Frappes militaires du Tchad contre les jihadistes : bilan dramatique pour les pêcheurs
Soldats tchadiens en patrouille sur le lac Tchad

Les frappes aériennes menées par l’armée tchadienne contre des positions présumées de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria ont causé, selon les dernières estimations, la mort de plusieurs dizaines de pêcheurs nigérians. Ces événements tragiques se sont produits entre le 7 et le 10 mai 2026 sur le lac Tchad, une zone frontalière partagée entre le Nigeria, le Niger, le Tchad et le Cameroun.

D’après des témoignages recueillis par des membres d’un groupe d’autodéfense antijihadiste, les bombardements ont ciblé des îles contrôlées par les jihadistes, notamment l’île de Shuwa, une zone stratégique où se rejoignent les frontières lacustres des trois pays. « Il est encore impossible d’établir un bilan précis, l’opération militaire étant toujours en cours », a confié une source sous anonymat.

Des victimes civiles dans la ligne de mire des frappes

Les frappes tchadiennes, lancées en réponse à une attaque jihadiste ayant fait 24 morts dans les rangs de l’armée tchadienne le 4 mai 2026, ont selon les observateurs, frappé des civils. En effet, des pêcheurs nigérians opéraient dans cette zone avec l’autorisation de Boko Haram, après avoir versé un « impôt » aux groupes armés pour accéder aux eaux poissonneuses.

Un responsable syndical a révélé que 40 pêcheurs nigérians seraient portés disparus et probablement morts noyés. « La majorité des victimes proviennent de la ville de Doron Baga, située sur les rives nigérianes du lac, ainsi que de l’État de Taraba », a témoigné Adamu Haladu, un pêcheur originaire de Baga. « Les habitants de cette région savent que les pêcheurs paient un tribut à Boko Haram pour exercer leur activité dans ces eaux », a-t-il ajouté.

Un précédent tragique en 2024

Cette tuerie de civils n’est malheureusement pas une première. En octobre 2024, l’armée tchadienne avait déjà été accusée d’avoir tué des dizaines de civils lors d’une frappe de représailles contre Boko Haram sur l’île de Tilma. À l’époque, l’attaque visait des jihadistes responsables de la mort de 40 soldats tchadiens, mais des témoins avaient affirmé que les frappes avaient atteint des pêcheurs par erreur. L’armée tchadienne avait alors démenti avoir ciblé des innocents.

Ces incidents soulignent les défis sécuritaires persistants dans la région du lac Tchad, où l’insurrection de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) continue de faire des ravages. Selon l’ONU, plus de 40 000 personnes ont péri et près de 2 millions ont été déplacées depuis 2009, année où le conflit s’est intensifié.

Pour contrer cette menace, le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger avaient relancé en 2015 la force multinationale mixte, une coalition régionale créée en 1994. Cependant, le Niger s’est retiré de cette force en 2025, compliquant davantage la lutte contre les groupes armés dans la région.