L’illusion souverainiste du capitaine Ibrahim Traoré : changer de tuteur n’est pas s’affranchir
Le général Yacouba Isaac Zida, ancien chef de l’exécutif de transition burkinabè, aujourd’hui exilé et radié de l’armée pour désertion, a récemment brisé le silence pour fustiger l’illusion souverainiste entretenue par le capitaine Ibrahim Traoré. Dans une déclaration sans ambiguïté, il a rappelé que « la véritable souveraineté ne consiste pas à choisir de qui dépendre, mais à se donner les moyens de ne dépendre de personne ». Une formule qui résume à elle seule l’imposture politique qu’il attribue au régime en place au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Le parcours de Zida incarne lui-même les contradictions d’une classe militaire burkinabè qui s’enlise dans l’instabilité et les promesses non tenues. Mais au-delà de la personne, c’est la stratégie du pouvoir actuel qui est pointée du doigt : celle d’une prétendue rupture anti-impérialiste qui, en réalité, ne fait que renégocier les termes de la soumission.
Une quadruple dépendance qui dément les slogans
Derrière les discours populistes, le gouvernement de transition masque mal son incapacité chronique à bâtir une autonomie réelle. Le pays reste maintenu sous une quadruple dépendance extérieure, que les parades médiatiques ne sauraient dissimuler.
Le piège militaire et doctrinal
La volonté affichée de créer un outil de défense national s’effondre face au recours systématique à des instructeurs et paramilitaires étrangers. L’approvisionnement en vecteurs aériens, munitions et blindés légers, souvent présentés à tort comme « fabriqués localement » alors qu’ils ne sont qu’assemblés sur place, confirme une subordination totale aux chaînes logistiques extérieures.
La dépendance alimentaire, une humiliation révélatrice
La rhétorique d’auto-prise en charge se heurte brutalement à la réalité. La mise en scène médiatique autour de la réception de dons de blé russe ou les appels répétés à l’aide humanitaire internationale pour nourrir les populations déplacées démontrent que le régime ne parvient même pas à assurer la subsistance de base de ses citoyens.
La vulnérabilité financière et budgétaire
Incapable de financer son propre budget de crise par des ressources internes assainies, le pouvoir militaire s’en remet à des expédients financiers et à des prêts d’urgence contractés auprès de nouveaux parrains géopolitiques. Une fuite en avant qui compromet l’avenir économique des générations futures.
L’impasse technologique et stratégique
Qu’il s’agisse de la fourniture d’intrants agricoles ou d’équipements énergétiques, l’absence d’un tissu industriel autonome condamne le pays à quémander hors de ses frontières ce qu’il est incapable de produire.
L’AES : un slogan supranational pour masquer la faillite interne
La précipitation à créer une armée confédérale et des structures supranationales au sein de l’AES constitue une fuite en avant propagandiste. Deux écueils majeurs se dessinent.
La démission face aux urgences intérieures
Prétendre fusionner des souverainetés régionales alors que le territoire national reste largement hors de contrôle de l’État relève de l’aveuglement stratégique. La priorité absolue devrait être la sécurisation des populations et la consolidation des institutions de base, et non l’empilement de coquilles vides.
La mise en scène de la légitimité
La multiplication des sommets et des déclarations enflammées sert avant tout de bouclier politique pour pérenniser des régimes d’exception non élus, au détriment d’une planification rigoureuse et réaliste.
Changer de tuteur n’est pas s’affranchir
Une souveraineté authentique ne s’exhibe pas dans des parades militaires ni dans la dépendance aux distributions de céréales étrangères. En substituant le patronage de Moscou à celui de Paris, le capitaine Traoré n’a pas affranchi le Burkina Faso : il en a simplement changé le tuteur. Une vérité que le général Zida, fort de son expérience, entend rappeler à ceux qui confondent rupture et liberté.