Crise carburant au Mali : impact sur l’aide humanitaire et sécurité alimentaire

crise du carburant au Mali : une menace majeure pour les opérations humanitaires

La pénurie de carburant qui frappe le Mali depuis plusieurs semaines aggrave une situation humanitaire déjà critique. Les blocus djihadistes sur les axes routiers stratégiques paralysent les déplacements de biens essentiels, y compris les livraisons de carburant, et compromettent gravement l’acheminement de l’aide humanitaire vers les populations les plus vulnérables. Cette crise touche particulièrement les régions du centre et du sud, comme Ségou, San, Koutiala, Mopti et Bandiagara, où les opérations de secours sont désormais limitées à un rayon de dix kilomètres autour des bases humanitaires.

Les difficultés logistiques s’ajoutent aux violences armées et aux restrictions imposées par les groupes armés, rendant l’accès aux populations en besoin encore plus difficile. Les mouvements des équipes humanitaires sont entravés par des contrôles irréguliers, des braquages et des engins explosifs improvisés, qui ont déjà causé des pertes humaines et matérielles.

un blocus djihadiste qui asphyxie le pays

Depuis septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, bloque les importations de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Ces deux pays constituent les principales portes d’entrée des biens importés au Mali, un pays enclavé d’Afrique de l’Ouest. Ce blocus a provoqué une crise énergétique sans précédent, affectant non seulement Bamako, mais aussi la majorité des régions maliennes. Les prix du carburant ont explosé, et les pénuries menacent de paralyser davantage les activités économiques et humanitaires.

À Léré, dans la région de Tombouctou, la situation est particulièrement critique. Depuis le 27 octobre, cette ville proche de la frontière mauritanienne est soumise à une restriction d’accès imposée par des groupes armés. Selon un rapport de l’ONU, aucun acteur humanitaire, à l’exception de ceux déjà présents sur place, n’a pu accéder à la localité. Cette mesure a entraîné des déplacements massifs de populations vers des zones plus sûres, aggravant la pression sur les ressources locales.

Entre septembre et octobre, le nombre d’incidents d’accès a augmenté de 13 %, avec 50 cas recensés. Les engins explosifs représentent la principale menace, suivis des attaques directes contre les humanitaires et des enlèvements. À Douentza, deux agents humanitaires ont perdu la vie dans un accident lié à l’insécurité sur le fleuve Niger.

une crise humanitaire et politique qui s’aggrave

La situation au Mali est marquée par une crise politique profonde. Depuis le coup d’État de 2020 mené par le général Assimi Goïta, le pays est dirigé par une junte militaire qui a suspendu indéfiniment les élections présidentielles et dissous tous les partis politiques en mai 2025. Une loi adoptée en juillet 2025 permet désormais au général Goïta de prolonger son mandat « aussi longtemps que nécessaire », jusqu’à la « pacification » du pays. Le chef des droits humains de l’ONU, Volker Türk, a dénoncé cette évolution, qualifiant la situation de « fermeture de la porte à toute élection démocratique » et d’instrumentalisation de la loi contre la dissidence.

Les violences armées se sont intensifiées, avec des attaques menées par le GSIM et la branche locale de Daech, notamment dans les régions frontalières avec le Burkina Faso et le Niger. Selon le bureau de Volker Türk, des centaines d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations arbitraires et de disparitions forcées ont été recensées depuis avril 2025.

Cette instabilité politique et sécuritaire aggrave une crise humanitaire déjà alarmante. Selon l’OCHA, 6,4 millions de Maliens, dont 3,5 millions d’enfants, ont besoin d’assistance. Le pays compte plus de 400 000 déplacés internes et 335 000 réfugiés dans les pays voisins. Le Mali figure parmi les six pays les plus touchés par l’insécurité alimentaire dans le monde, aux côtés de la Palestine, du Soudan du Sud, du Soudan et du Yémen.

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une pression accrue sur les capacités d’accueil

Dans le cercle de Koro, à la frontière avec le Burkina Faso, l’afflux de réfugiés burkinabés aggrave la pression sur les ressources locales. Depuis avril 2025, près de 50 000 Burkinabés ont traversé la frontière, doublant la population réfugiée dans la région. Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a ouvert un bureau à Koro le 16 octobre pour renforcer la coordination des actions humanitaires et répondre à cette crise croissante.

Le Mali accueille désormais plus de 150 000 réfugiés en provenance du Burkina Faso et du Niger, fuyant les attaques djihadistes et les opérations militaires. Cette situation met à rude épreuve les capacités d’accueil et souligne l’urgence d’une réponse coordonnée à l’échelle régionale.

un appel à l’action urgente

Face à l’escalade de la crise, les acteurs humanitaires appellent à une levée immédiate des blocus et à un renforcement de la protection des civils. Les restrictions d’accès et les violences armées doivent cesser pour permettre l’acheminement de l’aide humanitaire et la protection des populations les plus vulnérables.

La communauté internationale est également invitée à soutenir les efforts humanitaires au Mali, où la situation continue de se dégrader à un rythme alarmant. Sans une intervention rapide et coordonnée, des milliers de vies pourraient être mises en danger dans les semaines à venir.