Un désaveu cinglant pour la politique d’investissement public
Les annonces budgétaires se succèdent au Burkina Faso, mais le bilan réel des infrastructures laisse le citoyen sur sa faim. Avec seulement 37 % de projets d’investissement public aboutis, les 63 % restants soulèvent une question lancinante : que deviennent ces milliards engagés, censés transformer le quotidien des Burkinabè ? Les réactions sont unanimes : l’économie des promesses doit céder la place à une logique de résultats tangibles.
Les 63 % « volatilisés » : une fuite en avant qui interroge
Les chiffres sont accablants et le Fonds monétaire international (FMI) ne mâche pas ses mots dans ses dernières évaluations : malgré la modernisation des procédures administratives et l’augmentation des budgets, moins de 40 % des projets d’infrastructure voient le jour. Un paradoxe cruel qui révèle un système où l’argent est mobilisé, mais où la concrétisation reste lettre morte. Pour les économistes, cette situation confirme l’échec d’une gouvernance publique trop souvent déconnectée des réalités du terrain.
Les quatre plaies béantes du système d’investissement
L’évaporation de 63 % des fonds publics ne relève pas du hasard. Elle est la conséquence directe de dysfonctionnements structurels, aussi profonds que coûteux.
1. L’enfer des études bâclées
Nombre de projets sont inscrits au budget avant même que les études de faisabilité ne soient sérieusement menées. Coûts sous-estimés, sites inadaptés, priorités floues : dès les premières semaines de chantier, les imprévus s’accumulent. Les budgets explosent, les délais s’allongent, et les premiers financements s’évaporent sans jamais produire l’infrastructure promise. Résultat ? Des millions de francs CFA engloutis dans des trous d’eau.
2. L’asphyxie des entreprises locales par les lenteurs administratives
Le parcours des marchés publics au Burkina Faso ressemble à un vrai chemin de croix. Entre les procédures d’attribution interminables et les retards de paiement répétés de l’État, les entreprises du BTP, souvent des PME, se retrouvent asphyxiées. Sans trésorerie, elles abandonnent les chantiers en cours, laissant derrière elles des infrastructures à moitié terminées et des dettes impayées. Une partie des fonds publics disparaît ainsi dans l’attente éternelle de régularisations.
3. L’abandon systématique des infrastructures livrées
Même lorsqu’un projet parvient à être achevé, le cauchemar ne s’arrête pas là. Faute de budgets dédiés à l’entretien et à la maintenance, les routes neuves se crevassent dès la première saison des pluies, les réseaux d’eau se bouchent, et les installations électriques tombent en panne. Une partie du capital public se dégrade prématurément, réduisant à néant l’investissement initial. Les milliards dépensés ne servent qu’à financer des infrastructures éphémères.
4. L’écart entre la loi et la réalité du terrain
Le Burkina Faso a modernisé son cadre institutionnel pour séduire les bailleurs de fonds internationaux. Pourtant, sur le terrain, l’application des règles de transparence et de suivi reste largement formelle. Les audits sont rares, les indicateurs de performance sont flous, et les responsables peinent à rendre des comptes. Résultat : un système où les bonnes pratiques sont écrites, mais où les dérives persistent sans conséquences.
Les PPP, une solution miracle ou un nouveau piège ?
Face à l’échec flagrant du système actuel, certains proposent de miser davantage sur les Partenariats Public-Privé (PPP). L’idée ? Faire appel au secteur privé pour financer et réaliser des projets, tout en transférant une partie des risques. Une piste séduisante, mais qui comporte des risques majeurs.
Si l’État ne renforce pas en parallèle sa capacité d’évaluation et de contrôle, le Burkina Faso risque de tomber dans le piège des surcoûts financiers. Les garanties publiques accordées aux investisseurs privés pourraient alourdir encore davantage les budgets futurs, sans pour autant garantir un meilleur taux de réalisation des projets. Pire : cette stratégie pourrait simplement déplacer le problème, en externalisant la responsabilité de l’échec à des acteurs privés mal encadrés.
Pour un investissement public qui tienne ses promesses
Avec un taux d’exécution physique bloqué à 37 %, injecter davantage de capitaux dans le système actuel revient à verser de l’eau dans un panier percé. La réussite d’une politique d’investissement ne se mesure plus au volume des lois de finances adoptées, mais à la réalité des infrastructures livrées, durables et utiles.
Pour le citoyen burkinabè, la seule question qui compte est simple : quand verra-t-il concrètement les fruits de ces milliards engagés ? Le gouvernement doit impérativement réparer la chaîne d’exécution publique, sous peine de voir la défiance grandir. Chaque franc engagé doit se traduire par une infrastructure tangible, durable et accessible. Sans quoi, les promesses continueront de s’envoler comme des bulles de savon, laissant derrière elles un pays toujours plus friable.