Niger : l’alerte d’Amnesty International face à l’intensification de la répression
Un an et demi après le renversement du président élu Mohamed Bazoum lors du putsch du 26 juillet 2023, le régime militaire du CNSP renforce son contrôle sur le Niger. Un rapport récent de l’organisation Amnesty International dresse un constat alarmant : arrestations abusives, détentions arbitraires, pressions sur les médias et interdiction des activités politiques se multiplient. Intitulé « Niger. Menacés et mis au pas : les droits humains et l’espace civique sous pression depuis le coup d’État du 26 juillet », ce document met en lumière les graves dérives constatées entre l’été 2023 et le début de l’année 2025.
Le pouvoir militaire, qui avait initialement justifié son action par la volonté de restaurer la sécurité et la bonne gouvernance, semble s’éloigner de ses promesses de respect de l’État de droit. En s’attaquant aux voix dissidentes et aux anciens membres du gouvernement, la junte accentue la polarisation de la population nigérienne.
Ce basculement s’inscrit dans un contexte régional marqué par une instabilité croissante au Sahel, avec des coups d’État successifs au Mali et au Burkina Faso. Réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ces trois pays ont rompu leurs liens avec la CEDEAO, la France et l’Union européenne. Plus récemment, ils ont également officialisé leur retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), marquant une rupture diplomatique majeure avec les instances réclamant le retour à l’ordre constitutionnel et la libération de Mohamed Bazoum.
Un cadre juridique de plus en plus restrictif
Bien que le général Abdourahamane Tiani ait initialement assuré vouloir garantir les libertés fondamentales, le bilan après dix-huit mois est jugé désastreux par les observateurs internationaux. Marceau Sivieude, responsable chez Amnesty International, souligne que les engagements pris n’ont pas été tenus, tant dans les textes que dans les faits. La suspension de la Constitution de 2010 et la disparition de la Commission nationale des droits de l’homme ont laissé le champ libre au CNSP pour gouverner par ordonnances.
Le rétablissement d’une loi de 2019 sur la cybercriminalité permet désormais de poursuivre tout citoyen pour des propos jugés offensants ou perturbateurs pour l’ordre public. Plus radical encore, un texte d’août 2024 élargit la notion de terrorisme et permet le fichage d’individus, entraînant le gel de leurs biens et, dans certains cas, la déchéance de leur nationalité. À ce jour, une vingtaine de personnalités, dont d’anciens ministres, ont déjà été privées de leur citoyenneté nigérienne. Hamid Ngadé, ex-conseiller à la présidence, déplore ainsi une situation où l’absence d’État de droit rend toute contestation juridique vaine.
Société civile et médias sous haute tension
La répression ne se limite pas à la sphère politique. Elle s’étend désormais à la société civile et aux journalistes, créant un climat de peur généralisée. Les services de renseignement sont régulièrement accusés de pratiquer des disparitions forcées et des incarcérations prolongées sans jugement. Le cas de Moussa Tchangari, figure de proue de la société civile arrêté fin 2024 pour « apologie du terrorisme », illustre cette volonté de faire taire toute critique.
Le discours officiel divise désormais la nation entre les « patriotes » soutenant le régime et les « apatrides » qui osent exprimer des réserves. Cette rhétorique fragilise les organisations associatives à Niamey, où l’autocensure devient la règle pour éviter les représailles.
Le musellement de la liberté d’informer
La presse est l’une des principales cibles du CNSP. La Maison de la presse a été placée sous tutelle, tandis que les diffusions de médias internationaux comme RFI, France 24 et la BBC ont été suspendues. Les professionnels locaux de l’information ne sont pas épargnés : Ousmane Toudou et Soumana Maïga ont été interpellés pour leurs publications sur les réseaux sociaux, le premier étant toujours maintenu en détention après un passage devant un tribunal militaire.
La militante et blogueuse Samira Sabou a également subi des pressions judiciaires et une disparition temporaire, renforçant le sentiment d’insécurité chez les acteurs de l’information. Comme le souligne Ousmane Diallo, chercheur pour le Sahel, le Niger traverse une phase critique. Les récentes recommandations suggérant une transition de cinq ans, ouvrant la voie à une candidature des militaires au pouvoir, laissent craindre un éloignement durable des principes démocratiques.