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Poulet importé : les dessous d’un bras de fer entre le Gabon et Washington

Un contentieux qui dépasse le simple congélateur

Derrière la décision gabonaise d’interdire les importations de poulet de chair à partir du 1er janvier 2027, se cache un véritable bras de fer avec Washington. Ce différend, porté devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), révèle des enjeux bien plus profonds qu’une simple querelle commerciale. Il met en lumière la volonté de Libreville de reprendre le contrôle de sa filière avicole et d’affirmer sa souveraineté alimentaire.

Le vrai enjeu : une bataille pour la souveraineté alimentaire

Le Gabon est membre de l’OMC depuis 1995 et cherche depuis plusieurs années à réduire sa dépendance aux importations de volaille. En 2021, celles-ci s’élevaient à 97,7 millions de dollars. Le programme PRODIAG témoigne de cette volonté de développer l’élevage national. Mais la décision de fermer le marché aux poulets étrangers ne peut se justifier uniquement par une préférence nationale. Elle doit s’accompagner d’une politique cohérente et transparente pour être défendable sur le plan juridique.

Derrière la mesure, une stratégie de développement

Pour Libreville, l’enjeu est de démontrer que cette protection permet une montée en puissance réelle de la filière locale. Il ne suffit pas d’interdire les importations pour créer des élevages compétitifs. Il faut des capacités de production, des aliments pour animaux à coût maîtrisé, des infrastructures, des normes sanitaires et des circuits de distribution efficaces. C’est à ce prix que la souveraineté alimentaire deviendra une réalité tangible.

Pouvoir d’achat et retombées économiques

La question du pouvoir d’achat est centrale. Une production locale insuffisante ou trop chère déplacerait le problème au lieu de le résoudre. À l’inverse, une filière structurée peut transformer une dépense d’importation en revenus pour les producteurs, en emplois et en valeur ajoutée pour l’économie nationale. Le débat ne doit donc pas opposer poulet importé et poulet gabonais, mais porter sur le modèle économique que le pays veut bâtir.

New York, une tribune pour défendre sa position

Alors que la 81e Assemblée générale des Nations unies se tient à New York du 22 au 28 septembre 2026, le Gabon dispose d’une occasion unique pour exposer sa doctrine. Si les procédures de l’OMC restent le cadre approprié pour trancher le contentieux, cette tribune internationale permet à Libreville de replacer le débat avicole dans les enjeux plus larges de sécurité alimentaire et d’autonomie productive. La session, placée sous le thème de la restauration de la confiance et de la gestion de la transformation, offre un écho favorable à cette ambition.

Une échéance qui engage l’avenir

L’échéance du 1er janvier 2027 donne à cette ambition une traduction concrète. Pour de nombreux pays africains, la question est la même : comment utiliser les instruments du commerce international tout en construisant des économies capables de produire ce qu’elles consomment ? La souveraineté alimentaire ne sera durable que si la protection du marché devient le point de départ d’une véritable capacité à produire, investir et créer de la valeur.