La demande du chargé de mission du président béninois Romuald Wadagni de retirer la chaîne française CNews des bouquets Canal+ au Bénin suscite des réactions contrastées. En s’appuyant sur des propos jugés racists envers les populations africaines, cette initiative relance le débat sur les limites de la liberté d’expression et la responsabilité des médias. Retour sur les tenants et aboutissants d’une polémique qui divise l’opinion.
Une démarche portée par l’indignation face aux propos racists
Cotonou, capitale du Bénin, devient le théâtre d’une controverse médiatique. Claudy Siar, journaliste et chargé de mission du président de la République, Romuald Wadagni, a officiellement demandé le retrait de CNews des bouquets proposés par Canal+ dans le pays. Selon lui, la chaîne française diffuse régulièrement des contenus stigmatisants envers les Africains, une situation qu’il juge incompatible avec les valeurs de dignité et de respect des populations.
« Chaque jour, CNews participerait à une entreprise de dénigrement systématique des Africains, réduisant souvent nos concitoyens à des stéréotypes humiliants », déclare Claudy Siar. Pour le responsable, cette situation exige une réaction forte de la part des autorités béninoises afin de protéger les citoyens du pays, mais aussi de l’ensemble du continent africain.
Le journaliste s’appuie sur des précédents juridiques en France, où la chaîne a déjà été sanctionnée par l’Arcom pour des manquements à ses obligations. Une argumentation qui renforce sa position et invite à une réflexion plus large sur l’éthique des médias et leur impact transfrontalier.
Les acteurs clés impliqués dans cette bataille
Pour faire avancer sa cause, Claudy Siar a annoncé deux axes d’action principaux. D’une part, il compte solliciter directement la direction de Canal+ au Bénin afin d’obtenir le retrait de CNews de ses offres. D’autre part, il envisage une rencontre avec la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), l’institution béninoise chargée de réguler le secteur.
Cette double démarche illustre une volonté de mobiliser à la fois les acteurs privés et publics. La HAAC, présidée par Édouard Loko, pourrait examiner les préoccupations soulevées et déterminer les suites à donner, notamment en fonction des compétences légales de l’autorité. Cependant, une demande adressée à un distributeur ne suffit pas à interdire administrativement une chaîne, ce qui laisse la porte ouverte à une négociation ou à un refus.
À ce jour, aucune décision officielle n’a été annoncée concernant un retrait de CNews des bouquets Canal+ au Bénin. Les prochaines étapes dépendront de la réponse de l’opérateur et des éventuelles démarches engagées par les instances compétentes.
Des sanctions déjà prononcées contre CNews en France
La polémique intervient dans un contexte où CNews a déjà été la cible de sanctions en France. En juillet 2024, l’Arcom a infligé deux amendes à la chaîne pour des manquements liés à des propos diffusés dans deux de ses émissions. Ces décisions ne qualifient pas l’intégralité des contenus comme racists, mais soulignent des obligations réglementaires non respectées.
Cette situation complexifie le débat au Bénin, où les accusations de Claudy Siar reposent sur une interprétation des programmes. Elles ne sont pas encore étayées par une décision juridique béninoise, mais reflètent une préoccupation croissante quant à l’impact des médias étrangers sur les populations locales.
Un débat qui dépasse les frontières du Bénin
L’initiative du chargé de mission soulève une question essentielle : comment concilier la lutte contre les discours de haine et le respect de la liberté d’expression, surtout lorsque les contenus sont diffusés au-delà des frontières nationales ?
D’un côté, la protection contre les discriminations et les propos racists représente un enjeu majeur pour la dignité humaine. De l’autre, toute restriction de diffusion peut être perçue comme une atteinte au pluralisme de l’information et aux droits des citoyens.
Pour l’heure, la démarche de Claudy Siar ouvre un dialogue sans présumer de son issue. Les réponses des différents acteurs – Canal+, la HAAC, et peut-être d’autres autorités – détermineront si cette initiative se traduira par une mesure concrète ou restera une contestation publique.