Le Nigeria face à une triple menace : enlèvements, tensions régionales et la réforme des polices d’État

Les récentes déclarations du Président nigérian, Bola Ahmed Tinubu, concernant l’origine de l’insécurité dans le nord de son pays résonnent fortement alors que le Nigeria traverse une période marquée par une recrudescence des enlèvements. Le 30 juillet dernier, lors d’un échange avec des chefs traditionnels nigérians, le chef d’État a pointé du doigt des éléments terroristes venant des nations voisines comme responsables de certaines attaques et rapts. Ces propos ont rapidement provoqué une réaction du côté de l’Alliance des États du Sahel (AES). Par la voix de son ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, l’AES a rappelé, dans un communiqué du 7 août, que le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Nigeria combattent un « ennemi commun ».

Une vague d’enlèvements qui alerte

Au-delà de cette joute diplomatique, la situation sécuritaire sur le terrain demeure préoccupante. Début août, une opération d’envergure a permis de libérer plus de 300 personnes séquestrées dans le nord du Nigeria. Ces victimes, dont des habitants de Woro (État de Kwara) et d’autres de l’État du Niger, avaient été détenues dans la forêt du parc national du lac Kainji. Quelques jours auparavant, des témoins locaux rapportaient l’enlèvement d’au moins 52 individus, y compris des enfants, à Kasuwar Daji, dans l’État de Zamfara.

Ces incidents soulignent l’ampleur d’une crise qui dépasse largement les frontières nigérianes. Le banditisme armé, l’action des groupes jihadistes, les enlèvements contre rançon et la porosité des frontières contribuent à une insécurité persistante dans les régions du nord-ouest, du nord-centre et du nord-est du pays. Bien que les autorités nigérianes s’efforcent d’améliorer la coordination entre l’armée, la police, les services de renseignement et les unités antiterroristes, la multiplication des rapts maintient une forte pression sur Abuja.

La réforme des polices d’État : espoirs et interrogations

Dans ce contexte tendu, un projet de loi visant à instituer des polices propres à chaque État nigérian avance. Ce texte, initié par Bola Tinubu et approuvé par la Chambre des représentants, propose un modèle policier dual : une force fédérale pour les enjeux nationaux et des services de police d’État dédiés à une réponse plus rapide aux menaces locales. Les défenseurs de cette décentralisation estiment qu’elle mènerait à une meilleure connaissance du terrain, une intervention plus prompte et un renseignement de proximité plus efficace face aux enlèvements et aux assauts des groupes armés.

Toutefois, cette réforme suscite également des interrogations. Si la création de polices d’État pourrait renforcer l’autonomie et la capacité d’action des gouverneurs, souvent considérés comme les garants de la sécurité locale sans réel pouvoir opérationnel, elle exige des mécanismes de contrôle rigoureux. Ces garde-fous sont essentiels pour prévenir les dérives politiques, les abus de pouvoir ou d’éventuels conflits de compétences entre les forces fédérales et locales.

L’impératif d’une coopération régionale

La réaction de l’AES met en lumière l’idée que la lutte contre le terrorisme et les enlèvements ne saurait se résumer à de simples accusations mutuelles entre pays voisins. Alors qu’Abuja cherche à renforcer la sécurité de son territoire par une refonte de son système policier, la crise actuelle démontre l’urgence d’une coopération transfrontalière accrue. Qu’il s’agisse du nord du Nigeria ou de la région du Sahel, l’ennemi évolue, s’adapte et exploite les vulnérabilités des États. Une réponse efficace devra donc être pensée à l’échelle locale, nationale et régionale.