Niger : les pistes pour apaiser les tensions avec la cédéao

Niger : les pistes pour apaiser les tensions avec la cédéao

Depuis le renversement de Mohamed Bazoum en juillet 2023, Niamey entretient des relations tendues avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). L’organisation sous-régionale, qui avait immédiatement condamné le putsch, avait brandi des sanctions et évoqué une intervention militaire, perçue comme une déclaration de guerre par Bamako et Ouagadougou. Cette solidarité entre les juntes du Niger, du Mali et du Burkina Faso s’est concrétisée par la création de l’Alliance des États du Sahel, puis par leur retrait officiel de la Cédéao en janvier 2025.

Niger, Niamey, 2026 | Le président Romuald Wadagni en visite au Niger (02.06.26)

Un médiateur pour relancer le dialogue

Malgré les divergences, un espoir de rapprochement émerge avec la désignation de l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme négociateur principal entre la Cédéao et l’Alliance des États du Sahel. Lors de la dernière réunion de l’organisation, tenue à Freetown le 18 juillet 2026, la Cédéao a confié à son nouveau président, le Sénégalais Birame Diop, le mandat de prioriser les questions de sécurité régionales dans les discussions.

Pape Ibrahima Kane, expert en relations internationales, souligne que « les deux parties sont désormais sur la même longueur d’onde pour engager des échanges constructifs ». Une avancée notable, d’autant que le Niger, contrairement à ses voisins, dépend du Nigeria et du Bénin pour son approvisionnement en électricité et son accès aux ports. Cette dépendance pourrait être un levier clé dans les négociations à venir.

Une nouvelle dynamique politique en Afrique de l’Ouest

Le changement de garde au sein de la Cédéao, avec l’arrivée de Bassirou Diomaye Faye à la présidence, et les initiatives du président béninois Romuald Wadagni marquent un tournant. Ces dirigeants, perçus comme moins polarisants que leurs prédécesseurs, ont multiplié les gestes de bonne volonté. Faye s’est rendu dans les pays de l’AES dès son élection en 2024, tandis que Wadagni a choisi Niamey comme première destination après son investiture.

Pape Ibrahima Kane estime que cette nouvelle équipe à Abuja pourrait déployer un programme moins conflictuel, rompant avec les tensions accumulées sous les mandats précédents. « Les dirigeants actuels ont une meilleure position pour dialoguer, sans les accusations stériles qui ont empoisonné les relations passées », explique-t-il.

Le casse-tête de la détention de Mohamed Bazoum

Pourtant, un obstacle majeur persiste : la détention illégale de l’ex-président nigérien Mohamed Bazoum, toujours incarcéré sans que sa démission officielle n’ait été signée. Une résolution du Parlement européen, adoptée en mars 2024, a condamné cette situation et exigé sa libération, provoquant la colère de Niamey qui y voit une ingérence étrangère. Sahanine Mahamadou, conseiller de Bazoum, n’hésite pas à critiquer les militaires : « Si ces dirigeants se revendiquent patriotes, ils doivent préparer le retour des civils. L’ère des juntes est révolue dans nos États ».

Cette question divise également les partenaires internationaux. Jérôme Pigné, spécialiste du Sahel, résume l’équation complexe : « Comment l’Union européenne peut-elle promouvoir ses valeurs tout en maintenant un dialogue avec Niamey ? La détention de Bazoum est un frein, mais le dialogue reste essentiel. L’Europe doit-elle sacrifier ses principes au nom d’une realpolitik ? »

France, Paris | Manifestation en faveur du président Mohamed Bazoum devant l'ambassade du Niger (05.08.23)

L’Europe face à un dilemme stratégique

Selon une étude publiée en mars 2024 par la fondation allemande SWP, l’Europe pourrait revoir sa coopération avec le Niger et les autres pays du Sahel. L’objectif ? Stabiliser la région en proposant un soutien économique et sécuritaire accru. Cela passerait par des investissements dans la formation des forces locales, un partage de renseignements et des livraisons de matériel militaire. « L’Europe ne doit pas s’attendre à ce que les juntes changent de comportement, mais elle peut œuvrer pour une amélioration de la situation économique et politique », précise le rapport.

Alors que les négociations entre la Cédéao et l’AES se poursuivent, une question reste en suspens : ces efforts suffiront-ils à rétablir la confiance et à éviter une rupture définitive entre les deux blocs ?