Le Tchad face aux défis des réfugiés soudanais et à ses crises internes
Le Tchad, terre d’accueil sous pression : réfugiés soudanais et enjeux locaux
En proie à une guerre dévastatrice depuis avril 2023, le Soudan a poussé plus de 14 millions de personnes à fuir leurs foyers, un exode qui se répercute lourdement sur ses voisins, notamment le Tchad. Ce pays d’Afrique centrale, l’un des plus pauvres au monde, assume aujourd’hui le rôle de premier pays africain en nombre de réfugiés par habitant. Pourtant, derrière cette solidarité internationale se cachent des défis humanitaires, économiques et sécuritaires majeurs qui menacent sa stabilité.
Un accueil généreux face à une crise humanitaire persistante
Avec plus de 900 000 réfugiés soudanais accueillis à sa frontière orientale depuis le début du conflit, le Tchad illustre une solidarité rare en Afrique. Selon le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, cet engagement représente « un acte de solidarité fort ». Pourtant, malgré une légère amélioration de la situation humanitaire en 2025, le pays reste sous une pression extrême : 40 % de sa population – soit près de 4 millions de personnes – dépend aujourd’hui d’une assistance humanitaire.
Des infrastructures sous tension face aux catastrophes naturelles
Le nom du Tchad trouve son origine dans une expression locale désignant une « grande étendue d’eau », une référence au lac Tchad, symbole de son patrimoine naturel. Pourtant, ce lac, déjà fragilisé par le changement climatique, voit ses ressources diminuer, aggravant les crises alimentaires et sanitaires du pays. En 2024, les inondations ont ravagé 432 000 hectares de cultures, soit l’équivalent de plus de 600 000 terrains de football, affectant près de deux millions de personnes. Ces catastrophes ont également révélé des lacunes criantes dans les infrastructures d’eau et d’assainissement, favorisant la propagation d’épidémies comme le choléra en juillet 2025.
Avec une population en croissance rapide, le Tchad dépasse désormais ses capacités en ressources naturelles et humaines. La situation est d’autant plus alarmante que deux millions d’enfants tchadiens âgés de six mois à cinq ans devraient souffrir de malnutrition aiguë entre octobre 2025 et septembre 2026, dont près de 484 000 cas de malnutrition aiguë sévère, selon les dernières estimations du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC).
Une sécurité menacée par les groupes extrémistes
Les défis du Tchad ne se limitent pas aux catastrophes naturelles ou à la pauvreté. La région du bassin du lac Tchad reste sous la menace constante de groupes extrémistes violents, comme Boko Haram et ses affiliés, qui alimentent l’insécurité et ont déjà provoqué le déplacement de plus de 250 000 personnes. Au nord du pays, les problèmes s’aggravent avec le trafic illégal, l’exploitation du charbon et les violences basées sur le genre, ainsi que le travail des enfants, des fléaux qui touchent particulièrement les populations les plus vulnérables.
Avec 87 % des réfugiés au Tchad composés de femmes et d’enfants, ces enjeux sécuritaires et sociaux prennent une dimension encore plus critique. Les communautés locales et les nouveaux arrivants doivent désormais coexister dans un environnement où la peur et l’incertitude dominent.
L’action humanitaire en marche
Depuis le début du conflit soudanais, le gouvernement tchadien et le HCR ont réussi à réinstaller 67 % des réfugiés dans des camps et zones d’accueil spécialement aménagés. Ces espaces offrent aux réfugiés et aux communautés locales un accès aux services essentiels grâce à l’intervention des équipes humanitaires sur place. Le 19 février 2026, le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunira pour aborder la crise au Soudan, insistant sur l’urgence de mettre fin aux combats et de protéger les populations civiles, notamment les femmes et les filles victimes de violences.
Pour répondre aux besoins urgents, l’Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a publié son Plan d’action humanitaire 2026. Ce plan prévoit un budget de 986 millions de dollars pour venir en aide à 3,4 millions de personnes au Tchad. 540 millions de dollars sont spécifiquement alloués aux réfugiés. « Nos équipes et nos partenaires concentreront leurs efforts sur les régions les plus touchées, notamment à l’est, dans la province du Lac et dans certaines zones du sud », a déclaré Stéphane Dujarric, porte-parole de l’ONU.
Une success story inspirante
Parmi les millions de réfugiés accueillis au Tchad, Radwa Abdelkarim, une mère de six enfants de 37 ans, incarne l’espoir et la résilience. Arrivée en juin 2023 après avoir tout perdu dans la guerre, elle a su se reconstruire grâce à une aide financière du HCR. En utilisant ses compétences d’entrepreneure, elle a lancé une activité de fabrication de pain, puis ouvert deux épiceries et un restaurant dans le camp de Farchana, employant 12 autres réfugiés. « Je soutiens des femmes réfugiées pour que nous puissions progresser ensemble et que personne ne soit laissé pour compte », déclare-t-elle. Son histoire illustre la force des communautés africaines face à l’adversité.
Le Tchad, malgré ses défis, démontre que la solidarité et l’innovation peuvent coexister, même dans les situations les plus difficiles. Pour continuer sur cette voie, une collaboration renforcée entre les acteurs locaux, internationaux et les communautés est indispensable afin d’assurer un avenir plus stable et prospère pour tous.