Bénin : après l’adhésion à la convention africaine, la société civile se mobilise pour concrétiser les promesses

Écoutez cet article6 min

Une décision historique qui suscite l’espoir comme les interrogations

C’est un tournant majeur dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles au Bénin. Lors du Conseil des ministres du 4 novembre 2026, présidé par Romuald Wadagni, le gouvernement a décidé de soumettre à l’Assemblée nationale la Convention de l’Union africaine sur l’élimination des violences de genre. Une annonce qui a provoqué des réactions contrastées dans le pays : certains applaudissent cette avancée, tandis que d’autres s’interrogent sur sa mise en œuvre effective dans un contexte où les mentalités peinent encore à évoluer.

La Convention africaine : un cadre juridique sans précédent pour protéger les victimes

Adoptée à Addis-Abeba en février 2025, cette Convention se distingue par son ambition : éradiquer toutes les formes de violences envers les femmes, qu’elles soient physiques, psychologiques, économiques ou numériques. Contrairement aux textes précédents, elle ne se limite pas aux espaces privés : elle intègre désormais les violences en ligne, un fléau en pleine expansion au Bénin, où les femmes subissent de plus en plus de cyberharcèlements et de diffamations en ligne.

Parmi ses innovations figure également une clause forte : aucune tradition, aucune religion ni aucune coutume ne peut justifier la violence. Une disposition qui bouscule certains usages ancrés dans la société béninoise et qui place la dignité humaine au-dessus de toute norme sociale.

Une approche globale pour briser le silence

La Convention innove aussi en plaçant les victimes au cœur du dispositif. Elle exige des États non seulement la répression des actes, mais aussi une prise en charge adaptée : soutien psychologique, protection juridique et accompagnement social. Une révolution pour un pays où les femmes victimes de violences hésitent souvent à porter plainte par peur des représailles ou par manque de confiance dans les institutions.

Autre pilier de ce texte : la prévention. La Convention enjoint les gouvernements à impliquer les hommes et les garçons dans la déconstruction des stéréotypes de genre. Une nécessité au Bénin, où les inégalités persistent malgré les avancées législatives.

Les défis d’une ratification : entre avancées juridiques et résistance des mentalités

La transmission du texte à l’Assemblée nationale marque une étape cruciale, mais le processus ne fait que commencer. Les députés devront voter pour autoriser la ratification, une décision qui pourrait être entravée par des résistances politiques ou des clivages idéologiques. Déjà, des voix s’élèvent pour critiquer une approche « trop occidentalisée » de la question, tandis que les associations féministes réclament une application immédiate des mesures proposées.

Le rôle clé des acteurs locaux dans la réussite du projet

La Ministre Véronique Tognifodé, en charge de la Famille et de l’Action sociale, insiste sur la nécessité d’une mobilisation collective. « La ratification de cette Convention est un pas en avant, mais sans une réforme des mentalités et des pratiques, elle ne suffira pas », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse. Elle appelle à une campagne de sensibilisation massive, ciblant à la fois les populations rurales et urbaines, et à un renforcement des structures d’accueil pour les victimes.

Vers une application concrète : le Bénin peut-il vraiment changer la donne ?

Le véritable test se situera entre le 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, et le 10 décembre, fin des 16 jours d’activisme. Ces semaines seront décisives pour évaluer la volonté politique du gouvernement. Plusieurs ONG locales, comme l’Association des Femmes Juristes du Bénin, ont d’ores et déjà annoncé des actions de plaidoyer pour faire pression sur les décideurs.

Les attentes des victimes et des militantes

Pour les femmes victimes de violences, la Convention représente un espoir. « Enfin, un texte qui reconnaît nos souffrances et nous donne les moyens de nous défendre », témoigne une militante de Cotonou. Pourtant, les craintes persistent : les mécanismes de protection actuels sont-ils prêts à absorber cette nouvelle charge ? Les forces de l’ordre et les tribunaux disposent-ils des ressources nécessaires pour appliquer ces mesures ?

L’espoir d’un nouveau chapitre pour les droits des femmes

Alors que le Bénin s’apprête à tourner une page de son histoire juridique, tout reste à construire. Une fois ratifiée, la Convention obligera le pays à aligner ses lois sur les standards continentaux, mais aussi à repenser en profondeur ses politiques sociales. Le défi est colossal : transformer des promesses politiques en actions concrètes, dans un pays où la violence de genre reste un tabou tenace.

Une chose est sûre : cette décision place Romuald Wadagni sous les projecteurs. Will-il réussir là où ses prédécesseurs ont échoué ? La réponse dépendra moins des textes que de la capacité du Bénin à faire évoluer les mentalités. Car, comme le rappelle la Convention, protéger les femmes, ce n’est pas seulement rédiger des lois — c’est aussi changer la société.

Suivre l'actualitéRecevez les nouveaux articles dans votre lecteur de flux préféré