Bénin : coup d’État avorté à Cotonou, le gouvernement reprend la main

Des détonations ont résonné à Cotonou, la principale ville du Bénin, tandis que des militaires annonçaient sur la chaîne de télévision nationale la destitution du président Patrice Talon. Cependant, la réaction fut rapide : le ministre de l’Intérieur a promptement affirmé que cette « manœuvre » avait été « mise en échec ». Retour sur les événements qui ont secoué le pays.

Le président béninois Patrice Talon lors d’une cérémonie à Cotonou, en 2022.

Chronologie d’un coup d’État avorté au Bénin

Ce dimanche matin, un groupe de huit militaires, se présentant comme le « Comité militaire pour la refondation » (CMR), est apparu sur la télévision publique béninoise. Arborant des bérets de diverses couleurs et armés de fusils d’assaut, ils ont déclaré avoir destitué le président Patrice Talon. Un lieutenant-colonel a été désigné « président du CMR », justifiant cette prise de pouvoir par plusieurs griefs : une « dégradation continue de la situation sécuritaire au nord du Bénin », le « manque de considération envers les soldats tombés au front et leurs familles », et des « promotions injustes » au sein de l’armée. Ils ont également évoqué une « remise en cause déguisée des libertés fondamentales » et formulé des revendications sociales.

Afrique / Au Bénin des soldats ont annoncé à la télévision nationale avoir renversé le président Patrice Talon et pris le pouvoir. www.bbc.com/news/article…

Géopolitique (@geopolitique.bsky.social) 2025-12-07T10:01:30.430Z

En parallèle, des coups de feu ont été signalés à Cotonou. Des militaires ont instauré des barrages, bloquant l’accès au palais présidentiel et à la télévision nationale, comme l’a constaté un journaliste de l’AFP. Des zones stratégiques, incluant des quartiers abritant des institutions internationales et l’hôtel Sofitel, ont également été rendues inaccessibles. Néanmoins, une grande partie de la population de Cotonou a poursuivi ses activités habituelles, ignorant l’agitation.

La réponse du gouvernement n’a pas tardé. Alassane Seidou, ministre béninois de l’Intérieur, a affirmé à la télévision que « face à cette situation, les forces armées béninoises et leur hiérarchie, fidèles à leur serment, sont restées républicaines. Leur riposte a permis de garder le contrôle de la situation et de faire échec à la manœuvre ». Il a précisé qu’il s’agissait d’un « groupuscule de personnes qui ont uniquement la télévision », assurant que « l’armée régulière reprend le contrôle. La ville (Cotonou) et le pays sont totalement sécurisés ». Selon des sources militaires et sécuritaires citées par l’AFP, une douzaine de militaires, y compris les instigateurs de la tentative de coup d’État, ont été arrêtés.

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Patrice Talon : un président sous pression

L’entourage du président Patrice Talon avait rapidement rassuré l’AFP sur sa sécurité, confirmant que l’armée reprenait le contrôle total de Cotonou. Une source militaire a précisé que les putschistes n’étaient parvenus à s’emparer ni de la résidence du chef de l’État, ni de la présidence de la République, ajoutant que la situation était « sous contrôle » et que le « nettoyage » des éléments subversifs était en cours.

Patrice Talon est attendu pour céder le pouvoir en avril 2026, après avoir effectué deux mandats, la Constitution béninoise limitant strictement le nombre de mandats présidentiels. À la tête de ce pays d’Afrique de l’Ouest, il a supervisé une période de croissance économique notable, bien que le nord du Bénin soit confronté à des violences djihadistes croissantes. Malgré ses succès économiques, ses détracteurs lui reprochent un virage autoritaire, contrastant avec la réputation démocratique passée du Bénin. Le principal parti d’opposition est d’ailleurs exclu de la prochaine élection présidentielle, qui devrait opposer le parti au pouvoir à un candidat d’opposition jugé « modéré ».

Condamnations internationales unanimes

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a réagi avec fermeté, condamnant « cette action anticonstitutionnelle qui constitue une subversion de la volonté du peuple béninois ». Dans un communiqué, l’organisation régionale a exprimé son soutien au gouvernement et au peuple béninois, promettant d’employer « tous les moyens nécessaires » pour restaurer l’ordre constitutionnel.

De son côté, l’Union africaine (UA) a également condamné « fermement et sans équivoque » la tentative de coup d’État. Le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, a exhorté, via un communiqué publié sur X, « tous les acteurs impliqués dans la tentative de coup d’État à cesser immédiatement toutes actions illégales » et à « retourner sans attendre à leurs obligations professionnelles », appelant les militaires à regagner leurs casernes.

Contexte géopolitique : une région sous tension

L’histoire du Bénin est marquée par plusieurs épisodes de turbulences politiques, incluant des coups d’État et des tentatives. On se souvient notamment des événements d’octobre 1963, où le colonel Christophe Soglo a renversé le gouvernement, ou encore de la reprise du pouvoir par les militaires en décembre 1965, avec le général Christophe Soglo à la tête d’un Comité de rénovation nationale. Un autre putsch en 1969 a vu Émile Derlin Zinsou destitué au profit d’un directoire militaire présidé par Paul Emile de Souza.

Plus récemment, sous la présidence de Patrice Talon, le Bénin a déjà déjoué deux tentatives de coup d’État, en 2020 et en septembre 2024. Cette instabilité s’inscrit dans un contexte régional tendu, où l’Afrique de l’Ouest a été le théâtre de nombreux coups d’État depuis 2020, touchant des pays comme le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Guinée, et plus récemment, fin novembre 2025, la Guinée-Bissau.