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Pêche au Gabon : ce que révèle vraiment la renégociation avec l’Union européenne

Pêche au Gabon : les dessous d’une renégociation très attendue

Le 18 septembre, Libreville a officiellement donné son feu vert à l’ouverture de négociations avec l’Union européenne pour un nouvel accord de partenariat de pêche durable. Derrière l’annonce, un constat s’impose : l’ancien partenariat, dénoncé en juin 2025, n’a pas tenu ses promesses. En cause, un décalage persistant entre les droits d’accès accordés aux navires européens et les retombées économiques réellement perçues par le Gabon. Cette renégociation n’est donc pas qu’une simple remise à plat administrative : elle met en lumière les failles d’un modèle qui a longtemps profité à d’autres qu’au pays côtier.

Le précédent accord avait été dénoncé par le Gabon le 4 juin 2025, et son protocole d’application a expiré le 28 juin 2026. Depuis, les navires européens ne disposent plus d’aucun cadre légal pour pêcher dans les eaux gabonaises. La clause d’exclusivité de l’ancien texte empêche même toute autorisation individuelle de contourner cette suspension. Une situation inédite qui place Libreville en position de force pour redéfinir les termes du partenariat.

Un modèle économique qui a montré ses limites

Le premier dossier sur la table sera financier. L’ancien protocole tablait sur une capacité de référence de 32 000 tonnes pour calculer la contribution européenne, sans garantie de captures réelles. Bruxelles versait 1,6 million d’euros par an pour l’accès aux ressources, complété par une enveloppe annuelle d’un million d’euros dédiée au développement du secteur. Mais dans les faits, les résultats ont été bien en deçà des attentes : entre 2022 et 2024, les navires européens n’ont capturé en moyenne que 10 604 tonnes par an. Sur les 27 autorisations prévues pour les thoniers senneurs, seulement 54 % ont été utilisées. Quant aux six licences réservées aux thoniers canneurs, elles n’ont jamais été exploitées.

Ces écarts entre droits théoriques et usage réel devraient peser lourd dans la renégociation. Nombre de navires, prix d’accès à la tonne, modalités de calcul de la contribution européenne : autant de paramètres qui seront rediscutés. Mais l’enjeu véritable dépasse la seule question financière. Il touche à la capacité du Gabon à transformer cette activité en valeur économique locale.

De l’accès aux eaux à la création de richesses locales

L’ancien protocole prévoyait que 30 % au moins des captures soient transbordées dans un port gabonais, sous réserve de conditions économiques acceptables. En cas de transbordement, les prises accessoires devaient également être débarquées sur place. Dans la pratique, ces dispositions sont restées lettre morte. Les navires européens ont rarement fréquenté les infrastructures portuaires gabonaises, préférant débarquer et transformer leurs captures en Côte d’Ivoire. Résultat : selon l’évaluation européenne, le Gabon n’aurait capté que 23 % de la valeur ajoutée générée, contre 47 % pour d’autres acteurs, notamment en Côte d’Ivoire et au Sénégal, via les activités portuaires, les emplois embarqués et la transformation.

Le prochain accord devra trancher une question fondamentale : le Gabon veut-il simplement monétiser l’accès à sa ressource, ou construire une véritable chaîne de valeur sur son territoire ? Débarquements, infrastructures portuaires, transformation, emploi national : ces sujets deviennent aussi stratégiques que le montant de la compensation financière.

Le financement du secteur, un autre point de friction

Sur les 5 millions d’euros d’appui sectoriel prévus sur cinq ans, seuls 2 millions avaient été transférés au moment de l’évaluation menée entre décembre 2024 et mai 2025. À peine plus de 20 % de l’enveloppe pluriannuelle avait été consommée. Des infrastructures restaient inachevées, et les indicateurs retenus mesuraient davantage l’exécution de livrables que leurs effets économiques réels. Un constat qui plaide pour une refonte complète des mécanismes de suivi.

Des faiblesses techniques à corriger absolument

Les négociations devront aussi s’attaquer à plusieurs dysfonctionnements. L’embarquement de marins gabonais qualifiés était prévu, mais aucune liste conforme aux critères n’a jamais été transmise aux armateurs européens. Les compensations en cas de non-embarquement n’ont donc jamais été appliquées. Le contrôle des captures doit également être renforcé : le système électronique de déclaration n’était pas totalement opérationnel, et des divergences de méthode entre les deux parties ont créé des écarts dans les données. Dans ce contexte, la transparence sur les volumes réellement pêchés devient une condition sine qua non pour évaluer la valeur du partenariat.

L’évaluation européenne recommande notamment de reconsidérer les six licences jamais utilisées pour les thoniers canneurs et d’adapter le nombre d’autorisations pour les senneurs. Autrement dit, le prochain accord ne pourra plus se contenter d’afficher des intentions : il devra produire des résultats vérifiables.

Vers une souveraineté halieutique gabonaise ?

La renégociation qui s’ouvre ne portera donc pas uniquement sur le montant versé par Bruxelles en échange d’un accès aux eaux gabonaises. Elle devra définir les conditions d’un partenariat où chaque tonne pêchée se traduit par des retombées identifiables pour l’économie nationale : revenus, emplois, débarquements, transformation, développement des infrastructures. Pour Libreville comme pour Bruxelles, l’heure est venue de tirer les leçons du précédent accord. Le futur partenariat sera jugé moins sur ses engagements théoriques que sur sa capacité à produire des résultats concrets. Pour le Gabon, cette séquence est décisive : la ressource halieutique devient un instrument potentiel de souveraineté économique et de création de valeur locale.