Sénégal : la vague de paiements des arriérés publics de 1 900 milliards fcfa fait trembler l’économie politique

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L’engagement ferme du gouvernement sénégalais de régler, d’ici la fin de l’année en cours, les 1 900 milliards de FCFA d’arriérés publics accumulés suscite des réactions contrastées parmi les acteurs économiques. Annoncée par un haut responsable du ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, cette opération vise en priorité les petites et moyennes entreprises (PME), premières victimes de ces créances impayées. Si le calendrier et les modalités techniques restent à préciser, les observateurs s’interrogent déjà sur les retombées concrètes de cette initiative.

Un déblocage tant attendu par les entreprises sénégalaises

Pour les chefs d’entreprise, souvent dépendants des commandes publiques, l’annonce est vécue comme une bouffée d’oxygène. Les 1 900 milliards de FCFA représentent près de 10 % du PIB du Sénégal, un montant colossal qui reflète des années de retards de paiement dans les marchés publics, les factures fournisseurs non honorées et des créances fiscales non réglées. Les secteurs du bâtiment, des services informatiques et de la logistique administrative, où les PME locales jouent un rôle clé, ont particulièrement pâti de cette situation.

Les organisations patronales, dont le Conseil national du patronat (CNP) et la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), avaient tiré la sonnette d’alarme dès 2024, dénonçant les faillites en cascade et la crise de trésorerie qui menace le secteur privé. « Sans ces liquidités, c’est toute l’économie qui étouffe », estime un dirigeant interrogé sous couvert d’anonymat. Pourtant, les détails de l’opération peinent à émerger : quelles entreprises seront prioritaires ? Quels critères guideront les paiements ? À ce stade, Dakar reste évasif.

Dette cachée et suspicion : un héritage lourd à porter

L’ampleur des 1 900 milliards FCFA d’arriérés s’explique en partie par la découverte, en février 2025, de plusieurs centaines de milliards de FCFA de dettes non comptabilisées. Le rapport de la Cour des comptes a révélé des engagements publics passés sous silence, relançant la polémique sur la gestion budgétaire des années précédentes. Cette révélation a conduit le Fonds monétaire international (FMI) à geler son programme d’aide, exigeant un audit rigoureux avant toute reprise des décaissements. Un nouveau dialogue s’engage aujourd’hui pour finaliser un accord.

Dans ce contexte, le règlement des arriérés devient un enjeu majeur pour la crédibilité économique du pays. Le FMI considère que la résorption des domestic arrears (dettes internes) est un indicateur clé de bonne gouvernance. Plusieurs scénarios sont envisagés : paiements directs depuis la trésorerie, émission de bons du Trésor ou encore compensations fiscales. Mais chaque option a un coût, et le Sénégal devra arbitrer entre solde budgétaire et relance économique.

Un test pour le tandem Faye-Sonko et un précédent régional

Cette opération intervient à un moment charnière pour le Sénégal. Depuis avril 2024, le tandem Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko, élu sur un programme de transparence et de rupture, mise sur des mesures fortes pour regagner la confiance des acteurs privés. Tenir l’échéance de fin 2024 enverrait un signal puissant au secteur privé, après une période marquée par un ralentissement des commandes publiques et une dégradation des perspectives de croissance.

Le Sénégal n’est pas le premier pays de la région à se lancer dans ce genre d’opération. La Côte d’Ivoire, entre 2012 et 2015, avait apuré 800 milliards FCFA d’arriérés en combinant paiements directs et titres publics négociables. Le Bénin, en 2019, avait adopté une démarche similaire, avec des résultats encourageants pour les PME. Cependant, les défis restent de taille : où trouver les fonds nécessaires sans aggraver l’endettement ? Le marché régional des titres publics, où le Trésor sénégalais a déjà emprunté à des taux dépassant 8 % en 2025, pourrait offrir une solution, mais à quel prix ?

Arrière-scène : les coulisses d’un apurement décidé dans l’urgence

Derrière l’annonce officielle, les discussions autour de la faisabilité de l’opération sont vives. Deux scénarios s’affrontent : un apurement progressif, étalé sur plusieurs mois, ou une vague de paiements concentrée avant la clôture de l’exercice. « Si les fonds sont mal calibrés, on risque de créer une bulle de liquidités artificielles », craint un expert en finances publiques. La question du financement reste entière : faut-il privilégier l’endettement, des recettes exceptionnelles ou une compression des dépenses ailleurs ?

Les PME sénégalaises, elles, attendent des preuves concrètes. Après des mois de retards et de licenciements, elles espèrent que cette opération sera bien plus qu’un coup d’éclat politique. L’enjeu ? Redonner un souffle à l’économie locale, sans replonger le pays dans une crise fiscale.

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