Sifi Grine à Bamako : la junte malienne contrainte de renouer avec Alger
Le Premier ministre algérien Sifi Grine a foulé le sol de Bamako ce lundi, affichant un rapprochement spectaculaire avec le général Assimi Goïta, chef de la junte au pouvoir. Derrière les accolades et les déclarations d’amitié, cette visite officielle cache mal les cicatrices d’une relation bilatérale profondément ébranlée par des mois de tensions et de accusations réciproques.
Une rencontre aux allures de tournant diplomatique
C’est dans l’enceinte du palais de Koulouba que Sifi Grine et Assimi Goïta se sont donné la main, sous les objectifs des photographes. Objectif affiché : resserrer les liens entre les deux pays voisins, renforcer la coopération sécuritaire et relancer les échanges économiques dans un Sahel en proie à l’instabilité. Pour Alger, ce déplacement vise à réaffirmer son influence dans son pré carré méridional. Pour Bamako, il s’agit de briser un isolement international de plus en plus pesant en s’affichant aux côtés d’un partenaire de poids.
Le poids des accusations passées
Cette démonstration d’unité intervient après une crise diplomatique d’une rare violence. Il n’y a pas si longtemps, la junte malienne multipliait les attaques verbales contre Alger, l’accusant d’ingérence dans les affaires intérieures du pays. Parmi les griefs : l’accueil en Algérie de figures de l’opposition et de leaders religieux maliens, mais aussi le soutien présumé aux groupes rebelles du Nord. En brandissant ces accusations, Bamako cherchait alors à détourner l’attention de ses propres échecs sécuritaires en désignant un bouc émissaire extérieur.
Un rapprochement dicté par la nécessité
L’alliance affichée ce lundi ressemble davantage à un mariage de raison qu’à une idylle retrouvée. Bamako, après avoir rompu avec ses partenaires occidentaux traditionnels et s’être engagé dans des alliances régionales incertaines, cherche à diversifier ses soutiens diplomatiques. Alger, de son côté, ne peut se permettre un foyer d’instabilité permanente à sa frontière sud, propice aux trafics et au terrorisme. Ce tête-à-tête entre Sifi Grine et Assimi Goïta relève donc d’un pragmatisme froid : sauver les apparences pour éviter la rupture totale, sans effacer les profondes rancœurs qui minent la confiance mutuelle.
L’accord d’Alger, un levier toujours entre les mains d’Alger
Dans ce jeu de dupes, l’Algérie conserve un atout maître. Historiquement perçue comme le médiateur incontournable du Sahel, elle a longtemps imposé son agenda de paix, notamment via l’Accord d’Alger de 2015. En dénonçant unilatéralement cet accord début 2024, la junte d’Assimi Goïta pensait s’affranchir de toute tutelle. Mais le retrait du cadre algérien n’a ni ramené la paix dans le Nord, ni éliminé la menace sécuritaire. En se rendant à Bamako pour réengager le dialogue, Alger démontre sa centralité : Bamako peut ignorer la diplomatie algérienne, mais elle finit toujours par devoir compter avec elle.
Les limites d’une diplomatie sous uniforme
Si cette visite offre une bouffée d’oxygène médiatique au général Goïta, elle ne résout aucun des problèmes de fond. La junte continue de s’appuyer sur un discours sécuritaire tout en repoussant sine die le retour à un ordre constitutionnel. Sans engagement réel pour la stabilité politique intérieure et sans prise en compte des équilibres régionaux, les promesses de cette rencontre risquent de rester lettre morte. Derrière les sourires de circonstance et les uniformes impeccables, la relation entre Bamako et Alger demeure un champ de mines où chaque partie guette le faux pas de l’autre.