Crise au Mali : les russes neutralisés par les rebelles touaregs
Une offensive coordonnée, menée par des rebelles touaregs alliés à des groupes djihadistes, a frappé plusieurs localités du Mali ces derniers jours, plongeant la junte militaire dans une situation critique. Parmi les cibles, Bamako, la capitale, a été touchée, tandis que la région de Kidal, dans le nord, est tombée aux mains des assaillants sans que les forces russes, pourtant présentes sur place, n’interviennent.
Les vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent une colonne de véhicules transportant des militaires russes quittant Kidal en toute hâte, sans un seul coup de feu tiré. Les nouveaux occupants de la ville, des combattants touaregs alliés à des factions djihadistes, ont ainsi pris le contrôle de ce bastion stratégique.
une stratégie russe en échec face aux djihadistes
La veille de cette retraite, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) avait revendiqué des attaques simultanées dans plusieurs zones du pays, y compris à Bamako. Dans leur communiqué, ils avaient explicitement demandé aux forces russes de ne pas s’immiscer, afin de préserver une éventuelle collaboration future.
Avec 2 500 soldats russes déployés au Mali sous la bannière de l’Africa Corps (qui a succédé au groupe Wagner), Moscou était attendu comme un soutien clé pour la junte. Pourtant, face à la pire crise sécuritaire depuis le coup d’État de 2019, les Russes sont restés inactifs. Une déception pour les putschistes, qui avaient chassé la France en 2022, et un revers pour la Russie, initialement perçue comme un sauveur.
le régime malien sous pression : un pouvoir affaibli
Le Mali subit actuellement des coups durs : le puissant ministre de la Défense a été tué lors d’une attaque contre sa résidence, tandis que des groupes armés ont mené des offensives coordonnées dans plusieurs régions sans être repérés. Ces événements laissent craindre une extension de leur emprise sur de vastes territoires.
La perte de Kidal est particulièrement symbolique. En 2023, cette ville, fief historique de la rébellion touareg, avait été reprise par l’armée malienne avec l’appui des Russes, après onze ans sous contrôle des partisans de l’Azawad. Cette victoire avait renforcé le prestige du colonel Assimi Goïta, chef de la junte, peu après le départ des Français et des forces onusiennes.
quels risques pour le Mali et la région ?
L’avenir du Mali est plus incertain que jamais. Le pays pourrait se fragmenter entre les indépendantistes touaregs au nord et les divers groupes djihadistes qui se disputent le territoire. La menace est également régionale : le GSIM, à l’origine des récentes attaques, est affilié à Al-Qaïda et cherche à étendre son influence. Le Niger et le Burkina Faso, membres de l’Alliance des États du Sahel, pourraient être les prochaines cibles en cas de prise de pouvoir à Bamako. Les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest sont déjà exposés à des incursions djihadistes.
dix ans de crises : l’échec d’une stratégie malienne
L’histoire récente du Mali est marquée par une série d’échecs. En 2014, l’intervention française avait permis de repousser une colonne djihadiste en direction de Bamako, sauvant ainsi la capitale. Pourtant, la contre-offensive initiale n’a pas été suivie d’une stratégie pérenne.
La frustration grandissante de la population a conduit à des coups d’État militaires, au départ des Français et à l’arrivée des Russes. Quatre ans plus tard, la situation sécuritaire reste catastrophique, au grand dam des habitants. Une décennie de crises, de putschs et de changements d’alliances n’a fait qu’aggraver la situation, laissant le Mali et sa population dans une impasse sans issue visible.