Crise du ciment au Burkina : quand le programme Faso Mêbo masque les vrais problèmes

Faso Mêbo, ou l’art de détourner l’attention de la vraie crise

Les Burkinabè subissent depuis des mois une hausse vertigineuse des prix du ciment, paralysant le secteur du bâtiment et aggravant la précarité économique. Face à cette situation, les autorités ont trouvé une explication toute prête : « Faso Mêbo en est la cause ». Pourtant, cette rhétorique, bien que répétée avec insistance, ne résiste pas à l’analyse. Derrière cette crise se cachent en réalité des défauts structurels que le gouvernement préfère taire.

Faso Mêbo : un programme ambitieux, mais aux conséquences économiques désastreuses

Lancé comme un symbole de développement participatif, Faso Mêbo mise sur l’engagement citoyen et les dons de matériaux pour réaliser des infrastructures locales. Si l’idée de mobiliser les populations autour de projets communs peut sembler louable, sa mise en œuvre soulève de graves interrogations. En effet, confier des chantiers d’envergure à des bénévoles et à des dons aléatoires revient à saper les fondements de la durabilité.

Sans une expertise technique rigoureuse ni des budgets de maintenance pérennes, les infrastructures réalisées risquent de se dégrader prématurément, surtout à l’approche de la saison des pluies. Pire encore, cette approche marginalise le secteur privé local, privant les PME du BTP de commandes essentielles et d’emplois stables. En privilégiant une gestion informelle des chantiers, l’État affaiblit l’économie réelle au profit d’un système où l’efficacité est sacrifiée sur l’autel de l’idéologie.

L’argument officiel : une logique économique contestable

Pour les autorités, la flambée des prix du ciment s’explique par la consommation massive du programme Faso Mêbo. Pourtant, cette explication est non seulement simpliste, mais surtout économiquement incohérente. Une économie bien gérée anticipe les besoins en ressources avant de lancer un projet d’envergure nationale. Or, ici, l’État reconnaît implicitement qu’il a engagé Faso Mêbo sans évaluer la capacité industrielle du pays à suivre. Un aveu d’impréparation qui en dit long sur la gestion publique.

Les trois piliers de la crise structurelle

  • L’énergie, nerf de la guerre industrielle : Les cimenteries locales, étranglées par des coupures d’électricité récurrentes, peinent à maintenir leur production. Résultat, le ciment se fait rare sur le marché, et les prix s’envolent.
  • Le protectionnisme autodestructeur : En interdisant les importations pour « protéger » les producteurs locaux, l’État a créé une pénurie artificielle. Pourtant, ces usines, incapables de fonctionner à plein régime faute d’énergie, ne peuvent combler la demande.
  • Le marché noir, fruit d’une rareté organisée : La spéculation s’est installée, alimentée par une offre insuffisante. Les mécanismes de contrôle du ministère du Commerce, déjà faibles, sont impuissants face à ce phénomène, aggravant encore la crise.

Faso Mêbo : un bouc émissaire commode

Accuser Faso Mêbo de la crise du ciment revient à inverser les responsabilités. Si ce programme a effectivement un impact sur la consommation de ciment, son envergure ne peut justifier à elle seule la flambée des prix. Deux scénarios se dégagent :

Premier cas : Faso Mêbo est un projet marginal. Dans ce cas, son impact sur le marché est négligeable, et l’argument des autorités ne tient pas.

Deuxième cas : Faso Mêbo est aussi massif que le prétend le gouvernement. Dans ce scénario, le lancement du programme sans planification industrielle préalable relève d’une erreur stratégique majeure. Dans les deux situations, la cherté du ciment n’a rien à voir avec le patriotisme des pavés, mais tout avec les défauts de gouvernance d’un État qui peine à concilier ambition et réalisme économique.