Mali : les coulisses des exactions qui se poursuivent sous africa corps, révélées par amnesty international

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Alors que le Mali annonçait un tournant sécuritaire avec le remplacement de Wagner par Africa Corps en juin 2025, les coulisses de la violence persistent. Les rapports d’Amnesty International, publiés entre fin 2025 et octobre 2026, révèlent une continuité troublante des exactions contre les civils. Meurtres, tortures, disparitions et impunité : les pratiques contestées ne semblent pas avoir disparu avec la dissolution du groupe russe. Poursuivons-nous une illusion de sécurité au mépris des droits fondamentaux ?

Les exactions documentées : une liste noire qui s’allonge malgré le changement de régime

Les investigations menées par l’organisation internationale dans les régions de Ségou, Mopti et Tombouctou dressent un bilan accablant. Entre juin 2023 et décembre 2025, 34 civils ont été tués lors d’opérations militaires impliquant les Forces armées maliennes (FAMa) et d’anciens membres de Wagner, désormais intégrés à Africa Corps. Les méthodes utilisées soulèvent des questions sur leur légalité : exécutions sommaires, égorgements, brûlures, et frappes aériennes ciblant des marchés et des habitations.

Parmi les cas les plus graves, une frappe de drone sur le marché d’Ejdeir en mars 2025 aurait causé la mort de 16 personnes, tandis qu’une attaque similaire à Tangata en novembre de la même année aurait fait sept victimes. Dans les deux cas, aucune preuve n’aurait été trouvée confirmant la présence de combattants ou de cibles militaires légitimes sur place. Ces épisodes, documentés par des témoins et des survivants, pourraient constituer des crimes de guerre selon le droit international.

Torture et détentions arbitraires : l’ombre persistante des méthodes controversées

Amnesty International met en lumière un autre aspect des abus : la torture systématique dans des lieux de détention comme Léré et Nampala. Les témoignages de 15 survivants décrivent des scènes dignes du pire : suspensions par les bras, électrocutions, simulations de noyade, coups brutaux avec des objets contondants. Certaines victimes rapportent aussi des violences sexuelles. Au moins cinq décès seraient directement imputables à ces pratiques, tandis que d’autres détenus auraient subi une privation prolongée de droits élémentaires : absence de contact avec l’extérieur, impossibilité de consulter un avocat ou un juge.

Le rapport précise que certains sévices auraient été commis par d’anciens membres de Wagner, aux côtés de soldats maliens, certains de ces derniers ayant participé aux interrogatoires sans intervenir pour stopper les violences. Ces agissements rappellent une collaboration inquiétante entre les nouvelles forces et les pratiques passées.

Des communautés dans le viseur : quand l’appartenance devient un danger

Les communautés peules, arabes et touarègues seraient particulièrement visées. Ciblées en raison de soupçons de complicité avec des groupes armés, ces populations subissent rafles, pillages de biens et destructions de propriétés. Le rapport mentionne des cas de représailles collectives, interdites par le droit international, alors que les populations sont déjà éprouvées par des années d’insécurité, de déplacements forcés et de crise alimentaire.

L’agriculture et l’élevage, piliers économiques de ces régions, sont paralysés par la peur et les restrictions imposées par les forces de sécurité. Piller le bétail ou les réserves alimentaires aggrave une situation humanitaire déjà précaire, transformant la lutte contre le terrorisme en une spirale de souffrance.

Africa Corps : une façade de changement qui ne convainc plus

Officiellement déployé en janvier 2025 et présenté comme une alternative à Wagner, Africa Corps opère désormais sous le contrôle direct de Moscou. Pourtant, ses premières actions sur le terrain, notamment à Bombori en juillet 2026, répètent les schémas des anciens groupes. Lors d’une opération, environ 80 hommes d’un quartier peul auraient été rassemblés, battus et interrogés sur leurs liens supposés avec les insurgés. Six personnes abattues en tentant de fuir, trois autres exécutées sommairement. Ces actes, s’ils sont confirmés, confirment une continuité préoccupante.

L’implication des autorités maliennes dans ces opérations conjointes interroge : quel est le rôle exact de Bamako ? Quels sont les mécanismes de contrôle mis en place pour garantir le respect des droits ? Et surtout, comment expliquer cette inertie face à l’impunité ?

L’impunité, ce cancer qui ronge la justice malienne

Malgré l’ampleur des allégations, aucun membre des forces gouvernementales n’aurait été poursuivi pour des exactions commises depuis 2023. Cette absence de justice officielle envoie un signal désastreux : la peur des représailles dissuade les témoins de parler, tandis que l’accès restreint aux zones de conflit limite toute enquête indépendante. Sans transparence ni véritable volonté politique, les violations ne peuvent que persister.

Amnesty International exige des autorités maliennes qu’elles ouvrent sans délai des enquêtes crédibles, qu’elles poursuivent les responsables présumés et qu’elles assurent un accès réel des victimes à la justice. Le pays doit aussi clarifier les accords passés avec Africa Corps et instaurer des mécanismes de surveillance stricts pour éviter que les opérations militaires ne se transforment en chasses à l’homme.

La sécurité ne peut se construire sur un cimetière de droits humains. Le Mali doit choisir entre une guerre sans fin ou une justice qui rétablit la confiance. Les civils, pris en étau entre les groupes armés et les forces de l’ordre, méritent mieux que des promesses vides et des bilans macabres.

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