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Kribi : l’incroyable métamorphose d’un village de pêcheurs en hub économique grâce au port chinois
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Les coulisses d’une révolution portuaire méconnue

Il y a quinze ans, Mboro, modeste village de pêcheurs isolé dans le sud du Cameroun, n’était qu’un point insignifiant sur la carte. Aujourd’hui, ce même lieu abrite l’un des ports en eau profonde les plus performants d’Afrique centrale, révélant les dessous d’une transformation économique sans précédent. Derrière cette mutation spectaculaire se cache une alliance stratégique entre le Cameroun et la Chine, dont les répercussions s’étendent bien au-delà des frontières maritimes.

De la plage de sable aux infrastructures modernes : l’aventure commence

Avant que les engins de chantier ne foulent le sable de Kribi, l’espace n’était qu’un simple rivage rocheux bordé de pistes terreuses. Les premiers ingénieurs chinois, arrivés en 2011 sous la bannière de la China Harbour Engineering Company (CHEC), ont dû composer avec des conditions extrêmes. « La route d’accès se résumait à un étroit sentier serpentant entre les récifs. À l’époque, nous devions slalomer entre les nids-de-poule pour atteindre le site », confie Gu Gaobai, aujourd’hui directeur général des projets de la CHEC au Cameroun.

Les travaux, lancés dans des conditions précaires, ont donné naissance à un complexe portuaire d’envergure régionale. Les routes défoncées ont été remplacées par des chaussées modernes, tandis que l’éclairage public a dissipé les ténèbres des nuits camerounaises. Les témoignages des locaux confirment cette mutation : « Avant, nous vivions dans l’isolement. Aujourd’hui, les opportunités sont partout », explique Jean-Kalvin Assembe, habitant depuis plus de trois décennies.

Le port de Kribi, moteur invisible d’une croissance régionale

Ce joyau d’ingénierie n’est pas qu’une réussite technique : il incarne un changement de paradigme pour l’économie camerounaise. Contrairement au port de Douala, limité par son estuaire peu profond, Kribi offre une capacité d’accueil inédite pour les navires de grand tonnage. Cette infrastructure stratégique permet au Cameroun de capter une part croissante des échanges commerciaux de l’Afrique centrale.

Une zone industrielle en pleine expansion

Depuis son lancement en 2018, la zone industrielle adjacente au port a attiré des investissements colossaux. « Plus de 400 milliards de francs CFA ont été injectés dans cette zone, avec 93 autorisations accordées et 18 entreprises déjà en activité », détaille Patrick Mpila Ayissi, responsable des infrastructures. Le potentiel est immense : d’ici 15 ans, la zone devrait générer jusqu’à 50 000 emplois directs et 150 000 indirects, tout en drainant près de 900 millions de dollars d’investissements.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le trafic de conteneurs a été multiplié par quatre depuis 2018, dépassant les 555 000 EVP en 2025. Le volume global des marchandises traitées a franchi la barre des 12,7 millions de tonnes en 2024. Les voisins du Cameroun – Gabon, République centrafricaine, Tchad, Congo et Guinée équatoriale – bénéficient déjà de ces flux logistiques renforcés par des acteurs comme MSC.

Quand le port transforme les destins : le pouvoir des compétences locales

Au-delà des infrastructures, c’est toute une main-d’œuvre camerounaise qui s’est métamorphosée. Ngatugirius Ndenya, ancien soudeur à Yaoundé, incarne cette évolution. « En 2013, j’arrivais sans expérience spécifique en construction portuaire. Grâce à la formation encadrée par les experts chinois, je maîtrise désormais tous les aspects de la soudure », raconte-t-il, fier de son parcours.

D’autres parcours illustrent l’impact social de ce projet. Armand Guehoada, passé du statut de travailleur précaire à celui de cadre commercial à la CHEC, témoigne : « Avant Kribi, je gagnais à peine 100 000 francs CFA par mois. Aujourd’hui, je possède trois véhicules et peux subvenir aux besoins de ma famille. » Ces success stories reflètent une réalité plus large : des milliers de Camerounais ont acquis des compétences exploitables bien au-delà du port.

Un partenariat sino-camerounais qui défie le temps

La réussite de Kribi s’inscrit dans la durée, comme en témoignent les financements concessionnels chinois qui ont permis sa construction. « Ce port symbolise une coopération ancrée dans le temps, où chaque étape a été planifiée pour maximiser les retombées locales », souligne Patrick Mpila Ayissi. Patrice Melom, directeur général de l’Autorité portuaire de Kribi, ajoute : « Notre défi désormais ? Faire de cette infrastructure un levier de croissance durable pour le Cameroun et l’Afrique centrale. »

Kribi, futur Shenzhen africain ?

Les analystes s’accordent à comparer Kribi à Shenzhen, cette ville chinoise devenue un modèle de développement industriel. Gu Gaobai, de la CHEC, va plus loin : « Beaucoup de nos partenaires étrangers qualifient Kribi de ‘ville du futur’. Son essor reflète une ambition partagée : concilier modernité et prospérité locale. »

Avec ses routes asphaltées, ses zones industrielles en ébullition et ses cadres formés sur place, Kribi n’est plus un simple port. C’est un laboratoire où se dessinent les contours d’une Afrique centrale plus connectée, plus industrieuse et résolument tournée vers l’avenir.

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