Réfugiés maliens en Mauritanie : entre espoir de retour et peur d’un nouveau départ
Refugiés maliens à proximité d’un point d’eau dans un campement de fortune près de Doueinkara, à la frontière entre la Mauritanie et le Mali, photographiés fin avril 2026.

« Si les mercenaires russes quittent le Mali, nous pourrons enfin rentrer chez nous ». Dans les camps de réfugiés de Mauritanie, cette phrase revient comme un mantra chez ceux qui ont fui les violences dévastatrices au Mali. Mosso*, un ancien éleveur touareg de 57 ans originaire de Mopti, incarne cette lueur d’espoir fragile mais tenace. Après des années d’exil, il attend avec impatience le départ des paramilitaires russes de l’Africa Corps, dont l’arrivée a aggravé les tensions dans son pays.

Des civils pris en étau entre jihadistes et forces pro-gouvernementales

Les récentes offensives des rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA) et des groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda, comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), ont porté un coup dur à la junte malienne dirigée par Assimi Goïta. Ces attaques, qui ont provoqué la mort de hauts responsables militaires, dont le ministre de la Défense, ont aussi laissé des traces indélébiles chez les populations civiles.

Depuis l’intervention des forces russes en soutien à l’armée malienne, les exactions se sont multipliées. Des villages entiers ont été rasés, des hommes enlevés ou exécutés sous les yeux de leurs familles. Mosso se souvient avec douleur du jour où son frère a été abattu par des mercenaires russes, devant son fils alors âgé de 14 ans. « Goïta est responsable de tout cela. C’est lui qui a fait venir ces hommes chez nous », accuse-t-il, assis sous une tente de fortune dans la région mauritanienne de Fassala.

Un camp de Mbera saturé et des ressources sous tension

Avec plus de 300 000 Maliens réfugiés en Mauritanie depuis 2012, la pression sur les ressources locales devient insoutenable. Le camp de Mbera, qui accueille à lui seul 120 000 personnes, illustre cette réalité. Ahmed*, un Touareg de 35 ans, partage le même souhait que Mosso : le retour de la paix et la chute des militaires au pouvoir. « Wagner a tout empiré. Sans eux, notre pays ne serait pas dans cet état », confie-t-il.

Pourtant, tous ne partagent pas cet optimisme. Abdallah*, un réfugié touareg de 77 ans, exprime ses craintes face à l’alliance entre le FLA et les jihadistes du Jnim. « Pour moi, le Jnim est un mouvement terroriste. Leur idéologie n’a rien à voir avec la nôtre, celle de musulmans modérés et pacifiques », déclare-t-il. Les blocus imposés par les groupes armés depuis octobre 2023 ont déjà provoqué l’arrivée de près de 14 000 nouveaux réfugiés, majoritairement des femmes et des enfants.

La Mauritanie, un havre de stabilité menacé par la crise

Alors que le Sahel est devenu un foyer mondial des violences jihadistes, la Mauritanie se distingue par sa stabilité relative. Pourtant, l’afflux massif de Maliens commence à peser sur les pâturages, les ressources en eau et les services publics. Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala où 70 000 réfugiés ont trouvé asile, s’inquiète de l’intensification des combats au Mali. « Les tensions sur les ressources sont réelles et risquent de s’aggraver », alerte-t-il.

Les organisations humanitaires, comme le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), suivent la situation avec une « inquiétude grandissante ». Omar Doukali, porte-parole du HCR en Mauritanie, souligne les défis logistiques et économiques que représente un nouvel afflux de déplacés.

L’espoir d’un retour conditionné par le départ des paramilitaires russes

Malgré les incertitudes, certains réfugiés gardent espoir. Tilleli*, une jeune mère de 22 ans, a fui son village de Mopti il y a un mois après que des Russes et des soldats maliens l’ont pillé et incendié. « Je ne rentrerai que lorsque les Wagner auront quitté mon pays », affirme-t-elle, serrant sa fille d’un an dans ses bras. « La paix ne reviendra pas de sitôt », ajoute-t-elle, résignée.

Alors que les combats s’intensifient au Mali, la question du retour des réfugiés reste suspendue à l’évolution du conflit. Entre la peur d’un nouvel exode et l’espoir d’une stabilisation, les familles mauritaniennes et leurs voisins maliens attendent des jours meilleurs. Une chose est sûre : la présence des paramilitaires russes continue de hanter les esprits et de bloquer toute perspective de retour.

* Les prénoms ont été modifiés pour protéger l’identité des personnes.