Togo : les enfants sacrifiés au nom de l’ordre politique

Le 16 juin, une célébration teintée de silence au Togo

Chaque année, le 16 juin marque la Journée de l’enfant africain, une occasion solennelle de promouvoir les droits des plus jeunes. Cette année-là, l’accent était mis sur l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène. Pourtant, au Togo, les discours officiels contrastent avec une réalité bien plus sombre. Sous la gouvernance actuelle, la répression des manifestations s’est souvent soldée par des victimes innocentes, parmi lesquelles de nombreux enfants.

Les promesses de progrès se heurtent à un bilan accablant : des enquêtes promises, jamais publiées, et des familles en deuil, privées de justice.

Soweto et Lomé : deux époques, une même violence

Inspirée par les événements de Soweto en 1976, cette journée commémorative rappelle la lutte pour une éducation digne. Pourtant, au Togo, la défense des droits de l’enfant semble avoir cédé la place à une logique de contrôle politique, où les plus vulnérables paient le prix fort. La répression, parfois meurtrière, vise indistinctement les manifestants et les simples passants.

Des hôpitaux précaires et des vies fragiles

Les conditions de naissance au Togo reflètent cette négligence : dans des structures médicales saturées, certaines mères accouchent à même le sol, faute de moyens. Les maternités, surchargées, deviennent des lieux où la survie des nouveau-nés relève du miracle. Pendant ce temps, les engagements internationaux restent lettre morte, tandis que les autorités locales perpétuent un système où la contestation est étouffée dans le sang.

Jacques Koutoglo : un an de deuil sans réponse

Le 15 juin 2025, Jacques Koutoglo, 15 ans, a été battu à mort avant d’être jeté dans la lagune de Bè, à Lomé. Ce collégien ne participait pas à une manifestation : il cherchait simplement de quoi se nourrir. Après une première déclaration évoquant une noyade « naturelle », le gouvernement a finalement reconnu l’ouverture d’une enquête. Pourtant, aucun résultat n’a été rendu public à ce jour. Le ministre des Droits de l’homme de l’époque, Pacôme Adjourouvi, a quitté ses fonctions sans jamais clarifier les circonstances du drame. Pire encore, les autorités ont refusé d’autoriser une cérémonie religieuse en mémoire du jeune garçon, aggravant l’affliction de sa famille.

Joseph Zoumekey et Rachad Maman : des vies fauchées, des vérités étouffées

En 2017, Joseph Zoumekey, 13 ans, a été tué par balle dans le quartier de Bè-Kpota alors qu’il effectuait une course pour sa mère. Les conclusions d’une autopsie indépendante, menée par des experts d’une organisation internationale, ont confirmé une origine criminelle. Malgré les pressions, aucune procédure judiciaire n’a abouti. En 2018, Rachad Maman, 14 ans, a subi le même sort à Bafilo, alors qu’il participait à une marche pacifique avec son père. Une pétition mondiale a réclamé justice, mais les responsables n’ont jamais été inquiétés.

Anselme Sinandaré et Douti Sinalengue : l’impunité traverse les générations

En 2012, à Dapaong, Anselme Sinandaré (12 ans) et Douti Sinalengue (21 ans) ont été abattus lors d’une manifestation pacifique d’élèves exigeant la présence de leurs enseignants. Plus d’une décennie plus tard, les familles attendent toujours des réponses. Ces cas, comme tant d’autres, illustrent une politique où la préservation du pouvoir prime sur la protection des citoyens, et où les enfants deviennent des victimes collatérales.

Un État signataire, une impunité persistante

Le Togo a ratifié la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfance le 5 mai 1998. Pourtant, en laissant ces crimes impunis et ces enquêtes sans suite, les autorités togolaises envoient un message sans équivoque : les traités internationaux ne s’appliquent qu’à condition de ne pas entraver la stratégie de maintien au pouvoir. Depuis des décennies, cette logique de répression, initiée par la famille Gnassingbé, continue de broyer des vies sans que justice ne soit rendue.