Crise des libertés en Afrique de l’Ouest : l’emprise croissante des juntes au Sahel
Au cours de l’année 2025, plusieurs régimes militaires en Afrique de l’Ouest ont durci leur politique répressive, restreignant drastiquement les libertés publiques pour consolider leur autorité. Ce constat alarmant est au cœur du dernier rapport annuel de Human Rights Watch, qui souligne un recul démocratique inquiétant dans la région.
Au Nigeria comme dans l’ensemble du Sahel, les populations civiles restent prises en étau. Elles subissent les assauts répétés de groupes djihadistes, mais aussi les exactions des forces étatiques et de leurs partenaires de sécurité. Parallèlement, les autorités de transition ont méthodiquement affaibli les mécanismes de contrôle et expulsé les observateurs internationaux.
Selon Mausi Segun, responsable de la division Afrique au sein de l’organisation, les dirigeants des juntes sahéliennes multiplient les entraves à la liberté d’expression, délaissant les engagements initiaux de retour à l’ordre constitutionnel. Elle appelle à une mobilisation régionale accrue pour protéger les droits fondamentaux des citoyens et restaurer un dialogue politique ouvert.
Dans cette nouvelle analyse globale couvrant une centaine de nations, Philippe Bolopion, directeur exécutif de l’ONG, alerte sur une poussée autoritaire mondiale. Face aux menaces pesant sur le système international des droits humains, notamment avec l’influence de l’administration Trump, il préconise une union sacrée entre les sociétés civiles et les nations démocratiques.
Un bilan sécuritaire et politique préoccupant
- Mali et Niger : Les autorités ont proposé de prolonger la transition de cinq années supplémentaires et ont suspendu les activités des partis politiques. Au Tchad, le verrou limitant les mandats présidentiels a été supprimé.
- Répression de la dissidence : Au Burkina Faso et au Mali, des voix critiques, des journalistes et des militants subissent des arrestations arbitraires ou des enrôlements forcés. Le Nigeria utilise sa législation sur la cybercriminalité pour museler la presse. Par ailleurs, Mohamed Bazoum reste incarcéré au Niger, tandis que l’opposant tchadien Succès Masra a écopé d’une lourde peine de prison.
- Violences armées : Les civils sont les premières victimes des massacres perpétrés par le GSIM et l’État islamique au Sahel. En réponse, les armées nationales, épaulées par des milices ou le groupe Africa Corps (ex-Wagner), sont accusées d’exécutions sommaires ciblant notamment la communauté peule.
- Insécurité au Nigeria : L’État de Borno fait face à un regain d’activité de Boko Haram, alors que le nord-ouest du pays est ravagé par des bandes criminelles agissant souvent en toute impunité.
- Isolement diplomatique : Le retrait définitif du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO, couplé à leur départ annoncé de la Cour pénale internationale (CPI), réduit considérablement les recours juridiques pour les victimes.
Face à cette dégradation, l’Union africaine et les partenaires internationaux sont vivement incités à renforcer leurs actions pour garantir la sécurité des civils et le respect de la dignité humaine.