Révision constitutionnelle au Sénégal : le projet du Pastef adopté dans un climat de tension
Le Sénégal franchit une étape politique majeure avec l’adoption, par la majorité parlementaire du Pastef, du projet de révision constitutionnelle. Ce texte a recueilli 129 suffrages favorables dans une ambiance particulièrement électrique, marquée par l’absence des députés de l’opposition qui ont choisi de quitter les bancs de l’hémicycle.
L’opposition dénonce une dérive autoritaire
Le retrait de l’opposition a été déclenché par l’expulsion forcée d’Abdou Mbow, qui occupait le perchoir pour protester. Les adversaires du pouvoir en place accusent Ousmane Sonko, le président de l’Assemblée nationale, de bafouer les règles internes de l’institution. Pour Aïssata Tall Sall, figure de proue de la minorité parlementaire, cet événement illustre une dérive inquiétante.
« Nous avons démontré que l’Assemblée nationale est devenue le théâtre d’une certaine forme de dictature », a-t-elle affirmé, soulignant que l’intervention de la gendarmerie pour évacuer un élu demandant la parole constitue une limite franchie. Selon elle, l’objectif de l’opposition était d’alerter l’opinion sur ces pratiques.
Un désaccord profond avec l’exécutif
Au-delà du climat tendu, le fond du dossier révèle des fractures. Le ministre de la Justice, Moussa Sarr, a vu ses propositions de modification systématiquement écartées par les députés du Pastef. Le garde des Sceaux plaidait pour le maintien d’un équilibre institutionnel, craignant que la nouvelle mouture ne donne trop de pouvoir au législatif au détriment de la présidence.
Le ministre a notamment pointé du doigt la facilité accrue de déposer des motions de censure (jusqu’à dix par législature) face à la limitation du droit de dissolution présidentielle. Cette asymétrie, selon lui, risque de fragiliser le fonctionnement de l’État et de rompre les traditions républicaines du Sénégal.
Tensions internes entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye
Plus surprenant encore, la révision met en lumière des divergences au sein même du camp présidentiel. Ousmane Sonko a critiqué certains choix du président Bassirou Diomaye Faye, notamment concernant la suppression de l’obligation de déclaration de patrimoine en fin de mandat et la volonté de rester à la tête d’un parti politique.
« La Constitution n’est pas la propriété d’un seul homme », a martelé Ousmane Sonko, rappelant que ces mesures étaient des promesses de campagne portées par le Pastef depuis une décennie. Alors que le président de l’Assemblée nationale pousse pour une promulgation immédiate, le chef de l’État semble privilégier la voie du référendum pour valider ces changements structurels.
En marge des débats parlementaires, des mouvements de protestation ont éclaté à Dakar, rassemblant des citoyens et des membres de la société civile inquiets de l’évolution politique du pays.