Mali : la junte en crise face à l’avancée des rebelles et au coût humain de l’alliance russe
Bamako face à l’échec des promesses et à la réalité du terrain
Alors que les autorités maliennes, issues d’un coup d’État en 2020, clament leur maîtrise de la situation, le pays s’enfonce dans une crise multidimensionnelle. Les combats reprennent dans le Nord, les mouvements armés de l’Azawad gagnent du terrain, et l’alliance controversée avec les mercenaires russes d’Africa Corps alourdit le bilan humain. Dans ce contexte explosif, l’écrivain nigérien Issouf Ag MAHA, en exil, livre une analyse sans concession de la dérive politique et militaire du Mali.
La junte accusée de sacrifier la stabilité sur l’autel du pouvoir
Six ans après le renversement du pouvoir civil, le constat est accablant. Les Accords d’Alger, censés apporter une solution pacifique au conflit, ont été rompus unilatéralement en janvier 2024. Une décision qui a clos toute possibilité de dialogue avec les groupes armés du Nord et relancé les hostilités. Pour Issouf Ag MAHA, la junte de Bamako souffre d’une « addiction au pouvoir » : plutôt que de chercher une issue durable, elle privilégie sa propre conservation, au mépris des libertés et de la sécurité des populations.
Le verrouillage de l’espace public s’est intensifié : presse muselée, répression des opposants, restrictions des libertés. Pourtant, plus le régime se durcit, plus son emprise sur le territoire se fragilise. La capitale, coupée des réalités du terrain, devient un îlot de contrôle dans un pays en train de se disloquer.
Anefif et Kidal : l’armée malienne en déroute face à la résilience des rebelles
Les récents affrontements autour d’Anefif, dans le nord-est du Mali, illustrent l’illusion d’une armée invincible. Le 4 juillet 2026, un convoi militaire parti de Gao a été pris dans une embuscade meurtrière, subissant des pertes humaines et matérielles considérables. Un revers qui s’ajoute à la défaite cuisante de Tinzawatène et à la reprise de Kidal par le Front de libération de l’Azawad (FLA).
Contrairement aux annonces rassurantes de Bamako, la situation est loin d’être maîtrisée. Le FLA, après ses victoires militaires, a choisi de faciliter le retrait partiel des troupes maliennes et russes. Une décision stratégique, souligne Ag MAHA, qui vise à opposer une image de modération aux méthodes brutales des forces gouvernementales.
Africa Corps : le partenariat toxique qui aggrave la crise humanitaire
Le rapprochement avec la Russie, matérialisé par le déploiement d’Africa Corps (ex-Wagner), a permis à la junte de s’affranchir des pressions occidentales. Mais cette alliance se paie au prix fort pour les civils. Les exactions se multiplient : arrestations arbitraires, disparitions forcées, exécutions sommaires. Les populations du Nord Mali subissent une stratégie de terreur systématique, visant à écraser toute résistance et à imposer un contrôle par la peur.
Bamako nie catégoriquement ces accusations, préférant s’enfermer dans un déni qui, pour Ag MAHA, accélère la fragmentation du pays. La cohésion nationale, déjà fragile, se délite sous les coups de boutoir d’un pouvoir de plus en plus isolé.
Un silence international complice de l’effondrement ?
Le drame malien se joue aujourd’hui dans l’indifférence générale. La communauté internationale, les organisations régionales et la presse mondiale semblent avoir tourné la page sur le Mali. Pourtant, selon l’analyste, le pays approche d’un point de non-retour.
En misant sur une victoire militaire totale plutôt que sur un retour à la paix et à la justice, la junte risque de mener le Mali non pas vers une refondation, mais vers son implosion définitive. Le renoncement aux valeurs républicaines d’égalité et de respect de la diversité pourrait sceller le destin d’une nation déjà profondément divisée.