Nouvelle stratégie de l’africa corps dans les zones maliennes sous tension
Depuis son arrivée au Mali au milieu de l’année 2024, l’Africa Corps, bras armé russe intégré au ministère de la Défense de Moscou, a opéré un virage stratégique notable. L’unité a recentré ses opérations loin des zones septentrionales du pays, privilégiant désormais la protection de la capitale Bamako et du pouvoir en place, tout en apportant un appui aérien et des renseignements aux forces maliennes engagées au sol.
Un changement de stratégie motivé par des pertes coûteuses
Ce repositionnement intervient après le retrait des mercenaires de Wagner, dont la présence au Mali s’est soldée par des pertes humaines importantes. Une embuscade tendue par le Front de libération de l’Azawad (FLA) près de Tin Zaouatine, à la frontière algérienne, a coûté la vie à plusieurs dizaines de combattants de Wagner. Cet événement a précipité le remplacement de cette unité par l’Africa Corps, qui compte aujourd’hui environ 2 000 hommes, dont une majorité d’anciens membres de Wagner.
Selon des observateurs spécialisés, cette nouvelle configuration reflète une volonté de réduire l’exposition des troupes sur le terrain. « Ils évitent désormais d’envoyer leurs hommes dans des zones où les pertes humaines pourraient être lourdes », explique un analyste en géopolitique africaine. « Leur objectif est clair : maximiser l’impact des opérations tout en minimisant les risques pour leurs effectifs. »
L’Africa Corps mise sur l’aviation et la propagande
La perte stratégique de Kidal fin avril 2024, aux mains du Front de libération de l’Azawad (FLA) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), a joué un rôle clé dans cette réorientation. L’Africa Corps a riposté par des frappes aériennes dévastatrices sur la région, détruisant infrastructures et habitations, poussant les résidents à l’exil. Ces raids visaient à soutenir les Forces armées maliennes (FAMa), devenues la principale force de frappe dans le Nord.
Les analystes soulignent également l’utilisation croissante de bombes à sous-munitions, malgré l’engagement du Mali à respecter la convention internationale les interdisant. Ces attaques, ciblées contre des zones civiles, ont provoqué un exode massif des populations locales. « Ils concentrent désormais leurs ressources là où elles sont le plus efficaces », précise un expert. « Plutôt que de disperser leurs moyens dans des zones où ils pourraient être neutralisés, ils privilégient des frappes précises et des opérations de propagande. »
Cette stratégie s’accompagne d’une campagne médiatique intense : plus de 500 articles et publications ont été diffusés sur Telegram et d’autres plateformes depuis le retrait de Kidal. L’objectif ? Renforcer l’image de l’Africa Corps et justifier son rôle auprès des populations locales.
Une guerre asymétrique entre drones et convois protégés
Face à cette nouvelle donne, le GSIM a adapté ses méthodes en utilisant des drones pour cibler les bases et convois de l’Africa Corps. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des attaques menées depuis des drones, causant des pertes parmi les combattants russes et endommageant leurs équipements à Sévaré.
En réponse, l’Africa Corps a lancé ses propres frappes de drones armés, notamment contre un dépôt de carburant du GSIM dans la région de Tombouctou. Parallèlement, l’unité russe escorte désormais des convois de marchandises en provenance de pays voisins comme la Côte d’Ivoire, la Guinée ou le Sénégal, afin de contourner les blocus économiques imposés par le GSIM.
Des dépenses colossales et un bilan mitigé
Depuis 2021, le Mali a investi près d’un milliard de dollars pour recruter les services de Wagner puis de l’Africa Corps. Pourtant, malgré cette dépense, le gouvernement malien et ses alliés russes ont progressivement perdu le contrôle du Nord, tandis que le GSIM étend son influence dans le Sahel.
Les tactiques brutales employées par les FAMa et leurs soutiens russes, incluant des frappes aveugles et des exactions contre les civils, ont selon les observateurs « poussé les populations locales dans les bras du GSIM ». « Cette stratégie est non seulement inefficace, mais elle menace directement la stabilité du pays à long terme », alerte un analyste indépendant. « En privilégiant la répression plutôt que la protection des civils, Bamako risque de saper sa propre légitimité. »