Paul Biya absent du Cameroun : une disparition qui divise
Ce qui devait n’être qu’un bref séjour privé en Europe se transforme en un véritable mystère. Depuis le 7 juin 2026, date à laquelle le président camerounais Paul Biya a quitté le pays aux côtés de son épouse, aucun Camerounais n’a reçu la moindre nouvelle de sa part. Plus de quarante jours d’absence sans communication officielle : la situation alimente les spéculations et les inquiétudes dans un pays où l’information reste sous haute surveillance.
Une habitude qui agace la population camerounaise
Paul Biya, à la tête du Cameroun depuis plus de quatre décennies, est coutumier de ces escapades prolongées à l’étranger. Ses destinations favorites ? Les hôtels luxueux de Suisse, loin des regards et des responsabilités. Pourtant, à 93 ans, son état de santé préoccupe. Comme beaucoup de dirigeants africains de sa génération, il semble privilégier les soins hors de ses frontières, comme si le système de santé camerounais n’inspirait pas confiance. Dans un pays où la santé du chef de l’État relève du secret d’État, impossible d’obtenir des éclaircissements. Les rumeurs, elles, se propagent aussi vite que les silences officiels.
Au-delà de la santé, une question cruciale se pose : qui gouverne réellement le Cameroun en son absence ? Certains observateurs n’hésitent pas à parler d’un pilotage automatique, tant les absences répétées du président laissent planer des doutes sur la gestion quotidienne du pays. Comment assurer pleinement ses fonctions quand on passe plus de temps hors des frontières que sur le terrain ? Le nouveau septennat, obtenu après une élection controversée, pourrait bien s’avérer le dernier d’une longue série pour un homme qui, selon les rumeurs, ne conçoit pas d’autre destin que de terminer ses jours sur le trône.
L’impatience monte, y compris au sein de l’opposition. Le député Jean Michel Nintcheu n’a pas hésité à saisir le Conseil constitutionnel pour demander la reconnaissance d’une vacance du pouvoir. Une initiative qui a immédiatement suscité la riposte des partisans du régime. « Le pouvoir n’est pas vacant. Le Lion n’est pas parti », a rétorqué le directeur de la propagande du parti au pouvoir, rappelant que le statu quo doit persister.
Un Cameroun figé dans un immobilisme inquiétant
Les Camerounais sont habitués aux absences de leur président, mais cette fois, le malaise est palpable. Malgré les appels à plus de transparence, le message est sans ambiguïté : il n’y a rien à voir, tout va pour le mieux. Pourtant, dans un pays où l’on peut conserver la même équipe gouvernementale pendant plus de sept ans, comme c’est le cas depuis l’investiture de Biya en novembre 2025, les doutes persistent. Joseph Dion Ngute, Premier ministre depuis janvier 2019, incarne cette continuité qui défie le temps. Pire encore, le poste de vice-président, réactivé en avril 2026, reste vacant, comme si l’État camerounais fonctionnait en roue libre.
Sacré Biya, ce Cameroun qui ne change jamais
Avec le Cameroun, on entre dans une autre dimension. Ce pays détient le record du plus vieux président en exercice en Afrique, et même du plus vieux policier du monde, Martin Mbarga Nguélé, Délégué général à la Sûreté nationale, qui a célébré ses 90 ans début juillet. Mais au-delà des records, c’est une culture de l’immobilisme qui s’installe. Ici, les institutions semblent figées dans le temps, comme si le pays était dirigé par une main invisible, loin des attentes de la population. Et quand les Camerounais osent réclamer plus de présence et de responsabilité de la part de leur président, la réponse est toujours la même : circulez, il n’y a rien à voir.