Thali : les coulisses d’un accord pétrolier sous haute tension au Cameroun

Un séisme silencieux secoue le secteur pétrolier camerounais. Derrière l’annonce officielle de la cession de 42,5 % du permis Thali à Prime Global Energies par Tower Resources se cache une lutte contre la montre pour sauver un projet au bord de l’asphyxie financière. Entre promesses d’investissements, lourdeurs administratives et incertitudes opérationnelles, les coulisses de cette opération révèlent les tensions qui agitent l’avenir énergétique du pays.
Censé relancer l’exploitation offshore du Cameroun, le permis Thali entre dans une phase critique. L’arrivée de Prime Global Energies pourrait-elle inverser la vapeur et permettre enfin le forage tant attendu du puits NJOM-3 ? Les réponses se cachent dans les détails techniques et financiers d’un accord encore loin d’être finalisé.
Un feu vert présidentiel qui masque des obstacles persistants
Le palais d’Etoudi a donné son aval, mais le parcours administratif reste semé d’embûches. Tower Resources, opérateur britannique du permis Thali, confirme avoir obtenu une copie de la lettre présidentielle autorisant la cession partielle à Prime Global Energies. Pourtant, ce document ne suffit pas à sceller l’accord : le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt) doit encore édicter un arrêté prolongeant la période d’exploration et valider officiellement la transaction.
Sans ces documents, la cession ne peut être actée. Une situation qui rappelle cruellement les retards accumulés depuis des années, imputables à un manque criant de moyens pour financer les forages. Prime Global Energies, à travers son engagement de 15 millions de dollars, représente une bouffée d’oxygène inespérée — mais le diable se niche dans les détails administratifs.
NJOM-3 : un forage annulé puis reprogrammé, signe d’une stratégie à géométrie variable
Initialement prévu pour le premier trimestre 2027, le forage du puits d’appréciation NJOM-3 a été repoussé au deuxième trimestre. Une révision du calendrier qui illustre les incertitudes qui pèsent sur le projet. Jeremy Asher, PDG de Tower Resources, évoque une fenêtre de démarrage prudente, entre avril et juin 2026, tout en laissant planer la possibilité d’une accélération si les conditions le permettent.
Le choix de la plateforme de forage reste en suspens. Aucune décision n’a encore été prise, malgré la préparation logistique déjà engagée à Douala. La société a même stocké sur place des équipements clés, dont un système de suspension de puits, conçu pour une réutilisation ultérieure si les tests d’exploration s’avèrent concluants. Une anticipation stratégique, mais qui ne suffit pas à masquer le manque de visibilité sur le calendrier réel.
Une trésorerie à sec : l’accord avec Prime comme planche de salut
Pour Tower Resources, l’apport de 15 millions de dollars promis par Prime Global Energies n’est pas une simple option, mais une nécessité vitale. Au 30 juin 2026, la société ne disposait que d’un maigre 66 583 dollars en trésorerie, face à des passifs courants de 2,91 millions. Sans cette injection de capitaux, impossible de financer le forage NJOM-3, dont les coûts s’accumulent depuis des années.
Les dépenses capitalisées au Cameroun sur le premier semestre 2026 s’élèvent à 453 000 dollars, contre 982 000 un an plus tôt. Une baisse qui reflète les difficultés à maintenir les activités sans trésorerie solide. Si l’engagement de Prime Global Energies couvre les besoins immédiats, les prochaines étapes — tests, développement commercial — exigeront de nouveaux partenariats ou levées de fonds.
Dans ce contexte, l’expérience opérationnelle de Prime Global Energies, héritée de sa filiation avec le groupe italien Eni, est perçue comme un gage de sérieux par les autorités camerounaises. Une réputation qui pourrait faciliter l’obtention des derniers feuillets administratifs encore nécessaires.
L’ombre des retards : entre espoirs et réalités
Malgré l’enthousiasme suscité par l’arrivée de Prime Global Energies, les retards accumulés pèsent lourd dans la balance. Le projet Thali, initialement conçu comme un levier de croissance pour le secteur pétrolier camerounais, accumule les années de retard. L’exploitation de NJOM-3, si elle aboutit, pourrait relancer les attentes — mais le chemin reste semé d’embûches administratives, techniques et financières.
Pour l’heure, seule une finalisation rapide des accords permettrait au Cameroun de tourner la page des incertitudes et de donner enfin un coup d’accélérateur à son avenir énergétique.