Diplomatie de crise en Afrique de l’Ouest : vers un dégel entre l’AES et la Cédéao
Un retour au pragmatisme pour la sécurité régionale
Dans un contexte de fortes tensions, de nouvelles manœuvres diplomatiques émergent en Afrique de l’Ouest pour rétablir le dialogue entre la Cédéao et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces initiatives, dictées par le réalisme, visent à harmoniser les actions face à l’insécurité galopante et aux défis économiques qui ne connaissent pas de frontières. Pour réussir ce rapprochement, les acteurs tentent de mettre de côté les contentieux liés au retrait de l’AES de l’organisation régionale et d’apaiser les discours hostiles qui ont marqué les derniers mois.

L’objectif actuel est clair : dépasser les querelles d’ego et les restructurations géopolitiques pour se concentrer sur la mutualisation des moyens. Cette politique africaine du concret s’impose alors que la menace terroriste s’intensifie, rendant la collaboration entre voisins indispensable.
L’appel à la coopération de la Côte d’Ivoire
Un signal fort a été envoyé le 15 juin par Tene Birahima Ouattara, ministre ivoirien de la Défense. Ce dernier a exprimé sa volonté de relancer la coopération sécuritaire avec le Mali et le Burkina Faso. Selon lui, aucun État ne peut vaincre seul le terrorisme. Cette main tendue intervient alors que la Côte d’Ivoire est souvent la cible de critiques de la part des régimes sahéliens, qui l’accusent, sans preuves tangibles, de soutenir des intérêts extérieurs déstabilisateurs.
Malgré ces relations diplomatiques complexes, des canaux d’échange subsistent. La Côte d’Ivoire continue d’accueillir des milliers de réfugiés maliens et burkinabè, prouvant que les liens entre les peuples de la société africaine restent plus forts que les divisions politiques.
Bénin et Niger : le début d’une nouvelle ère
Le Bénin connaît également un tournant diplomatique majeur. Depuis l’investiture de Romuald Wadagni le 24 mai dernier, une volonté d’apaisement est manifeste, particulièrement envers le Niger. La frontière entre les deux nations était close depuis le coup d’État de juillet 2023 à Niamey, alimentant une crise qui semblait devenue personnelle entre les autorités nigériennes et l’ancien pouvoir béninois.
Une réunion d’experts s’est tenue à Cotonou les 20 et 21 juin pour jeter les bases d’une nouvelle coopération. Les discussions ont porté sur la défense et la réouverture de la frontière, vitale pour l’économie des deux pays. Bien que le Niger exprime encore des inquiétudes sur une supposée présence militaire étrangère au Bénin, le ton a changé. Le ministre nigérien de l’Intérieur, Mohamed Toumba, a d’ailleurs salué l’ouverture d’une « nouvelle ère » privilégiant le dialogue à la confrontation.
La nécessité de solutions endogènes
Cette dynamique de normalisation devrait s’accentuer dans les mois à venir. Elle répond à une nécessité de trouver des solutions africaines aux problèmes du continent. Même la Russie, partenaire stratégique de l’AES, a encouragé en décembre dernier la poursuite d’un dialogue pragmatique avec la Cédéao pour contrer les menaces communes.
Bien que le Mali, le Burkina Faso et le Niger aient acté leur retrait de la Cédéao, ils restent membres de l’UEMOA et leurs citoyens bénéficient toujours de la libre circulation. Ce constat interroge sur la profondeur réelle de la rupture. Au final, ce divorce entre l’AES et la Cédéao semble inachevé, tant les réalités géographiques et sécuritaires imposent une solidarité de fait au sein de la société africaine de l’Ouest.