Gabon : vers une maîtrise totale de ses ressources halieutiques
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Gabon : vers une maîtrise totale de ses ressources halieutiques

Libreville, 17 juin 2026 – À l’approche de l’échéance de l’accord de pêche durable liant le Gabon à l’Union européenne, les autorités gabonaises ont franchi une étape décisive. Elles refusent de reconduire un dispositif jugé profondément déséquilibré, marquant ainsi une volonté farouche de reprendre le contrôle de ses ressources maritimes.

Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large visant à rééquilibrer les relations économiques avec les partenaires internationaux. L’ambition est claire : transformer les richesses naturelles du pays en leviers de développement local, tout en renforçant la souveraineté économique du Gabon. Une approche qui s’aligne sur les tendances émergentes en Afrique, où de nombreux États réclament davantage de transparence et d’équité dans l’exploitation des ressources naturelles.

Cette orientation a été soulignée lors de récentes conférences panafricaines dédiées à l’économie bleue, notamment à Mombasa. Plusieurs pays du continent y ont réaffirmé leur engagement en faveur d’une gestion durable des océans, avec une attention particulière portée à la traçabilité et aux retombées locales des accords de pêche.

L’accord controversé avec l’Union européenne

Depuis des années, les accords de pêche entre certains États africains et l’Union européenne sont au cœur de vives critiques. Officiellement conçus pour promouvoir une exploitation durable des ressources marines, ces partenariats sont souvent accusés de privilégier les intérêts des flottes étrangères au détriment des économies locales.

Le Gabon partage ce constat. Les autorités estiment que la contrepartie financière proposée par Bruxelles, soit environ 2,6 millions d’euros par an, ne reflète pas la valeur réelle des captures effectuées dans les eaux gabonaises. Ces dernières années, des dizaines de milliers de tonnes de thon ont été prélevées dans une zone maritime parmi les plus poissonneuses du Golfe de Guinée, sans que le pays ne bénéficie pleinement de cette manne.

Au-delà du déséquilibre financier, Libreville met en lumière un autre problème : les coûts colossaux engagés pour surveiller et sécuriser la Zone économique exclusive. Ces dépenses, largement supérieures aux compensations perçues, illustrent une situation où le Gabon finance une partie du contrôle d’une activité dont les principaux bénéfices profitent à d’autres.

Transformer les ressources en opportunités locales

Le véritable enjeu de cette rupture réside dans la volonté de développer une filière thonière nationale. Après avoir diversifié son économie avec le bois, les minerais et les hydrocarbures, le Gabon souhaite désormais s’affranchir du modèle d’exportation brute qui caractérise encore de nombreux secteurs stratégiques.

L’objectif est double : créer des emplois, attirer des investissements industriels et augmenter les recettes publiques grâce à une transformation locale accrue. Cette démarche s’inscrit dans les recommandations formulées par plusieurs institutions africaines, dont la Banque africaine de développement (BAD), qui soulignent que le continent perd chaque année des milliards de dollars faute de transformation locale de ses ressources marines.

Avec plus de 800 kilomètres de côtes et une zone maritime parmi les plus vastes de la région, le Gabon dispose d’un potentiel exceptionnel pour bâtir une industrie halieutique compétitive. La pêche représente ainsi un secteur sous-exploité, prêt à devenir un moteur de croissance économique.

Souveraineté, transparence et durabilité

La décision gabonaise ne se limite pas à des considérations économiques. Elle traduit une volonté forte de renforcer la transparence et la durabilité dans l’exploitation des ressources marines. Les autorités pointent du doigt les risques de surexploitation liés à l’absence de mécanismes de contrôle rigoureux, une préoccupation partagée par de nombreuses organisations environnementales.

En refusant de reconduire automatiquement l’accord expirant le 28 juin 2026, Libreville impose de nouvelles règles. Les futurs partenariats devront désormais intégrer des exigences plus strictes en matière de préservation des écosystèmes, de traçabilité des captures et de création de valeur locale.

Cette position marque un tournant dans les relations entre les États africains détenteurs de ressources et leurs partenaires traditionnels. Longtemps cantonnés au rôle de fournisseurs de matières premières, plusieurs pays du continent revendiquent désormais un rôle actif dans la définition des conditions d’exploitation de leurs richesses.

La décision du Gabon pourrait ainsi servir d’exemple bien au-delà de ses frontières. Elle envoie un signal fort aux investisseurs et aux partenaires internationaux : l’accès aux ressources naturelles africaines ne peut plus être dissocié des impératifs de souveraineté, de transparence et de développement local.

À l’heure où l’Afrique cherche à édifier une économie plus autonome et mieux alignée sur ses intérêts stratégiques, le choix de Libreville illustre une tendance de fond. Celle d’un continent qui ne veut plus seulement exporter ses ressources, mais maîtriser pleinement leur destin.