L’or en afrique: qui profite vraiment des richesses du Cameroun et de la RDC ?
Au Cameroun comme en République démocratique du Congo, l’exploitation de l’or soulève des questions cruciales. Malgré des avancées notables, les mécanismes de contrôle et de redistribution des revenus issus de cette filière restent défaillants. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2023, le Cameroun déclarait officiellement seulement 22 kilos d’or exportés, tandis que les importateurs étrangers revendiquaient en avoir acheté plus de 15 tonnes. Une disparité alarmante qui révèle les failles d’un système où les opérateurs, qu’ils soient locaux ou internationaux, échappent encore trop souvent à toute forme de responsabilité.
Des revenus aurifères sous-estimés et mal répartis
Les dernières analyses de l’Institute for Security Studies (ISS) confirment cette tendance préoccupante. Bien que des efforts aient été déployés pour structurer le secteur, leur portée reste limitée. Les recettes générées par l’or, ressource stratégique pour ces deux nations, peinent à alimenter les budgets nationaux comme elles le devraient. Entre 2020 et 2023, les revenus déclarés n’ont cessé de diminuer, alors que la production, elle, augmentait. Un paradoxe qui interroge sur la transparence des transactions et l’efficacité des contrôles.
L’ITIE tire la sonnette d’alarme
Les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) sont sans ambiguïté. Pour le Cameroun, le décalage entre les exportations officielles et les achats déclarés par les partenaires commerciaux est flagrant. Cette situation, dénoncée par des experts comme la professeure Aïcha Pemboura de l’Observatoire du crime organisé et de la violence en Afrique centrale, met en lumière les risques de fraude et de détournement. « Les opérateurs, qu’ils soient nationaux ou étrangers, doivent impérativement rendre des comptes », insiste-t-elle.
Quelles solutions pour un secteur plus transparent ?
- Renforcer les audits indépendants : Mettre en place des mécanismes de vérification réguliers pour s’assurer que toutes les quantités d’or produites et exportées sont bien déclarées et taxées.
- Harmoniser les législations : Aligner les cadres juridiques du Cameroun et de la RDC pour éviter les failles exploitables par certains acteurs.
- Impliquer les communautés locales : Associer les populations riveraines aux décisions et aux bénéfices pour limiter les conflits et les pratiques illégales.
- Lutter contre l’orpaillage clandestin : Encadrer strictement les petites exploitations et formaliser le secteur pour réduire les pertes financières.
Un enjeu économique et social majeur
L’or représente bien plus qu’une simple marchandise pour le Cameroun et la RDC. C’est une opportunité de développement, mais aussi un levier de stabilité politique et sociale. Pourtant, sans une gestion rigoureuse et équitable, cette richesse naturelle risque de devenir une malédiction, alimentant corruption et inégalités. Les autorités des deux pays, soutenues par des partenaires internationaux, doivent agir rapidement pour inverser cette tendance.
Face à l’urgence, la transparence doit primer. Seule une collaboration renforcée entre les États, les entreprises et la société civile permettra de garantir que les revenus de l’or profitent enfin à ceux qui en ont le plus besoin : les populations africaines.