Refus d’asile pour un lanceur d’alerte centrafricain après des révélations explosives

Refus d’asile pour un lanceur d’alerte centrafricain après des révélations explosives

  • Sa demande d'asile en France a été refusée, le journaliste continue de se cacher en France avec ses proches en attendant la décision du recours qu'il a déposé.

l’essentiel Ephrem Yalike-Ngonzo, journaliste centrafricain, a vu sa demande d’asile rejetée en France. Il avait pourtant obtenu un laisser-passer grâce à l’intervention d’Emmanuel Macron après avoir révélé les agissements du groupe Wagner en Centrafrique.

Ephrem Yalike-Ngonzo incarne désormais un symbole des dangers encourus par ceux qui osent défier la propagande russe en Afrique. En mai 2024, ce journaliste a franchi une ligne rouge en exposant publiquement les mécanismes de désinformation orchestrés par le groupe Wagner en Centrafrique. Ces révélations, qui ont contribué à l’adoption de sanctions européennes contre des responsables russes, lui ont valu des menaces de mort immédiates. Depuis, il vit reclus en France, où il avait été accueilli sous protection grâce à un laissez-passer exceptionnel obtenu auprès des autorités françaises.

Pourtant, ce vendredi, sa demande d’asile a été refusée. Une décision qualifiée par son avocat de « signal extrêmement négatif » envers tous ceux qui luttent contre les manipulations informationnelles orchestrées par Moscou. Son recours, déposé en urgence, pourrait aboutir dans un délai d’un an. En attendant, le journaliste et sa famille doivent rester cachés, tandis que ses proches en Centrafrique subissent des pressions constantes pour révéler son lieu de résidence.

Un parcours marqué par l’engagement et la répression

Fin 2019, Ephrem Yalike-Ngonzo, alors journaliste pour plusieurs médias, a été contacté par des intermédiaires liés à Wagner. On lui proposait une somme modique – entre 15 et 30 euros par article – pour relayer la propagande pro-gouvernementale et pro-russe. Une somme suffisante pour influencer son travail dans un pays où les salaires journalistiques sont souvent dérisoires. Ses articles, publiés dans des titres locaux, visaient à glorifier l’armée centrafricaine et ses alliés russes, sans jamais mentionner les exactions commises sur le terrain.

Mais en 2024, lors d’une enquête menée avec le consortium Forbidden Stories, il a choisi de briser le silence. Ses témoignages, étayés par des preuves documentaires, ont révélé l’ampleur des opérations d’influence russe en Centrafrique. Ces révélations ont non seulement mis en lumière les méthodes de Wagner, mais aussi permis l’identification de Mikhaïl Prudnikov, un haut responsable russe de la propagande en Afrique, sanctionné par l’Union européenne.

Un avenir incertain pour le lanceur d’alerte

Alors que son recours est en cours, Ephrem Yalike-Ngonzo reste sous la menace constante des représailles. Ses proches, restés en Centrafrique, sont régulièrement convoqués par des autorités locales pour dénoncer son activité. La décision de la Cour nationale du droit d’asile, attendue dans plusieurs mois, pourrait sceller son destin en France. En attendant, il survit dans l’ombre, symbole d’une lutte pour la vérité qui coûte cher en Afrique centrale.