pour briser la dynamique de violence qui menace la stabilité de toute l’Afrique de l’Ouest.

Les organisations de défense des droits humains appellent à une réaction immédiate pour mettre fin à ces exactions et protéger les populations vulnérables. Ce massacre rappelle douloureusement que la lutte contre le terrorisme doit rester une priorité absolue pour garantir la sécurité et la paix en Afrique.

L’énergie solaire révolutionne l’accès aux soins à Niafounké, au Mali

Vue des panneaux solaires installés par MSF à l'hôpital de Niafunké, dans le nord du Mali.

Au cœur de la région de Tombouctou, dans le nord du Mali, une avancée technologique majeure transforme le quotidien de l’hôpital de Niafounké. Grâce à une nouvelle installation de panneaux photovoltaïques, cette structure sanitaire renforce sa résilience et assure la pérennité des services médicaux dans un environnement marqué par l’enclavement et l’instabilité.

Une transition énergétique pour plus d’autonomie

Autrefois, le fonctionnement de l’établissement reposait quasi exclusivement sur une centrale thermique gourmande en gasoil, dont les pannes répétées menaçaient la sécurité des patients. Pour pallier ces carences, l’usage permanent de générateurs entraînait des coûts financiers colossaux. Aujourd’hui, l’énergie solaire couvre désormais 60 % des besoins électriques de l’hôpital, marquant un tournant décisif vers l’indépendance énergétique.

Ce basculement vers le renouvelable permet de réduire drastiquement les frais liés au carburant et à la maintenance des groupes électrogènes. Ces économies sont directement réinjectées dans la qualité de la prise en charge. Cela sécurise des services critiques tels que l’assistance respiratoire en pédiatrie, les blocs opératoires, le laboratoire et la conservation des produits sanguins.

Un dispositif hybride performant

L’infrastructure technique se compose d’une centrale de 90 kWc, épaulée par un stockage sur batteries lithium de 210 kWh. Pour garantir une électricité 24h/24, le système est complété par un groupe de secours de 80 kVA. Cette configuration hybride permet de jongler intelligemment entre le rayonnement solaire, le réseau urbain et le générateur thermique.

L’impact humain au cœur de la zone de conflit

Pour les populations vulnérables, cette stabilité est une lueur d’espoir. C’est le cas de Fadi, qui a dû fuir le village de Léré face à la pression des groupes armés pour se réfugier à Niafounké. Alors qu’elle veille sur son fils Ousmane hospitalisé en pédiatrie, elle témoigne de l’importance vitale d’avoir accès à une structure de santé fonctionnelle malgré le chaos du déplacement forcé.

Cette réalisation s’inscrit dans la « Green Initiative », une stratégie globale visant à limiter l’empreinte carbone des interventions humanitaires. En déployant ces solutions au Sahel, l’objectif est de s’affranchir des contraintes logistiques liées à l’approvisionnement en diesel, souvent périlleux dans les zones de crise.

Un engagement durable pour le nord du Mali

Au-delà de l’aspect écologique, la maîtrise des coûts énergétiques optimise l’efficacité opérationnelle. Des laboratoires aux chambres froides, chaque service bénéficie d’une alimentation stabilisée, améliorant tant les conditions de travail des soignants que les chances de guérison des malades.

Depuis 2019, un programme spécifique est dédié à la santé des enfants de moins de 15 ans au sein de cet hôpital. En parallèle, un soutien actif est apporté à quatre centres de santé communautaires ainsi qu’à des unités mobiles intervenant dans les localités isolées du Gourma, consolidant ainsi le maillage sanitaire dans toute la province de Tombouctou.

Stratégie américaine au Sahel : le Maroc, acteur clé d’un nouvel équilibre régional

Le Sahel, un terrain de rivalités et de recompositions stratégiques

Le paysage géopolitique du Sahel connaît une transformation silencieuse mais profonde. Alors que les dispositifs européens se retirent progressivement du Mali, du Burkina Faso et du Niger, et que la Russie étend son influence via des structures paraétatiques, les États-Unis semblent marquer un regain d’activité dans la région. Cette évolution, souvent perçue comme un retour en force, mérite une analyse plus nuancée.

Pour Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE), cette dynamique n’est pas une surprise. Selon lui, « ce n’est pas un retour en force, mais plutôt la confirmation que les États-Unis n’ont jamais quitté la région et ont simplement attendu que les équilibres internes se recomposent avant de se repositionner ». Washington n’a pas abandonné le Sahel, mais a privilégié une approche plus discrète, laissant d’autres acteurs s’épuiser avant de réinvestir le terrain.

Une stratégie pragmatique et transactionnelle

La méthode américaine repose sur un pragmatisme marqué. Emmanuel Dupuy souligne que « les Américains négocient avec des interlocuteurs qu’ils ne soutiennent pas idéologiquement, tant que leurs intérêts sécuritaires et économiques sont préservés ». Dans cette logique, l’idéologie passe au second plan au profit d’une approche transactionnelle.

Il ajoute : « Les États-Unis ne considèrent pas la Russie comme une menace directe. Au contraire, ils coexistent parfaitement avec des acteurs qui ont profité du vide stratégique laissé par le retrait des Occidentaux, notamment les Européens. » Cette cohabitation indirecte permet aux deux puissances de capitaliser sur les espaces laissés vacants, sans confrontation frontale.

Les opportunités pour Washington dans un Sahel en mutation

Plusieurs facteurs créent une fenêtre d’opportunité pour les États-Unis dans la région. Emmanuel Dupuy cite notamment « l’affaiblissement de la crédibilité de l’ONU et les difficultés opérationnelles de la Russie à lutter contre les groupes armés terroristes ». Ces lacunes ouvrent la voie à un redéploiement indirect des Américains, qui misent sur un dialogue structuré avec les autorités locales, quelles que soient leurs origines politiques.

Cette méthode s’inscrit dans une tradition américaine bien établie. « Les Américains dialoguent avec les autorités maliennes, comme ils l’ont fait avec les talibans en Afghanistan », explique-t-il. Un choix qui les distingue des Européens, qui refusent de reconnaître les juntes militaires au pouvoir dans la région.

Cette approche permet aux États-Unis de composer avec les réalités politiques locales, tout en préparant le terrain pour des négociations futures, quels que soient les régimes en place.

Une sous-traitance sécuritaire au cœur de la stratégie américaine

La présence militaire directe des États-Unis au Sahel reste limitée. À la place, Washington privilégie une stratégie de sous-traitance sécuritaire. Emmanuel Dupuy explique : « Ce ne seront pas directement les États-Unis ou la Russie qui interviendront, mais des sociétés militaires privées (SMP) ou des entreprises de services de sécurité et de défense (ESSD). »

Il cite l’exemple du « deal facilité entre la RDC et le Rwanda, où des Américains sont impliqués sans que des forces armées régulières soient déployées. On parle ici de sociétés comme Blackwater ». Cette externalisation permet aux États-Unis de maintenir une influence sans engagement direct, tout en évitant les critiques liées à une présence militaire classique.

Cette méthode a déjà été testée dans d’autres régions, comme la Libye, où des SMP américaines ont soutenu des acteurs locaux en collaboration tacite avec des groupes russes.

Le Maroc, partenaire privilégié des États-Unis au Sahel

Dans ce contexte, le Maroc occupe une place centrale. La coopération entre Rabat et Washington s’est intensifiée sur les plans militaire, économique et diplomatique. Emmanuel Dupuy estime que « le Maroc est le partenaire idéal dont les États-Unis ont besoin pour projeter leur influence sans intervention directe ».

Le royaume chérifien bénéficie d’un atout majeur : sa capacité à dialoguer avec les gouvernements issus de coups d’État au Mali, au Niger et au Burkina Faso, contrairement à d’autres acteurs régionaux comme l’Algérie, dont l’influence s’est érodée.

Le Maroc joue également un rôle clé dans la diplomatie spirituelle. Depuis 2015, l’Institut Mohammed VI de formation des imams forme des cadres religieux pour toute la région, promouvant un islam modéré et soufi. Une stratégie d’influence douce qui renforce la stabilité et l’image positive du Maroc.

Sur le plan économique, Rabat propose des « perspectives de désenclavement logistique que peu d’acteurs peuvent offrir », notamment via des corridors reliant le Burkina Faso, le Niger et le Mali à la Mauritanie, puis au Maroc. Une vision à long terme qui s’appuie sur des investissements dans les infrastructures, les télécoms et l’industrie.

Algérie et Sahara : un rapport de force défavorable

La position de l’Algérie dans cette recomposition régionale apparaît affaiblie. Emmanuel Dupuy estime que « les marges de manœuvre d’Alger sont limitées », notamment sur le dossier du Sahara. Les États-Unis ont réaffirmé que « la seule base de discussion reste le plan d’autonomie », reléguant les initiatives algériennes au second plan.Les projets alternatifs portés par Alger, notamment dans le domaine énergétique, peinent à aboutir. Les priorités des grandes puissances et l’évolution des alliances régionales ont réduit l’influence algérienne, la laissant sans véritable levier stratégique.

Les discussions sur le Sahara se concentrent désormais sur des enjeux pratiques : gouvernance locale, développement économique, zones maritimes et production agricole. Une approche pragmatique qui marginalise les débats idéologiques.

Un échiquier régional en pleine recomposition

Le Sahel n’est plus seulement un théâtre de rivalités sécuritaires. Il devient un espace où s’entremêlent intérêts extractifs, sous-traitance militaire, diplomatie religieuse et corridors logistiques. Dans cet échiquier complexe, les États-Unis ajustent leur posture, tandis que le Maroc s’impose comme un pivot régional.

Cette recomposition offre aux pays du Sahel des opportunités de financement, d’infrastructures et de reconnaissance diplomatique. Une alliance stratégique qui redéfinit les équilibres en Afrique de l’Ouest et en Méditerranée, tout en renforçant la position du Maroc comme acteur incontournable.

Indice de perception de la corruption : le Mali perd du terrain en 2025

Corruption : le Mali perd une place dans le classement de Transparency International
Deux personnes échangent des billets de banque à Bamako, le 27 octobre 2023

Le Mali enregistre une légère régression dans le rapport 2025 de Transparency International concernant l’indice de perception de la corruption. La nation passe de la 135ᵉ à la 136ᵉ place à l’échelle globale, se laissant distancer par le Niger et le Burkina Faso, ses partenaires au sein de l’AES.

Cette évaluation annuelle analyse les performances étatiques en matière d’intégrité publique. Pour cette édition couvrant 182 pays, le Mali obtient un score de 28/100, marquant un recul d’un rang. Malgré les initiatives affichées par les autorités pour assainir les finances publiques, la tendance globale reste préoccupante.

Des lacunes persistantes dans la gouvernance

Ibrahim Harouna Touré, qui coordonne l’Observatoire des droits humains et de la paix à Gao, analyse cette situation comme le reflet de failles structurelles majeures. Selon lui, le manque de transparence et l’absence de débats contradictoires sur les grands chantiers nationaux pèsent lourdement sur les résultats. « L’absence de redevabilité est flagrante, notamment dans l’attribution des marchés publics », souligne-t-il.

Ce représentant de la société civile pointe du doigt un déficit de communication entre les institutions et les citoyens. Il déplore une gestion des deniers publics qui semble parfois s’affranchir de tout contrôle rigoureux, chaque entité agissant avec une autonomie jugée excessive par les observateurs locaux.

Pour cet expert, c’est précisément ce manque de clarté et l’absence de comptes rendus réguliers qui alimentent la stagnation, voire le recul du Mali dans la lutte contre les pratiques illicites au sein de l’administration.

Le Tchad face aux défis des réfugiés soudanais et à ses crises internes

Le Tchad, terre d’accueil sous pression : réfugiés soudanais et enjeux locaux

En proie à une guerre dévastatrice depuis avril 2023, le Soudan a poussé plus de 14 millions de personnes à fuir leurs foyers, un exode qui se répercute lourdement sur ses voisins, notamment le Tchad. Ce pays d’Afrique centrale, l’un des plus pauvres au monde, assume aujourd’hui le rôle de premier pays africain en nombre de réfugiés par habitant. Pourtant, derrière cette solidarité internationale se cachent des défis humanitaires, économiques et sécuritaires majeurs qui menacent sa stabilité.

Un accueil généreux face à une crise humanitaire persistante

Avec plus de 900 000 réfugiés soudanais accueillis à sa frontière orientale depuis le début du conflit, le Tchad illustre une solidarité rare en Afrique. Selon le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, cet engagement représente « un acte de solidarité fort ». Pourtant, malgré une légère amélioration de la situation humanitaire en 2025, le pays reste sous une pression extrême : 40 % de sa population – soit près de 4 millions de personnes – dépend aujourd’hui d’une assistance humanitaire.

Des réfugiés soudanais arrivant à Adré, au Tchad, après avoir fui les violences

Des infrastructures sous tension face aux catastrophes naturelles

Le nom du Tchad trouve son origine dans une expression locale désignant une « grande étendue d’eau », une référence au lac Tchad, symbole de son patrimoine naturel. Pourtant, ce lac, déjà fragilisé par le changement climatique, voit ses ressources diminuer, aggravant les crises alimentaires et sanitaires du pays. En 2024, les inondations ont ravagé 432 000 hectares de cultures, soit l’équivalent de plus de 600 000 terrains de football, affectant près de deux millions de personnes. Ces catastrophes ont également révélé des lacunes criantes dans les infrastructures d’eau et d’assainissement, favorisant la propagation d’épidémies comme le choléra en juillet 2025.

Avec une population en croissance rapide, le Tchad dépasse désormais ses capacités en ressources naturelles et humaines. La situation est d’autant plus alarmante que deux millions d’enfants tchadiens âgés de six mois à cinq ans devraient souffrir de malnutrition aiguë entre octobre 2025 et septembre 2026, dont près de 484 000 cas de malnutrition aiguë sévère, selon les dernières estimations du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC).

Une sécurité menacée par les groupes extrémistes

Les défis du Tchad ne se limitent pas aux catastrophes naturelles ou à la pauvreté. La région du bassin du lac Tchad reste sous la menace constante de groupes extrémistes violents, comme Boko Haram et ses affiliés, qui alimentent l’insécurité et ont déjà provoqué le déplacement de plus de 250 000 personnes. Au nord du pays, les problèmes s’aggravent avec le trafic illégal, l’exploitation du charbon et les violences basées sur le genre, ainsi que le travail des enfants, des fléaux qui touchent particulièrement les populations les plus vulnérables.

Avec 87 % des réfugiés au Tchad composés de femmes et d’enfants, ces enjeux sécuritaires et sociaux prennent une dimension encore plus critique. Les communautés locales et les nouveaux arrivants doivent désormais coexister dans un environnement où la peur et l’incertitude dominent.

Forces de sécurité en patrouille à Adré, au Tchad

L’action humanitaire en marche

Depuis le début du conflit soudanais, le gouvernement tchadien et le HCR ont réussi à réinstaller 67 % des réfugiés dans des camps et zones d’accueil spécialement aménagés. Ces espaces offrent aux réfugiés et aux communautés locales un accès aux services essentiels grâce à l’intervention des équipes humanitaires sur place. Le 19 février 2026, le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunira pour aborder la crise au Soudan, insistant sur l’urgence de mettre fin aux combats et de protéger les populations civiles, notamment les femmes et les filles victimes de violences.

Pour répondre aux besoins urgents, l’Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a publié son Plan d’action humanitaire 2026. Ce plan prévoit un budget de 986 millions de dollars pour venir en aide à 3,4 millions de personnes au Tchad. 540 millions de dollars sont spécifiquement alloués aux réfugiés. « Nos équipes et nos partenaires concentreront leurs efforts sur les régions les plus touchées, notamment à l’est, dans la province du Lac et dans certaines zones du sud », a déclaré Stéphane Dujarric, porte-parole de l’ONU.

Une success story inspirante

Parmi les millions de réfugiés accueillis au Tchad, Radwa Abdelkarim, une mère de six enfants de 37 ans, incarne l’espoir et la résilience. Arrivée en juin 2023 après avoir tout perdu dans la guerre, elle a su se reconstruire grâce à une aide financière du HCR. En utilisant ses compétences d’entrepreneure, elle a lancé une activité de fabrication de pain, puis ouvert deux épiceries et un restaurant dans le camp de Farchana, employant 12 autres réfugiés. « Je soutiens des femmes réfugiées pour que nous puissions progresser ensemble et que personne ne soit laissé pour compte », déclare-t-elle. Son histoire illustre la force des communautés africaines face à l’adversité.

Le Tchad, malgré ses défis, démontre que la solidarité et l’innovation peuvent coexister, même dans les situations les plus difficiles. Pour continuer sur cette voie, une collaboration renforcée entre les acteurs locaux, internationaux et les communautés est indispensable afin d’assurer un avenir plus stable et prospère pour tous.

Corruption : le nouveau classement révèle des reculs

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Corruption : le nouveau classement révèle des reculs

Sandrine Blanchard | Alexa Meyer
10 février 2026

Transparency International publie son nouvel Indice de perception de la corruption, qui évalue le niveau perçu de corruption dans le secteur public de 180 pays.

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Allemagne Berlin 2010 | Photo de dossiers de presse lors de la présentation de l'indice de perception de la corruption Transparency International (archive)

Selon l’indice de perception de la corruption 2025 (IPC) de Transparency International, la corruption s’aggrave à l’échelle mondiale. Y compris dans les démocraties établies qui sont confrontées à une augmentation de la corruption dans un contexte de déclin du leadership politique.

L’IPC classe 182 pays et territoires en fonction de leur niveau perçu de corruption dans le secteur public sur une échelle de zéro (très corrompu) à 100 (très propre).

Plus des deux tiers des pays ont un résultat inférieur à 50/100 dans le classement qui vient d’être publié.

Allemagne Berlin 2019 | photo d'un panneau lors de la conférence de presse de  Transparency International sur l'IPC 2019 (illustration)

Méthodologie

Par définition, la corruption est difficilement mesurable, puisqu’elle regroupe des pratiques pour la plupart illégales, donc dissimulées.

En revanche, il est possible de mesurer le taux de corruption d’un Etat d’après ce qu’on en perçoit dans le pays. C’est ce que l’ONG Transparency International tente de mesurer chaque année : la perception de la corruption d’un pays à un autre. Les résultats de l’étude de l’indice de perception de la corruption (IPC) pour 2025 viennent d’être publiés.

L’indice de perception de la corruption croise des données de 13 sources externes, dont la Banque mondiale, le Forum économique mondial, des sociétés privées de conseil et de gestion des risques, des groupes de réflexion et d’autres organismes.

Il permet d’attribuer des points aux pays selon le taux des poursuites judiciaires engagées contre des fonctionnaires corrompu, selon le taux de détournement de fonds publics, selon aussi la qualité de la protection des lanceurs d’alertes etc. Une fois ces points distribués, Transparency International classe les pays en fonction de leur score.

Sur les 180 pays classés, le Danemark arrive en tête, avec 89 points et le Soudan du Sud et la Somalie en queue de peloton avec 9 points chacun.

Lutte contre la corruption : des rappeurs s’engagent

L’Afrique subsaharienne en mauvaise place

L’Afrique subsaharienne est la région la plus mal classée du monde, avec une moyenne de 32/100.

Seuls 4 pays de la région dépassent le score de 50/100, et aucun pays francophone n’est mentionné parmi ces mieux classés (Seychelles, Cap-Vert, Rwanda, Botswana). Les écarts intra-régionaux sont très marqués sur le continent africain.

Parmi les pays francophones, l’Afrique de l’Ouest obtient une note moyenne de 34,2/100 (le Sénégal, le Bénin et la Côte d’Ivoire sont en tête, grâce à des réformes administratives notamment, contrairement à la Guinée dont Transparency International pointe les faiblesses institutionnelles et un espace civique très contrôlé).

Le Sahel, fragile

Dans le Sahel, les résultats des pays francophones sont moins bons. Les scores traduisent des environnements sécuritaires et politiques tendus ainsi que des institutions fragilisées par le resserrement des contre-pouvoirs. Autant de conditions propices à la corruption.

Le Burkina Faso est en tête des pays sahéliens mais avec un score de 40, soit bien en-dessous de la moyenne de 50/100. A titre de comparaison, le Niger obtient un score de 31, le Mali de 28 et le Tchad de 22/100.

Afrique centrale francophone

En Afrique centrale francophone, la note moyenne est à la baisse, en raison des conflits qui émaillent la zone, tel que celui qui continue dans l’est de la République démocratique du Congo (20/100), dont l’Etat central ne contrôle plus une partie du territoire, désormais aux mains de groupes armés. Le Burundi (17) aussi reste dans le bas du tableau général. Quant au Rwanda, avec ses 58 points sur 100, il fait figure d’exception.

Pour conclure, notons qu’aucun pays d’Afrique francophone n’atteint les 70 points sur 100, le seuil où commence la zone d' »intégrité élevée », selon le barème fixé par Transparency International.

Des mains de femme donnent une enveloppe à une main d'homme (symbole, illustration)

Et en Europe…

A titre de comparaison, créditée de 77 points, l’Allemagne figure en dixième position mondiale du classement, soit à  27 places devant la France (66/100).

François Valérian, président de Transparency International, déclare : « Nous avons des lois anti-corruption qui existent. Il existe des organismes de lutte contre la corruption. Simplement, les lois ne sont pas appliquées et les organes manquent d’indépendance et de ressources. »

Il déplore « un manque d’intérêt de la part d’un certain nombre de gouvernements, en particulier ceux du Nord, qui pensent qu’ils se sont déjà attaqués à la corruption et qu’il n’est pas nécessaire d’agir davantage ».

Seuls 40% des Centrafricains ont confiance en la justice

Renforcer l’indépendance de la justice

Transparency International indique que ses données montrent que les démocraties, généralement plus fortes en matière de lutte contre la corruption que les autocraties ou les démocraties imparfaites, connaissent une baisse inquiétante de leurs performances.

Cette tendance s’étend à des pays tels que les États-Unis, mais aussi à diverses parties de l’Europe. C’est pourquoi François Valérian réclame des actions : « Nous avons besoin d’un système judiciaire indépendant de la branche exécutive du gouvernement, qui soit également indépendant des intérêts privés. Et le système judiciaire, qui dispose de suffisamment de personnel et de ressources financières, doit faire son travail ».

À la fin de l’année dernière, l’UE a adopté sa première directive anticorruption, qui vise à harmoniser les lois pénales sur la corruption.

Mais il faudra un certain temps avant que les résultats ne soient visibles.

Drame à Kokoloko : une frappe de drone de l’armée nigérienne tue 17 civils sur un marché

Le 6 janvier 2026, une attaque aérienne menée par un drone de l’armée du Niger a causé la mort d’au moins 17 civils, dont quatre enfants, sur un marché très fréquenté du village de Kokoloko. Selon une enquête menée par Human Rights Watch, cette opération a également fait 13 blessés. Bien que trois membres de l’État islamique au Sahel (EIS) aient péri dans l’explosion, l’organisation dénonce une violation flagrante du droit de la guerre en raison du caractère aveugle de l’attaque.

Un carnage en plein jour près de la frontière

Le village de Kokoloko, situé dans la région de Tillabéri à environ 120 kilomètres de Niamey, se trouve dans une zone où l’EIS est particulièrement actif. Le jour du drame, vers 13 h 30, un drone blanc a largué une munition sur la place du marché alors que des centaines de personnes, dont de nombreuses femmes et enfants, s’y trouvaient pour leurs activités quotidiennes.

Des témoins oculaires ont rapporté avoir vu l’engin survoler la zone à deux reprises avant la déflagration. « Le marché était bondé. Il y avait des vendeuses de nourriture et beaucoup d’enfants à leurs côtés », a témoigné un rescapé. Au moment de l’impact, six combattants de l’EIS étaient présents dans le village, dont trois faisaient leurs courses au marché, vêtus en civils mais portant des turbans.

Des preuves matérielles d’une violence extrême

L’analyse d’images satellites et de vidéos a permis de confirmer l’ampleur des dégâts. Les flammes, alimentées par le carburant stocké sur place et les structures en bois des étals, ont ravagé une partie du village. Les corps des victimes étaient pour la plupart carbonisés, rendant leur identification complexe. Les habitants ont dû procéder à des enterrements dans des fosses communes au cimetière local.

L’armée nigérienne a récemment renforcé ses capacités aériennes avec l’acquisition de drones de fabrication turque, tels que les modèles Bayraktar TB-2, Karayel-SU ou Aksungur. Ces appareils sont capables de transmettre des flux vidéo en direct, ce qui soulève des questions sur la décision de frapper une zone civile aussi dense.

Exode de la population et appels à la justice

Suite à ce traumatisme, la quasi-totalité des 1 200 résidents de Kokoloko a abandonné le village pour se réfugier dans les localités voisines ou traverser la frontière vers le Mali. Human Rights Watch exhorte les autorités de la junte nigérienne, restées silencieuses depuis l’événement, à mener une enquête transparente et à indemniser les familles touchées.

La région de Tillabéri est devenue l’épicentre des violences contre les civils au Sahel, subissant les assauts des groupes armés comme le GSIM et l’EIS, mais aussi les conséquences tragiques des opérations militaires. Ce n’est pas la première fois que des frappes aériennes font des victimes civiles au Niger ; des incidents similaires avaient déjà été signalés à Injar en 2025 et à Tiawa en 2024.