Liberté de la presse au Niger : six journalistes ciblés par un harcèlement judiciaire sans précédent

Le 2 novembre dernier, les forces de la police judiciaire à Niamey ont interpellé six professionnels des médias, une action dénoncée comme une atteinte directe à la liberté de la presse au Niger. Alors que trois d’entre eux ont été jetés en prison de manière arbitraire, des organisations internationales de défense des droits humains montent au créneau pour exiger leur libération immédiate face à ce qu’elles qualifient de harcèlement judiciaire systématique.

Cette vague d’arrestations concerne des figures médiatiques majeures du pays : Moussa Kaka, directeur de Radio-télévision Saraounia (RTS) et ex-correspondant de RFI, Abdoul Aziz Idé, Ibro Chaibou, Youssouf Seriba (directeur des Échos du Niger), Oumarou Kané (fondateur du journal Le Hérisson) et Souleymane Brah (directeur de La voix du peuple). Tous font face à des accusations de « complicité dans la diffusion d’informations susceptibles de troubler l’ordre public », en s’appuyant sur l’article 31 de la loi sur la cybercriminalité de 2019, durcie par une ordonnance en juin 2024. Ils risquent désormais entre deux et cinq ans de réclusion.

Le lendemain de leur interpellation, le doyen des juges d’instruction a ordonné le placement sous mandat de dépôt de Ibro Chaibou, Youssouf Seriba et Oumarou Kané. Ces derniers ont été transférés à la prison de haute sécurité de Kollo. Si Moussa Kaka, Abdoul Aziz Idé et Souleymane Brah ont pu regagner leur domicile sous caution après de longs interrogatoires, les poursuites pénales contre eux restent actives.

Une simple invitation au cœur de l’affaire

L’origine de cette procédure judiciaire est surprenante : elle fait suite à la diffusion sur les réseaux sociaux d’une simple lettre d’invitation adressée à la RTS. Ce document concernait la couverture d’un point de presse du Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie (FSSP), un organisme créé par les autorités militaires pour collecter des fonds destinés à l’effort de guerre. Les autorités reprochent également la tenue d’un débat radiophonique intitulé « le club de la presse ».

Pour les observateurs des droits humains, traiter une invitation médiatique comme un trouble à l’ordre public est une manœuvre d’intimidation visant à réduire au silence les voix critiques au Niger. Ces méthodes sont jugées contraires aux engagements internationaux du pays, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Un climat de répression généralisée

Ce n’est pas la première fois que le journaliste Moussa Kaka est pris pour cible ; il avait déjà subi une incarcération prolongée sous un précédent régime en 2007. Cependant, depuis le coup d’État du 27 juillet 2023, le contexte sécuritaire et politique a entraîné un rétrécissement drastique de l’espace civique. De nombreux défenseurs des droits humains, à l’image de Moussa Tchangari, détenu depuis près d’un an, subissent les foudres du pouvoir en place.

Le cas des journalistes de Sahara FM à Agadez illustre également cette tendance. Hamid Mahmoud, Mahaman Sani et Massaouda Jaharou ont été inquiétés pour avoir relayé des informations sur la coopération militaire internationale. Si Massaouda Jaharou bénéficie d’une liberté provisoire, ses deux confrères demeurent incarcérés à Kollo sous des chefs d’inculpation graves tels que « complot contre l’autorité de l’État ».

Face à cette situation, les appels se multiplient pour que le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) révise la législation sur la cybercriminalité. L’objectif est de mettre fin à l’utilisation de peines de prison pour des délits de presse ou d’opinion, afin de garantir le respect fondamental du droit à l’information au Niger.