Sexisme au parlement en rdc : l’humiliation des femmes élues perdure

En mai 2026, une vidéo diffusée massivement en République démocratique du Congo a choqué l’opinion publique et relancé le débat sur le sexisme dans les institutions politiques. On y voit Micheline Mpundu, députée nationale, terminer sa prise de parole avant de quitter l’hémicycle. Depuis la tribune, le deuxième vice-président Christophe Mboso, assurant la présidence de séance, commente publiquement son apparence physique en ces termes : « Merci collègue, elle est très belle… hein. » Puis, en lingala, il ajoute : « Regardez-la par vous-mêmes » avant de mimer, sous les rires de certains élus, les formes de son corps avec des gestes explicites, déclarant : « Dieu l’a créée » et « ce sont les biens d’un autre ». La séance s’est poursuivie sans que personne n’intervienne.

L’indignation n’a surgi que plus tard, portée par des figures politiques, des militants des droits humains et des pressions internes, poussant Mboso à présenter des excuses plusieurs jours après. Aucune sanction n’a été prononcée à son encontre.

Cette scène illustre un problème bien plus large : comment expliquer que les parlements africains, et particulièrement celui de la RDC, restent des espaces où les femmes élues subissent des violences verbales et symboliques, malgré les engagements pris par les autorités ?


Un phénomène structurel qui dépasse les frontières congolaises

Les violences sexistes dans les enceintes parlementaires ne sont pas un cas isolé en RDC. Depuis des années, des témoignages et des vidéos documentent des comportements similaires, révélant une réalité profondément ancrée dans les cultures politiques africaines. Ces actes visent à rappeler aux femmes qu’elles restent des intruses dans un espace conçu comme masculin.

La démocratisation des années 1990 avait pourtant suscité l’espoir d’une participation accrue des femmes en politique. Entre 1990 et 2010, le nombre de femmes parlementaires en Afrique avait triplé. Pourtant, cette progression quantitative n’a pas suffi à transformer les mentalités. Bien au contraire, la présence féminine a souvent été perçue comme une menace par certains collègues masculins, qu’ils soient de l’opposition ou du même parti. Pour beaucoup, la politique reste un domaine réservé aux hommes, où les femmes n’ont pas leur place.

Les données de l’Union interparlementaire (UIP) confirment cette tendance. Dans une enquête mondiale menée en 2016 auprès de 39 pays, plus de 65,5 % des femmes parlementaires déclarent avoir subi des agressions verbales ou des insultes répétées. Ces chiffres révèlent une réalité préoccupante : les femmes ne sont pas jugées sur leurs compétences politiques, mais sur leur apparence, leur situation familiale ou leur conformité aux stéréotypes de genre. Leur légitimité en tant qu’élues est constamment remise en question, y compris dans les médias.

Une étude conjointe de l’UIP et de l’Union parlementaire africaine (UPA) en 2021 a montré que cette problématique persistait dans les parlements africains, avec des avancées insuffisantes en matière d’égalité réelle. Le sexisme ne se limite pas aux couloirs des institutions : il s’installe dans les salles de séance, comme en témoigne l’incident impliquant Mboso.


Quand le corps des femmes devient un objet de moquerie publique

Les applaudissements et rires entendus dans la vidéo ne sont pas anodins. Ils reflètent un système qui normalise et tolère ces comportements. Comme l’explique la philosophe australienne Kate Manne, ce type de violence, qu’elle qualifie de « contrôle misogyne », vise à maintenir les femmes en position subordonnée, même au sein d’institutions démocratiques. La violence sémiotique, concept développé par Mona Lena Krook, montre comment les gestes, les mots et les rires servent à rappeler aux élues qu’elles sont perçues avant tout comme des corps, et non comme des législatrices.

Le cas de Mboso, qui mime le corps de Micheline Mpundu avec ses mains, illustre cette réduction des femmes à leur apparence physique. Cette pratique s’inscrit dans la « colonialité du genre », un concept développé par la féministe María Lugones. Malgré l’égalité juridique entre hommes et femmes sur le papier, les femmes parlementaires restent soumises à des normes patriarcales qui les excluent des débats politiques et les ramènent à leur rôle traditionnel.

En RDC, où les femmes représentent 51 % de la population mais seulement 13 % des députés, cette contradiction est flagrante. Les lois existent, les conventions internationales sont signées, mais dans l’hémicycle, rien ne change. L’écart entre le texte et la pratique persiste.


D’autres cas africains qui font écho

En Afrique, les exemples de violences sexistes en politique sont malheureusement nombreux. Au Sénégal, en 2022, la députée Amy Ndiaye, alors enceinte, a été frappée et a reçu un coup de pied au ventre en plein hémicycle, devant les caméras. En 2025, au Nigeria, la sénatrice Natasha Akpoti-Uduagha a été suspendue non pas pour une faute professionnelle, mais pour avoir dénoncé publiquement le harcèlement sexuel dont elle était victime de la part du président du Sénat.

Ces trois cas, issus de pays différents, révèlent une réalité commune : les parlements africains tolèrent la présence des femmes, mais pas leur dignité. Leur légitimité est constamment remise en question, et leur parole est souvent minimisée ou ridiculisée.


Le cas congolais : une culture de l’impunité

La RDC a connu d’autres exemples de sexisme parlementaire. En avril 2020, l’ancien président du Sénat, Thambwe Mwamba, a humilié publiquement la sénatrice Bijoux Ngoya en révélant, lors d’une séance plénière, qu’elle aurait fait des avances pour obtenir son soutien à sa candidature au poste de questeur. Il a sous-entendu qu’elle avait utilisé son corps comme monnaie d’échange, déclenchant une vive polémique.

En juillet 2021, lors d’un débat constitutionnel, le député Nsingi Pululu a interrompu la députée Christelle Vuanga en lui lançant simplement : « Vous êtes une femme. » Une phrase qui suffisait à discréditer ses arguments politiques, réduisant son intervention à sa condition de femme plutôt qu’à son travail législatif.

L’affaire Mboso n’est donc pas un incident isolé, mais le symptôme d’un système qui refuse de sanctionner les comportements sexistes. Malgré les lois adoptées et les engagements internationaux, la pratique reste inchangée. L’écart entre les textes et la réalité quotidienne des femmes élues persiste, comme si leur présence dans l’hémicycle était une faveur accordée, et non un droit.


Vers une transformation nécessaire

Comme l’écrivait Simone de Beauvoir en 1949, les femmes restent définies comme « les autres » dans une société dominée par les hommes. En 2026, cette altérité persiste au Parlement congolais, où les élues sont jugées sur leur apparence plutôt que sur leurs idées. Cette situation sape les fondements mêmes de la démocratie, où chaque voix devrait compter à égalité.

D’autres parlements africains ont montré qu’il était possible de changer les mentalités. Des campagnes comme #NotTheCost (National Democratic Institute) ou #NotInMyParliament (Parlement européen) ont prouvé que des sanctions concrètes et une protection renforcée des victimes pouvaient faire évoluer les cultures institutionnelles. La RDC dispose de lois ambitieuses, comme le projet sur les violences faites aux femmes examiné au Sénat en octobre 2025. Mais une loi non appliquée reste un vœu pieux. Le silence et l’impunité envoient un message clair aux femmes qui envisagent une carrière politique : leur dignité ne sera pas protégée.

Il est temps d’agir. Sans sanctions, sans changement culturel profond, les parlements africains continueront d’être des lieux hostiles aux femmes, alors qu’ils devraient être les garants de leur représentation.